{"id":1802,"date":"2021-01-23T15:04:09","date_gmt":"2021-01-23T14:04:09","guid":{"rendered":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.ovh\/lireecrireterrasson\/?p=1802"},"modified":"2021-01-23T15:04:09","modified_gmt":"2021-01-23T14:04:09","slug":"feuilleton-un-secret-de-famille-temoignage-2-la-mere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2021\/01\/23\/feuilleton-un-secret-de-famille-temoignage-2-la-mere\/","title":{"rendered":"Feuilleton un secret de famille, t\u00e9moignage 2, la m\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\">T\u00e9moignage 2<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Yvonne, La m\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"216\" height=\"222\" src=\"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.ovh\/lireecrireterrasson\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/mere-Odette.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1803\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Ma ch\u00e8re Annette,<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais qu\u2019il est d\u00e9sormais temps de t\u2019avouer la v\u00e9rit\u00e9. Lorsque tu m\u2019as demand\u00e9 de ressortir les vieilles photos de famille, apr\u00e8s notre fameux repas dominical, j\u2019ai su que je ne pourrais pas continuer \u00e0 garder le secret plus longtemps. J\u2019avais pressenti que tu allais me poser des questions.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui tu as 34 ans et je sais que c\u2019est un \u00e2ge o\u00f9 l\u2019on commence \u00e0 s\u2019int\u00e9resser de plus pr\u00e8s \u00e0 ses anc\u00eatres et aux photos prises durant l\u2019enfance. Tu viens d\u2019avoir une petite-fille, Jeanne, qui \u00e0 son tour te posera des questions plus tard. Tout cela me pousse \u00e0 t\u2019adresser cette lettre aujourd\u2019hui. Sache que je serai incapable de te parler de tout \u00e7a de vive voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu veux savoir pourquoi plus personne n\u2019\u00e9voque ta s\u0153ur Madeleine. Ton p\u00e8re et moi t\u2019avons souvent parl\u00e9 de son amie Fran\u00e7oise, cette fille lib\u00e9r\u00e9e et f\u00e9ministe qui a entra\u00een\u00e9 Madeleine dans ses aventures. Tu connais la suite, l\u2019exil de ta s\u0153ur en Inde puis en \u00c9thiopie. Les liens se sont r\u00e9ellement coup\u00e9s \u00e0 ce moment-l\u00e0, et nous nous sommes servis de cet argument, Joseph et moi, pour \u00e9viter d\u2019avoir \u00e0 en dire plus sur Madeleine.<\/p>\n\n\n\n<p>Annette, il faut que tu saches&nbsp;: Madeleine n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 autant d\u00e9sir\u00e9e que tous tes autres fr\u00e8res et s\u0153urs. Elle est n\u00e9e en 1940 et tu n\u2019es pas sans savoir qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait la guerre. En Dordogne, nous \u00e9tions en zone libre, et des familles Alsaciennes ont trouv\u00e9 refuge chez nous pour fuir les Allemands. Nous avons donc transform\u00e9 notre vieille grange en logement pr\u00e9caire, afin d\u2019y accueillir une famille avec deux jeunes enfants. Contre quelques travaux dans les champs, nous leur offrions le g\u00eete et le couvert. J\u2019appr\u00e9ciais beaucoup la femme et ses enfants, avec lesquels je passais beaucoup de temps. Mais je me m\u00e9fiais du p\u00e8re de famille, Adalbert. Bless\u00e9 de guerre, il avait perdu sa jambe droite au front et portait d\u00e9sormais une jambe de bois. C\u2019\u00e9tait un homme qui avait sa fiert\u00e9, mais qui avait perdu sa dignit\u00e9 car il n\u2019\u00e9tait plus apte \u00e0 d\u00e9fendre son pays. Et qui avait \u00e9galement perdu sa virilit\u00e9 aussi. Sa femme m\u2019avait fait l\u2019aveu que son mari \u00e9tait devenu un autre homme, plus aigri, et qu\u2019elle ne le d\u00e9sirait plus. Adalbert en souffrait beaucoup, et a commenc\u00e9 \u00e0 noyer son chagrin dans l\u2019alcool.<\/p>\n\n\n\n<p>Une nuit, j\u2019ai entendu du bruit dans le chai attenant \u00e0 la maison. Je me suis lev\u00e9e et j\u2019ai surpris Adalbert en train de voler du vin. Outr\u00e9e, je lui ai cri\u00e9 de sortir, que c\u2019\u00e9tait du vol, apr\u00e8s tout ce que nous faisions pour sa famille. Il n\u2019a pas boug\u00e9 et m\u2019a regard\u00e9e d\u2019un air mauvais&nbsp;; \u00e0 ce moment-l\u00e0, le mauvais pressentiment que j\u2019avais \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cet homme s\u2019est confirm\u00e9. Tout s\u2019est pass\u00e9 tr\u00e8s vite. Il a saisi une bouteille en verre et m\u2019a assomm\u00e9e avant que je n\u2019aie le temps de r\u00e9agir. J\u2019ai chancel\u00e9 puis je suis tomb\u00e9e \u00e0 terre. Annette, \u00e0 ce moment-l\u00e0, j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00eatre morte sur le coup. Il s\u2019est jet\u00e9 sur moi, m\u2019a arrach\u00e9 mes v\u00eatements et m\u2019a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e avec une violence inou\u00efe et bestiale. Je n\u2019ai rien pu faire pour me d\u00e9fendre, j\u2019\u00e9tais incapable de crier pour appeler au secours. Adalbert n\u2019a rien dit durant tout le temps que mon calvaire a dur\u00e9. Il est parti, toujours sans un mot, et je suis rest\u00e9e des heures sur le sol glacial du chai, incapable de faire quoi que ce soit. Je me suis jur\u00e9 de toujours \u00e9viter cet homme et de ne plus lui adresser la parole, m\u00eame&nbsp;lorsqu\u2019il commettrait d\u2019autres vols.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques jours plus tard, ton p\u00e8re Joseph est revenu du Front. C\u2019\u00e9tait sa toute premi\u00e8re permission depuis des mois qu\u2019il \u00e9tait parti combattre. Il \u00e9tait tellement heureux de nous retrouver, ta s\u0153ur a\u00een\u00e9e Martha et moi&nbsp;! J\u2019ai d\u00fb donner faire bonne figure. Je me suis jet\u00e9e dans ses bras protecteurs. Nous avons fait l\u2019amour. Je ne pouvais pas lui refuser cela, apr\u00e8s ce qu\u2019il avait v\u00e9cu l\u00e0-bas\u2026 Au bout de trois mois, je me suis aper\u00e7ue que j\u2019\u00e9tais enceinte. \u00c9tait-ce l\u2019enfant de Joseph&nbsp;? Ou pire, celui d\u2019Adalbert\u2026 J\u2019ai envoy\u00e9 une lettre \u00e0 Joseph pour lui annoncer l\u2019heureuse nouvelle, en omettant de lui raconter ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Ton p\u00e8re \u00e9tait le plus heureux des hommes&nbsp;! Quant \u00e0 moi, j\u2019ai v\u00e9cu une grossesse horrible, avec des naus\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la fin. L\u2019accouchement s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 avec des douleurs atroces. Ce b\u00e9b\u00e9, une petite fille, ressemblait comme deux gouttes d\u2019eau \u00e0 ta s\u0153ur Martha. J\u2019\u00e9tais toujours dans le doute de sa paternit\u00e9. Je dois t\u2019avouer que je n\u2019ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 l\u2019aimer comme les autres. De plus, cette petite fille ne pleurait jamais, ne me souriait jamais, comme si elle sentait qu\u2019elle \u00e9tait de trop et qu\u2019elle voulait se faire oublier. Je me maudissais. Au retour de ton p\u00e8re, Madeleine avait 6&nbsp;mois. Je lui ai tout avou\u00e9. Au d\u00e9but, il s\u2019est mis dans une col\u00e8re noire, insinuant que c\u2019\u00e9tait moi qui avais s\u00e9duit Adalbert. Je me suis mise \u00e0 pleurer et je lui ai jur\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un viol. Le temps a fait le reste, Joseph a fini par me croire. Il a imm\u00e9diatement expuls\u00e9 toute la famille Alsacienne. Je n\u2019ai jamais su ce qu\u2019ils sont devenus.<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph et moi nous sommes jur\u00e9s de ne jamais rien dire \u00e0 personne, afin de pr\u00e9server l\u2019honneur de la famille. Cette incertitude sur le vrai p\u00e8re de Madeleine me torturera jusqu\u2019\u00e0 la fin de mes jours. Elle n\u2019a jamais manqu\u00e9 de rien, sauf de l\u2019amour de ses parents. Je compte sur toi, Annette, pour remettre cette lettre \u00e0 ta s\u0153ur Madeleine. Je ne pourrai pas le faire moi-m\u00eame, j\u2019ai trop honte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ta maman Yvonne<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9moignage 2 Yvonne, La m\u00e8re Ma ch\u00e8re Annette, Je sais qu\u2019il est d\u00e9sormais temps de t\u2019avouer la v\u00e9rit\u00e9. Lorsque tu m\u2019as demand\u00e9 de ressortir les vieilles photos de famille, apr\u00e8s notre fameux repas dominical, j\u2019ai su que je ne pourrais pas continuer \u00e0 garder le secret plus longtemps. 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