{"id":1810,"date":"2021-01-23T15:17:05","date_gmt":"2021-01-23T14:17:05","guid":{"rendered":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.ovh\/lireecrireterrasson\/?p=1810"},"modified":"2021-01-23T15:17:05","modified_gmt":"2021-01-23T14:17:05","slug":"feuilleton-2020-2021-un-secret-de-famille-temoignage-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2021\/01\/23\/feuilleton-2020-2021-un-secret-de-famille-temoignage-4\/","title":{"rendered":"Feuilleton 2020 2021, un secret de famille, t\u00e9moignage 4"},"content":{"rendered":"\n<p>T\u00e9moignage 4<\/p>\n\n\n\n<p>Julien le fr\u00e8re cadet<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"205\" height=\"219\" src=\"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.ovh\/lireecrireterrasson\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Julien-vrai.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1811\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Car\u00f9pano, V\u00e9n\u00e9zuela, le 25 octobre 2020,<\/p>\n\n\n\n<p>Ma ch\u00e8re Annette,<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois-ci, petite s\u0153ur, une carte postale ne suffira pas et je ne parlerai pas de ma lente remont\u00e9e dans l\u2019embouchure de l\u2019Or\u00e9noque pour aller chercher une cargaison de bois pr\u00e9cieux ni du retour o\u00f9 nous avons failli nous faire prendre par les bancs de sables des hauts-fonds, dans la touffeur moite \u00e9quatoriale, entre le bruit r\u00e9gulier et rassurant des moteurs et les cris des oiseaux et des singes hurleurs&#8230;C\u2019est de Madeleine que je te parlerai, \u00e0 ta demande\u2026 que j\u2019attendais depuis quelques ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Tante Ad\u00e8le t\u2019a beaucoup appris, je rajouterai quelques \u00e9l\u00e9ments qui lui ont sans doute \u00e9chapp\u00e9 car peu de choses sortent de la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois apr\u00e8s cette photo, maman est tomb\u00e9e malade et elle a du rester plusieurs semaines \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. L\u2019oncle Albert et la Tante Ad\u00e8le vous ont pris, Colette et toi avec eux , mais tu ne t\u2019en souviens sans doute pas. Martha avait la charge de tout le reste de la famille, car il n\u2019\u00e9tait pas question pour notre p\u00e8re de s\u2019adonner \u00e0 des taches m\u00e9nag\u00e8res. La famille a \u00e9t\u00e9 soulag\u00e9e quand la s\u0153ur de papa, Tante L\u00e9onie a propos\u00e9 de prendre Madeleine chez elle, \u00e0 Bourganeuf, o\u00f9 elle tient une mercerie. Madeleine faisait petite mine, elle n\u2019avait jamais quitt\u00e9 la maison ni la tribu\u2026 et elle ne savait pas ce qui l\u2019attendait. Son absence a dur\u00e9 plusieurs mois (maman \u00e9tait rent\u00e9e depuis longtemps). Nous recevions de br\u00e8ves cartes postales anodines toujours contresign\u00e9es par la tante. Un jour, elles sont arriv\u00e9es sans pr\u00e9avis \u00e0 la maison . Tante L\u00e9onie avait la t\u00eate des mauvais jours, et Madeleine n\u2019en menait pas large, sa petite valise \u00e0 la main. L\u00e9onie a explos\u00e9 contre cette mioche r\u00e9tive au moindre effort, sournoise, qui avait d\u00e9rob\u00e9 trois francs dans sa caisse pour \u00ab&nbsp;un achat personnel&nbsp;!!!&nbsp;\u00bb rendez vous compte, un achat personnel. Elle ne l\u2019accepterait pas pas une minute de plus sous son toit. Papa lui assena une gifle qui laissa des marques sur ses joues et Madeleine se mura dans un lourd silence . Elle semblait nous en vouloir.<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses n\u2019\u00e9taient sans doute pas si simples car les parents coup\u00e8rent tous les ponts avec la tante \u00e0 compter de ce jour. Mais une punition donn\u00e9e n\u2019admettait aucune remise en cause ni aucun remord.<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps apr\u00e8s Madeleine m\u2019a confi\u00e9 \u00e0 quel point son retour l\u2019avait lib\u00e9r\u00e9e&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait v\u00e9cu l\u2019enfer chez tante L\u00e9onie. Elle devait faire le m\u00e9nage \u00e0 la maison et au magasin avant de partir \u00e0 l\u2019\u00e9cole, tenir la boutique lorsque L\u00e9onie allait \u00e0 confesse ou a ses assembl\u00e9es de charit\u00e9. Elle ne supportait pas de la voir lire, trouvant toujours quelque nouvelle charge. Elle n\u2019\u00e9tait jamais contente, la punissait souvent et , ne pouvant jamais sortir, elle ne s\u2019\u00e9tait fait aucune amie durant ce s\u00e9jour. Elle me dit aussi qu\u2019elle se sentait aussi affranchie de papa dont la violence brutale avait \u00e9t\u00e9 injuste. Elle quitterait vite la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela a favoris\u00e9 la rapidit\u00e9 de son \u00e9mancipation dont t\u2019a parl\u00e9 Tante Ad\u00e8le, mais elle ne conna\u00eet sans doute pas l\u2019\u00e9v\u00e8nement cl\u00e9 qui a provoqu\u00e9 son d\u00e9part sans retour.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela s\u2019est pass\u00e9 un soir de bal des pompiers. Dans les ann\u00e9es 60, le bal \u00e9tait la principale distraction des jeunes, dans le village. Tu t\u2019en doutes, mes s\u0153urs n\u2019avaient pas l\u2019autorisation d\u2019y aller seules, mais chaque ann\u00e9e, pour le bal des pompiers, toute la famille \u00e9tait de sortie. Les adultes se regroupaient entre eux autour des tables pr\u00e8s de la buvette. Les hommes parlaient fort , parfois le ton montait, tandis que les femmes dansaient entre elles ou avec Maurice Tomaso, le charcutier et le meilleur valseur de la r\u00e9gion. Pendant ce temps les enfants couraient dans tous les sens tandis que les filles, install\u00e9es sur les chaises autour du plancher de danse riaient en lorgnant les gar\u00e7ons qui viendraient les inviter.Tout est de ma faute. A un moment, j\u2019ai vu Madeleine serr\u00e9e de pr\u00e8s par Jacques, le fr\u00e8re de mon copain Fabrice, un gars d\u2019au moins 19 ans. Il l\u2019a embrass\u00e9e, et l\u00e0 mon sang de fr\u00e8re jaloux n\u2019a fait qu\u2019un tour et j\u2019ai j\u2019ai fait un esclandre qui a \u00e9veill\u00e9 l\u2019attention des parents. Mon p\u00e8re a rassembl\u00e9 la la famille et on est rentr\u00e9s \u00e0 la maison. Notre p\u00e8re fulminait. Madeleine \u00e9tait une d\u00e9vergond\u00e9e, la honte de la famille, elle avait \u00e9t\u00e9 choisir le gar\u00e7on qui avait la plus mauvaise r\u00e9putation dans le village, et qu\u2019en plus, elle leur avait g\u00e2ch\u00e9 la soir\u00e9e. Elle ne sortirait plus jamais seule, et en tant que fr\u00e8re insurg\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de sa surveillance Je n\u2019en menais pas large , elle avait toutes les raisons de m\u2019en vouloir, m\u00eame si elle savait, c\u2019\u00e9tait notre secret que je partageais ses r\u00eaves d\u2019\u00e9mancipation et de quitter la maison.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, j\u2019ai accept\u00e9 de l\u2019accompagner \u00e0 un rendez-vous. Nous avons pris un sentier forestier \u00e0 la sortie du village et quand nous avons \u00e9t\u00e9 hors de vue, Madeleine a enlev\u00e9 son tablier, s\u2019est fard\u00e9e avec du bleu \u00e0 paupi\u00e8re et du rouge \u00e0 l\u00e8vres . Elle rayonnait et j\u2019\u00e9tais estomaqu\u00e9. Plus loin nous avons retrouv\u00e9 Jacques et Fabrice . Jacques n\u2019a pas eu aucun mal \u00e0 nous convaincre de nous \u00e9clipser jusqu\u2019\u00e0 la sonnerie des v\u00eapres o\u00f9 je retrouverais Madeleine , au m\u00eame endroit. Effectivement, elle \u00e9tait assise sur la margelle du petit lavoir, mais elle n\u2019avait plus l\u2019assurance triomphante du d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s midi. Jacques lui avait fait comprendre qu\u2019il avait pass\u00e9 un bon moment avec elle, mais s\u2019arr\u00eatait l\u00e0. Il allait partir au service militaire, il n\u2019allait pas s\u2019encombrer d\u2019une copine, gamine qui plus est. Madeleine \u00e9tait forte, elle prit sur elle et personne ne s\u2019aper\u00e7ut de rien \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant les choses se sont compliqu\u00e9es. Avec les parents, elle \u00e9tait dans la provocation continuelle&nbsp;, c\u2019\u00e9tait l\u2019enfer. Elle a fini par me confier qu\u2019elle \u00e9tait convaincue d\u2019\u00eatre enceinte. Pas question d\u2019en parler aux parents, ni de mettre au monde un b\u00e9b\u00e9. Le seul espoir, son amie parisienne qui pourrait l\u2019aider. Elle a tout fait pour se faire chasser de la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai crois\u00e9e,comme te l\u2019a dit Ad\u00e8le, il y a cinq ans en \u00c9thiopie, c\u2019est vrai. On \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9mus tous les deux&nbsp;; on a \u00e9voqu\u00e9 les souvenirs heureux, sa vie pleine, ses projets \u2026 mais je n\u2019ai pas os\u00e9 lui poser de question sur cet \u00e9ventuel enfant\u2026Elle m\u2019a donn\u00e9 le droit de parler de notre rencontre \u00e0 la famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici , ch\u00e8re Annette quelques pi\u00e8ces d\u2019un puzzle incomplet dont je n\u2019ai pas toutes les cl\u00e9s. Ta s\u0153ur a toujours \u00e9t\u00e9 insaisissable et libre. Sois le aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je t\u2019embrasse . Julien<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9moignage 4 Julien le fr\u00e8re cadet Car\u00f9pano, V\u00e9n\u00e9zuela, le 25 octobre 2020, Ma ch\u00e8re Annette, Cette fois-ci, petite s\u0153ur, une carte postale ne suffira pas et je ne parlerai pas de ma lente remont\u00e9e dans l\u2019embouchure de l\u2019Or\u00e9noque pour aller chercher une cargaison de bois pr\u00e9cieux ni du retour o\u00f9 nous avons failli nous faire &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2021\/01\/23\/feuilleton-2020-2021-un-secret-de-famille-temoignage-4\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Feuilleton 2020 2021, un secret de famille, t\u00e9moignage 4&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[5],"tags":[347,389,348],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1810"}],"collection":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1810"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1810\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1812,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1810\/revisions\/1812"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1810"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1810"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1810"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}