{"id":2738,"date":"2024-06-24T22:13:39","date_gmt":"2024-06-24T20:13:39","guid":{"rendered":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.ovh\/lireecrireterrasson\/?p=2738"},"modified":"2024-06-24T22:13:39","modified_gmt":"2024-06-24T20:13:39","slug":"ecrit-en-juin-2024-jeu-2-la-verite-au-fond-du-sac","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2024\/06\/24\/ecrit-en-juin-2024-jeu-2-la-verite-au-fond-du-sac\/","title":{"rendered":"Ecrit en juin 2024, jeu 2, la v\u00e9rit\u00e9 au fond du sac"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Jeu 2&nbsp;: <\/strong><strong>la v\u00e9rit\u00e9 sort du sac<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>en s\u00e9ance, chacun sort au hasard un objet de son sac. On en fait la liste&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>un m\u00e8tre, des cachous Lajaunie, du baume \u00e0 l\u00e8vres, des sur-lunettes de soleil, une lampe torche, une gourde panth\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>cet ensemble donne les cl\u00e9s d\u2019une \u00e9nigme&nbsp; au choix&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qui a tu\u00e9 la vieille dame?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qu-y aura-t-il \u00e0 manger ce soir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Madame X. a une double vie<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Claudine a tout essay\u00e9, mais son probl\u00e8me persiste encore&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a commenc\u00e9 par s&rsquo;appliquer du <strong>baume \u00e0 l\u00e8vres.<\/strong>&nbsp;Elle a choisi celui \u00e0 la fraise, l&rsquo;un des plus odorants. Cela n&rsquo;a pas march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s&rsquo;est ensuite procur\u00e9 des <strong>cachous Lajaunie<\/strong>&nbsp;sur Internet, elle avait vu cette vieille pub sensuelle des ann\u00e9es 80. Si cela marche sur une aussi jolie femme, pourquoi pas sur une aussi moche qu&rsquo;elle ? Bah non. Finalement, apr\u00e8s essai, \u00e7a ne doit fonctionner que sur les canons&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Par la suite, Claudine a achet\u00e9 <strong>un m\u00e8tre<\/strong>&nbsp;qu&rsquo;elle a accroch\u00e9 \u00e0 sa boucle de ceinture, et qu&rsquo;elle a tendu sur une longueur de 1m devant elle. Distance de s\u00e9curit\u00e9 avec autrui, comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du Covid ! Mais pas pour les microbes, pour ses propres cellules buccales odorantes. Ainsi son interlocuteur \u00e9vite de trop s&rsquo;approcher d&rsquo;elle et ne peut soup\u00e7onner son probl\u00e8me. Comme elle avait quand m\u00eame l&rsquo;air idiot \u00e0 se promener de la sorte avec son m\u00e8tre tendu devant elle, elle s&rsquo;est achet\u00e9 <strong>des sur-lunettes de soleil<\/strong>. Malin, pas de risque d&rsquo;\u00eatre d\u00e9masqu\u00e9e ! Et pour ne pas que les gens la regardent trop, elle arbore d\u00e9sormais une <strong>gourde panth\u00e8re<\/strong>&nbsp;\u00e0 la main. Elle se persuade que tout le monde se focalise sur cet objet sauvage et non pas sur elle. Afin d&rsquo;entretenir encore le myst\u00e8re sur sa personne, et de passer pour une femme sexy (ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est absolument pas, mais chut). Manque de bol, tout le monde la reconna\u00eet et se moque d&rsquo;elle : de sa gourde vulgaire, de ses sur-lunettes de soleil les jours de pluie, de son m\u00e8tre viss\u00e9 ridiculement \u00e0 sa ceinture. Les gens ont eu t\u00f4t fait de d\u00e9couvrir le pot-aux-roses : Claudine sent mauvais de la bouche ! Elle ignore ce qui les fait le plus rire : son probl\u00e8me d&rsquo;haleine, ou bien tous ses stratag\u00e8mes pour camoufler celui-ci ?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sormais, Claudine fuit toute interaction humaine et se prom\u00e8ne la nuit, munie d&rsquo;une <strong>lampe torche<\/strong>. Sachant qu&rsquo;elle ne peut plus rien manger sans que son haleine f\u00e9tide ne revienne au galop, une \u00e9nigme se pose. <strong>Qu&rsquo;y aura-t-il \u00e0 manger ce soir ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L.D.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En cette fin de journ\u00e9e tr\u00e8s ordinaire, Madame X, concierge de son \u00e9tat, regarde \u00e0 travers la fen\u00eatre de sa salle \u00e0 manger l&rsquo;agitation de la rue.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle aper\u00e7oit au loin, se rapprochant \u00e0 petits pas, Monsieur Armand, le locataire du 3\u00e8me, qui ne lui adresse jamais la parole. Son amie Madeleine pousse la porte d&rsquo;entr\u00e9e et va bient\u00f4t sonner chez elle mais aujourd&rsquo;hui Madame X ne lui ouvrira pas. Elle est trop occup\u00e9e, une mission tr\u00e8s importante l&rsquo;attend.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle sort en catimini, s&rsquo;introduit sans bruit dans la rue et acc\u00e9l\u00e8re le pas.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>O\u00f9 va-t-elle donc \u00e0 cette heure-ci de la journ\u00e9e&nbsp;? C&rsquo;est inhabituel. Il est 18 h et la clart\u00e9 du jour d\u00e9cline. Etrange&nbsp;! Elle a des <strong>sur-lunettes de soleil <\/strong>sur le nez et il n&rsquo;y a pas de soleil. Elle tient dans sa main droite<strong> une lampe torche<\/strong> et <strong>une gourde panth\u00e8re<\/strong> dans l&rsquo;autre. <strong>Un m\u00e8tre<\/strong> d\u00e9passe de la poche de sa veste.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle emprunte la rue principale puis tourne \u00e0 droite en direction du quartier nord de la ville. Elle d\u00e9vale une rue en pente, ralentit et s&rsquo;arr\u00eate devant l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une maison d\u00e9labr\u00e9e. Elle regarde \u00e0 droite puis \u00e0 gauche, s&rsquo;assure qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas suivie, sort son <strong>baume \u00e0 l\u00e8vres<\/strong> rouge \u00e9carlate qu&rsquo;elle applique avec insistance sur ses l\u00e8vres fines et frappe trois coups secs \u00e0 la porte qui s&rsquo;ouvre brutalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jeune homme grand, brun, les cheveux en bataille, v\u00eatu d&rsquo;un jean d\u00e9chir\u00e9 et d&rsquo;un tee-shirt trop grand pour lui, la regarde interloqu\u00e9 et lui dit d&rsquo;entrer. Il suce des <strong>cachous Lajauni<\/strong>e qui forment des traits brun\u00e2tres aux coins de ses l\u00e8vres. Madame X comprit, en le voyant, qu&rsquo;elle ne pourrait pas le sauver mais elle l&rsquo;aiderait n\u00e9anmoins \u00e0 s&rsquo;enfuir. Elle lui donna ses sur-lunettes de soleil, sa lampe torche, son m\u00e8tre et sa gourde panth\u00e8re. Ces objets lui seront utiles pensa-t-elle. Elle mit dans un sac quelques provisions, de quoi tenir deux jours et le poussa vers l&rsquo;ext\u00e9rieur. Elle lui recommanda de se cacher le jour et de marcher la nuit, droit devant lui jusqu&rsquo;\u00e0 la fronti\u00e8re. Elle s&rsquo;\u00e9tait jur\u00e9e de faire tout son possible pour aider Ibrahim, le livreur de journaux, \u00e0 s&rsquo;enfuir car il \u00e9tait recherch\u00e9 par la police et ses jours \u00e9taient compt\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>D.L<\/p>\n\n\n\n<p>Madame X regagne son appartement parisien et range les v\u00eatements qu\u2019elle a sortis de sa valise. Ensuite, elle fait prestement dispara\u00eetre au fond du tiroir de sa coiffeuse <strong>son \u00e9tui \u00e0 lunettes.<\/strong> Elle gagne ensuite la cuisine pour boire un verre d\u2019eau et \u00e9change quelques phrases banales avec son mari. Celui-ci la trouve bien bronz\u00e9e pour un retour de week-end de travail \u00e0 Strasbourg. Suspicieux, il se glisse donc dans la chambre et fouille le sac de sa femme. Il y d\u00e9couvre l<strong>a gourde<\/strong> sur laquelle sont encore coll\u00e9s quelques grains de sable. Plus aucun doute&nbsp;: voil\u00e0 la preuve de sa tra\u00eetrise. Sa femme lui a menti. Elle a pass\u00e9 les derniers jours au bord de la mer, certainement pas seule. Avec qui&nbsp;? Il doit encore mener l\u2019enqu\u00eate mais il a d\u00e9j\u00e0 sa petite id\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>D.Dou<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qu\u2019y aura-t-il \u00e0 manger, ce soir&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; en entr\u00e9e avec <strong>des cachous Lajaunie<\/strong> en salade.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; en plat principal, <strong>des cachous Lajaunie <\/strong>fricass\u00e9s avec pur\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; en dessert des <strong>cachous Lajaunie<\/strong> sucr\u00e9s avec de la Chantilly<\/p>\n\n\n\n<p>Le tout \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 et apr\u00e8s, vite une<strong> lampe torche<\/strong> pour courir au cagadou au fond du jardin<\/p>\n\n\n\n<p>S.R.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame X \u00e9tait une conseill\u00e8re d\u2019\u00e9ducation tr\u00e8s redout\u00e9e. Personne n\u2019aurait song\u00e9 \u00e0 l\u2019appeler Axelle&nbsp;; on disait toujours Madame. Toujours v\u00eatue du m\u00eame tailleur strict, elle avait un petit chignon serr\u00e9 sur la nuque, l\u2019\u0153il soulign\u00e9 d\u2019un long trait noir appuy\u00e9 derri\u00e8re de grandes lunettes d\u2019\u00e9caille, les l\u00e8vres minces humidifi\u00e9es par un <strong>baume<\/strong> brillant, la parole s\u00e8che , aussi rare que son sourire. Son haleine \u00e9tait parfum\u00e9e des effluves des <strong>cachous Lajaunie<\/strong> qu\u2019elle portait sans cesse, nerveusement \u00e0 sa bouche. Les \u00e9l\u00e8ves l\u2019avaient surnomm\u00e9e \u00ab&nbsp;La vioque&nbsp;\u00bb bien qu\u2019elle soit tr\u00e8s jeune.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, pendant que Madame discutait dans le bureau du proviseur de comportement de No\u00e9mie B. la jeune fille inspecta sa vergogne le sac de la conseill\u00e8re, ouvert sur le bureau. Elle y vit, bien s\u00fbr, le <strong>baume et les cachous<\/strong> , mais fut surprise d\u2019y rep\u00e9rer un <strong>m\u00e8tre, un \u00e9tui de sur-lunettes de soleil, une lampe torche et une gourde panth\u00e8re<\/strong> qui collaient mal avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle se faisait du personnage. Cette d\u00e9couverte fit l\u2019objet d\u2019un colloque avec les copines de la bande et de la d\u00e9cision d\u2019une enqu\u00eate en bonne et due forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Tour \u00e0 tour, les \u00e9l\u00e8ves la pistaient apr\u00e8s la fermeture du lyc\u00e9e o\u00f9 elle \u00e9tait log\u00e9e. Elle semblait ne jamais en sortir jusqu\u2019au soir de pleine lune o\u00f9 No\u00e9mie la surprit. C\u2019est le parfum de r\u00e9glisse qui l\u2019alerta au moment o\u00f9 passait \u00e0 vive allure devant elle une silhouette fluide \u00e9quip\u00e9e d\u2019un sac \u00e0 dos l\u00e9ger, toute v\u00eatue de noir. Une longue chevelure noire voltigeant librement autour d\u2019un visage cach\u00e9 par des<strong> sur-lunettes de soleil.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle faillit la laisser filer. Elle fallait pratiquement courir pour la suivre vers le quartier des anciennes usines d\u00e9saffect\u00e9es en direction desquelles la vioque se dirigeait. Elle rejoignit deux autres silhouettes noires , le bonnet bien enfonc\u00e9 sur la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t, elle les vit grimper avec une agilit\u00e9 extraordinaire pour atteindre la verri\u00e8re cass\u00e9e de l\u2019ancienne forge. No\u00e9mie resta prudemment dehors et suivit leur progression \u00e0 travers un entreb\u00e2illement de planches disloqu\u00e9es. Ils d\u00e9ambulaient entre les vieilles machines rouill\u00e9es monstrueuses. Toujours m\u00e9thodique, avec s<strong>on m\u00e8tre<\/strong>, la vioque, ponctuait le sol de marques phosphorescentes, en guise de fil d\u2019Ariane. No\u00e9mie les perdit de vue mais le faisceau de la <strong>lampe torche<\/strong> qui projetait sur les murs des ombres gigantesques effrayantes lui permettait de suivre leur itin\u00e9raire. Elle \u00e9tait fascin\u00e9e lorsqu\u2019ils \u00e9merg\u00e8rent d\u2019une autre issue. Elle n\u2019eut que le temps de se dissimuler derri\u00e8re un \u00e9norme chaudron abandonn\u00e9. Madame \u00e9tait rayonnante, m\u00e9connaissable. Elle sortir de son sac <strong>la gourde panth\u00e8re<\/strong> et en partagea le contenu. Chacun partit de son c\u00f4t\u00e9, fantomatiquement, sans un mot.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand No\u00e9mie raconterait \u00e0 ses copines que la vioque \u00e9tait adepte de l\u2019Urbex, qui voudrait la croire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>D.Dor<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeu 2&nbsp;: la v\u00e9rit\u00e9 sort du sac en s\u00e9ance, chacun sort au hasard un objet de son sac. 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