{"id":150,"date":"2018-12-25T22:00:05","date_gmt":"2018-12-25T21:00:05","guid":{"rendered":"http:\/\/vps237263.ovh.net\/wpblog\/?p=150"},"modified":"2018-12-27T13:55:15","modified_gmt":"2018-12-27T12:55:15","slug":"chapitre-e-une-journee-de-jeff-blanchard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2018\/12\/25\/chapitre-e-une-journee-de-jeff-blanchard\/","title":{"rendered":"chapitre E une journ\u00e9e de Jeff Blanchard"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\">\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Sept heures moins le quart, la sonnerie stridente du r\u00e9veil de Ludovic parvient jusqu\u2019\u00e0 Jeff et Thomas \u00e0 travers le studio des quatre Polonais quasiment invisibles. Il leur reste un quart d\u2019heure \u00e0 profiter de la chaleur du lit, les yeux mis clos errant des tableaux color\u00e9s , aux branches du vieux cerisier, plus ou moins feuillu selon les saisons qui les informe du temps du jour.<\/span><\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Jeff a pris l\u2019habitude de se lever en m\u00eame temps que son compagnon. Il aime l\u2019observer en silence dans ses pr\u00e9paratifs avant son d\u00e9part pour attraper le train de 8H 01\u2026 Ensuite il se repr\u00e9sente son passage accompagn\u00e9 d\u2019un grand salut chaleureux \u00e0 la gardienne qui l\u2019apostrophe d\u00e9j\u00e0 d\u2019 \u00ab\u00a0un Monsieur Pontis, je vous rap&#8230;\u00a0\u00bb pour lui reprocher sa f\u00e2cheuse habitude de monter son v\u00e9lo \u00e0 l\u2019\u00e9tage. V\u00e9lo qu\u2019il reprendra \u00e0 la gare de Brive pour arriver \u00e0 temps \u00e0 la librairie qui l\u2019emploie\u2026 et avec un peu de chance, assez d\u2019avance pour prendre un caf\u00e9 au bar du coin de la rue.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Maintenant, l\u2019appartement est \u00e0 lui. M\u00e9ticuleux \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, maniaque dirait Thomas, Jeff range, nettoie le deux pi\u00e8ces , redonne leur forme aux cousins chamarr\u00e9s qui \u00e9gaient un int\u00e9rieur blanc presqu\u2019aust\u00e8re, cal\u00e9 sur le rythme de la gardienne qui proc\u00e8de au m\u00eame rituel \u00e0 l\u2019\u00e9tage en dessous.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Vient le moment d\u2019allumer l\u2019ordinateur, cal\u00e9 dans le coin le plus obscur du s\u00e9jour, au creux de la biblioth\u00e8que, devant lequel il va passer l\u2019essentiel de la matin\u00e9e. Apr\u00e8s avoir rapidement relev\u00e9 son courrier et pris le pouls du monde, il entre dans son travail de mise \u00e0 jour de cartes IGN au 1\/25 000. Une passion jamais assouvie. Ce n\u2019est pas seulement une activit\u00e9 d\u2019infographie sp\u00e9cifique, c\u2019est un voyage immobile dans des paysages qui se d\u00e9ploient et livrent leur intimit\u00e9. Il en note des fragments dans un carnet qu\u2019il n\u2019a jamais montr\u00e9 \u00e0 Thomas. Ni les tr\u00e9molos de <i>La Camillera,<\/i> comme ils ont affectueusement surnomm\u00e9e leur voisine, la diva du r\u00e9pertoire des chants r\u00e9volutionnaires, ni les vitup\u00e9rations de Lulu, \u00e0 l\u2019\u00e9tage au dessus, ne parviennent \u00e0 la perturber dans cette plage de quatre \u00e0 cinq heures, sous l\u2019\u0153il entrouvert de Poum, le gros chat gris lov\u00e9 au coin du clavier.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Lorsqu\u2019il \u00e9merge, il fait le tour du frigo avant de sortir \u00e0 son tour sa bicyclette pour un tour de ville quel que soit le temps. Chaque jour il invente une variante \u00e0 son itin\u00e9raire vers le centre ville. Depuis deux ans qu\u2019ils se sont install\u00e9s dans la r\u00e9sidence <i>Au long cours, <\/i>il arrive encore \u00e0 se perdre un instant dans le d\u00e9dale des ruelle. Ce faisant, il \u00e9chafaude des projets, calcule quelle surprise il va m\u00e9nager \u00e0 Thomas qui d\u00e9teste le quotidien. Apr\u00e8s les emplettes du jour, le retour est plus direct, et souvent l\u2019humeur de Jeff a chang\u00e9. Il est rong\u00e9 par la jalousie et ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019imaginer qu\u2019un client va d\u00e9clencher une vague de d\u00e9sir aussi forte que celle qui l\u2019avait submerg\u00e9 quand il \u00e9tait entr\u00e9 dans la librairie, la premi\u00e8re fois. Il b\u00e2tit des sc\u00e9narios, imagine le pire&#8230;mais se garde bien de r\u00e9v\u00e9ler sa possessivit\u00e9 \u00e0 Thomas, de crainte de le faire fuir. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Alors, d\u00e9s qu\u2019il a rang\u00e9 ses courses, Jeff grimpe \u00e0 l\u2019\u00e9tage au dessus et sonne chez <i>La Camillera<\/i>. Rosa est seule \u00e0 ce moment l\u00e0 car son mari se pr\u00e9cipite \u00e0 la p\u00e9tanque d\u00e8s le repas aval\u00e9 pour fuir son \u00e9pouse volubile. Leur amiti\u00e9 s\u2019est nou\u00e9e spontan\u00e9ment en quelques rencontres au vide-ordure. A Rosa, Jeff confie tous ses tourments et ses bonheurs. Elle l\u2019\u00e9coute, lui offre un caf\u00e9, parle elle aussi, de l\u2019histoire du d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 d\u2019Italie de sa famille sous Mussolini, de la duret\u00e9 de la vie dans les premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019\u00e9migration, de ses engagements, ses espoirs et ses chagrins. Rass\u00e9r\u00e9n\u00e9, il redescend, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019heure ou Madame M\u00e9d\u00e9ric, la Bourgeoise de la Terrasse sort prendre le th\u00e9 \u00e0 la Grande maison, chez madame de La Tour. Elle lui lance des regards offusqu\u00e9s et il la soup\u00e7onne d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019origine des bruits qui courent sur sa liaison avec Rosa , ce dont ils s\u2019amusent follement.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Jeff ach\u00e8ve sa confidence \u00e0 son saxophone dont il tire des harmonies d\u00e9chir\u00e9es avant de se remettre \u00e0 l\u2019ouvrage jusqu\u2019au retour de Thomas qui ne rentre pas avant huit heures trente.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Leur journ\u00e9e commune commence alors, la vraie vie pense Jeff .<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sept heures moins le quart, la sonnerie stridente du r\u00e9veil de Ludovic parvient jusqu\u2019\u00e0 Jeff et Thomas \u00e0 travers le studio des quatre Polonais quasiment invisibles. 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