{"id":2827,"date":"2025-02-17T21:52:54","date_gmt":"2025-02-17T20:52:54","guid":{"rendered":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.ovh\/lireecrireterrasson\/?p=2827"},"modified":"2025-03-21T15:28:41","modified_gmt":"2025-03-21T14:28:41","slug":"ecrit-en-fevrier-2025-jeu-3-metamorphose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2025\/02\/17\/ecrit-en-fevrier-2025-jeu-3-metamorphose\/","title":{"rendered":"Ecrit en f\u00e9vrier 2025 jeu 3 m\u00e9tamorphose"},"content":{"rendered":"\n<p><em><strong>Jeu N\u00b0 3 <\/strong><\/em><em><strong>m\u00e9tamorphose<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s vous \u00eatre \u00e9loign\u00e9 de Terrasson ( ou une autre cit\u00e9) quelques temps, vous revenez et elle est devenue m\u00e9connaissable, m\u00e9tamorphos\u00e9e, \u00e0 quelques d\u00e9tails pr\u00e8s qui permettent de savoir que vous ne vous \u00eates pas tromp\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>_______________________________________________<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9tamorphose<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es \u00e0 Paris et voil\u00e0 que j\u2019ai envie de retourner \u00e0 Terrasson o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu plusieurs ann\u00e9es et revoir la vall\u00e9e de l\u2019Homme, tout cet univers pr\u00e9historique qui a un grand succ\u00e8s, m\u00eame en dehors de notre fronti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pris le train jusqu\u2019\u00e0 Terrasson, pas d\u2019attente, pas de retard. Super-train, plusieurs wagons, super-silencieux. La classe quoi. J\u2019arrive en gare de Terrasson. M\u00e9connaissable. La petite gare a fait place \u00e0 une gare type parisienne. Grand luxe. Terrasson est donc devenue une ville importante&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je descend de mon wagon et me dirige vers la sortie&nbsp;: musique, flonflons\u2026 Quel jour sommes-nous, c\u2019est un jour de f\u00eate&nbsp;? Mais non. Mais il y a des tas de panneaux publicitaires pour le Grand Casino de Terrasson, pas la petite \u00e9picerie, non, mais un casino o\u00f9 on joue de l\u2019argent.Publicit\u00e9 pour de grands h\u00f4tels, pour l\u2019achat d\u2019appartement dans une Tour&nbsp;: la Tour Trump. Scuse me TRUMP TOWER<\/p>\n\n\n\n<p>Alors l\u00e0, les bras m\u2019en tombent&nbsp;: comment Trump a colonis\u00e9 la Dordogne, comment a-t-il pu trouver Terrasson sur la carte du monde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je me renseigne, et il m\u2019est rapport\u00e9 (je me rends compte alors que tout le monde parle Anglais) que Trump a eu vent de ce merveilleux mus\u00e9e de Montignac, qu\u2019il est venu en jet un soir, et qu\u2019il a d\u00e9cid\u00e9 que toute cette r\u00e9gion \u00e9tait \u00e0 lui.Il a envie d\u2019un ranch, les petits chevaux pr\u00e9historiques lui ont beaucoup plu. Il en veut plusieurs centaines. IL a d\u00e9cid\u00e9 que Terrasson serait la Riviera de la Dordogne. La rivi\u00e8re est am\u00e9nag\u00e9e, elle est d\u00e9pollu\u00e9e, ses rives sont tapiss\u00e9es de sable blanc et quand Trump vient, il aime bien faire trempette.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a beaucoup de monde \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, tous ces gens dansent et chantent \u00e0 tue-t\u00eate leur bonheur. Impossible d\u2019avoir la paix, la musique est partout. Pas une parcelle de silence m\u00eame la nuit. Il y a des panneaux lumineux partout. On dirait Las Vegas.<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible d\u2019avoir des rep\u00e8res. Les boutiques que je connaissais ont disparu, il n\u2019y a que des boutiques de luxe pour habiller les stars.<\/p>\n\n\n\n<p>A quoi me raccrocher&nbsp;? Je reconnais le pont du XII\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;: ils ne l\u2019ont pas touch\u00e9. La vieille ville est encore plus belle. Mais o\u00f9 est ma maison&nbsp;? Elle a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en magnifique ch\u00e2teau.<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 sont les habitants de Terrasson&nbsp;? Toute la ville a \u00e9t\u00e9 ras\u00e9e et de super-maisons ont vu le jour.Les habitants ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s vers un grand camping loin de la ville . Un camp de r\u00e9fugi\u00e9s&nbsp;???<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle horreur\u00a0! Je prends des photos et beaucoup de renseignements \u00e0 ce sujet. Comment cela se fait-il que personne ne sache ce qu\u2019est devenue la Dordogne. Personne n\u2019en parle. . Je vais faire un article et porter plainte \u00e0 Bruxelles<\/p>\n\n\n\n<p>N.C<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cet hiver l\u00e0 fut terrible sur les berges de la V\u00e9z\u00e8re terrassonnaise . Ma pauvre m\u00e8re et mes sept fr\u00e8res et s\u0153urs mourraient litt\u00e9ralement de faim et de froid. Mon p\u00e8re ne s\u2019occupait plus de nous, depuis qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 de la papeterie de Condat l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, il d\u00e9pensait ses allocations de ch\u00f4mage dans les gargotes de la Nicle. Si bien qu\u2019une nuit, je me rendis discr\u00e8tement \u00e0 la derni\u00e8re boulangerie encore en activit\u00e9 dans la ville, je brisai la vitrine, m\u2019emparai d\u2019une belle tourte cuite au feu de bois et d\u00e9talai \u00e0 toutes jambes pour rapporter au plus vite mon butin \u00e0 mes sept petits fr\u00e8res et s\u0153urs..<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Malheureusement, mon larcin n\u2019avait pas \u00e9chapp\u00e9 aux cam\u00e9ras \u00e0 infra-rouge de vid\u00e9osurveillance \u00e0 reconnaissance au faci\u00e8s mises en place par la municipalit\u00e9 RN nouvellement \u00e9lue. La gendarmerie ne tarda pas \u00e0 venir s\u2019emparer de ma personne et de me d\u00e9f\u00e9rer au tribunal qui me condamna \u00e0 dix ans de gal\u00e8res pour ce forfait.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Une fois ma peine accomplie, je rentrai au pays. Ce fut un choc quand j\u2019arrivai \u00e0 pied par pont de l\u2019Europe <\/em><em>qui avait \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9 pont du Frexit&nbsp;: je peinai \u00e0 reconna\u00eetre ma ville.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce que je ne pus pas manquer en premier lieu, de l\u00e0 o\u00f9 j\u2019\u00e9tais, c\u2019\u00e9tait la disparition de La Vergne, enti\u00e8rement recouverte par les eaux de la V\u00e9z\u00e8re, comme tout l\u2019espace entre le Brasset et la rivi\u00e8re . On m\u2019expliqua plus tard que les politiques de la transition \u00e9nerg\u00e9tique ayant \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es, le r\u00e9chauffement climatique s\u2019\u00e9tait acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et les pluies diluviennes gonflaient r\u00e9guli\u00e8rement les eaux de la V\u00e9z\u00e8re qui prenait alors ses aises et renouait avec sa belle sortie d\u2019octobre 1961 dont quelques nonag\u00e9naires se souvenaient encore.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La ville basse semblait \u00e0 demi abandonn\u00e9e par ses habitants. La mont\u00e9e sporadique des eaux fluviales l\u2019avaient renvoy\u00e9e \u00e0 son pass\u00e9 mar\u00e9cageux et le paludisme avait d\u00e9cim\u00e9 une partie de la population. La m\u00e9diath\u00e8que jug\u00e9e trop co\u00fbteuse et accus\u00e9e de diffuser de la propagande wok <\/em><em>et islamo-gauchiste avait \u00e9t\u00e9 vendue \u00e0 un priv\u00e9 qui en avait fait un supermarch\u00e9 low-cost pour les pauvres qui n\u2019avaient pu s\u2019installer ailleurs. Je remarquai sous le nom de l\u2019enseigne une formule \u00e9crite en lettres bleu, blanc, rouge&nbsp;: \u00ab&nbsp;magasin r\u00e9serv\u00e9 aux fran\u00e7ais de souche&nbsp;\u00bb.Les HLM de la Borie Basse, des Chauffours, du Maraval semblaient vides de leurs habitants&nbsp;: remigration, me dit-on.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Rive gauche, \u00e7a avait bien chang\u00e9 aussi.Les jardins de l\u2019Imaginaire avaient disparu, laissant place \u00e0 un espace d\u00e9sol\u00e9 noirci par les terribles incendies qui avaient ravag\u00e9 les collines alentour&nbsp;: toujours le r\u00e9chauffement climatique. Quant \u00e0 la Nicle, elle avait \u00e9t\u00e9 repeupl\u00e9e par une population mis\u00e9rable qui survivait entre les brusques mont\u00e9es de la V\u00e9z\u00e8re et les incendies encore possibles. Le centre culturel avait \u00e9t\u00e9 reconverti en caserne pour h\u00e9berger les policiers municipaux de plus en plus nombreux et de mieux en mieux arm\u00e9s. Jeanne d\u2019Arc \u00e9tait devenu un centre de contr\u00f4le o\u00f9 \u00e9taient centralis\u00e9es et trait\u00e9es toutes les donn\u00e9es fournies par les centaines de cam\u00e9ras de vid\u00e9o-surveillance <\/em><em>qui quadrillaient ce qui restait de la ville.<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><em>Ma boulangerie \u00e9tait ferm\u00e9e depuis longtemps, d\u2019ailleurs, il n\u2019y avait plus de boulangerie. Pour avoir du pain, il fallait avoir des tickets de rationnement que l\u2019on se procurait \u00e0 la mairie , sur pr\u00e9sentation de documents d\u2019identit\u00e9 qui prouvaient que vous apparteniez bien \u00e0 la Communaut\u00e9 Nationale depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations&nbsp;. Ensuite, <\/em><em>on prenait l\u2019avenue du Mar\u00e9chal P\u00e9tain, comme pour aller \u00e0 la gare, puis on tournait \u00e0 gauche par la rue de la Milice , \u00e0 droite, rue Adolphe Denoix et enfin l\u00e0, donnant sur la place Charles Martel, vous verrez, au rez de chauss\u00e9e de l\u2019ancienne m\u00e9diath\u00e8que la boutique o\u00f9 vous pourrez obtenir du vrai pain fran\u00e7ais pour les vrais Fran\u00e7ais.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais tout cela m\u2019avait coup\u00e9 l\u2019app\u00e9tit . Je tournais les talons, pris la rue de l\u2019inspecteur Javert, avisai une bouche d\u2019\u00e9gout et descendis dans les entrailles de Terrasson pour y rejoindre mes pareils, les mis\u00e9rables et prendre le maquis avec eux pour pr\u00e9parer des lendemains qui chantent.<br>F.V.<\/em><em>Apr\u00e8s plusieurs <\/em><em>ann\u00e9es<\/em><em> pass\u00e9s loin de <\/em><em>Ch\u00e2telaillon<\/em><em>, je reviens, et \u00e0 peine <\/em><em>entr\u00e9e dans la commune<\/em><em> je ressens un \u00e9trange d\u00e9calage. Le changement est tellement radical qu\u2019un instant, je doute presque d\u2019\u00eatre au bon endroit. Les rues <\/em><em>du centre ville<\/em><em>, autrefois famili\u00e8res, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9am\u00e9nag\u00e9es, redessin\u00e9es. Les anciens b\u00e2timents ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9molis pour laisser place \u00e0 des constructions modernes, en verre et en b\u00e9ton. Les petites boutiques qui bordaient l&rsquo;avenue ont c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 de grands centres commerciaux, \u00e9tincelants de n\u00e9ons.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le parc o\u00f9 je passais mes apr\u00e8s-midi d\u2019enfance est maintenant un terrain de sport ultra-moderne, avec des filets de football tendus comme des toiles d&rsquo;araign\u00e9e, et un sol en r\u00e9sine qui n\u2019a plus rien de naturel. Il y a des panneaux publicitaires partout, et les arbres sont remplac\u00e9s par d\u2019inesth\u00e9tiques structures m\u00e9talliques.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, certains \u00e9l\u00e9ments persistent, presque comme des vestiges du pass\u00e9. La petite \u00e9glise avec ses pierres us\u00e9es par les ann\u00e9es, est encore l\u00e0, bien qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9e. Le vieux caf\u00e9, o\u00f9 l\u2019on se retrouvait entre amis, existe toujours, m\u00eame s\u2019il a \u00e9t\u00e9 modernis\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Mais il faut bien l\u2019avouer, l\u2019essence de la commune a chang\u00e9. Elle a \u00e9volu\u00e9, a pris un virage qui la rend m\u00e9connaissable.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais en observant de plus pr\u00e8s, il y a ces d\u00e9tails subtils, presque insignifiants, qui me rappellent d\u2019o\u00f9 je viens : les noms des rues qui fleurent bon le bord de mer comme la rue des Vagues ou la rue des Algues, dans ce quartier o\u00f9 j\u2019ai grandi. M\u00eame les maisons ont conserv\u00e9es leur jardinets bien entretenus, bien que les personnes qui y vivaient ont d\u00e9finitivement disparues. L\u00e0, le temps semble s\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9. Ces petites traces du pass\u00e9 me rassurent, je ne me suis pas tromp\u00e9e de lieu. Mais quelque part, cette transformation me fait sentir que, tout comme la commune, moi aussi j\u2019ai chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>B.D<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je revins l\u2019hiver dernier dans le hameau o\u00f9 j\u2019avais v\u00e9cu pendant trente ans\u2026 Je voulais revoir ce qu&nbsp;\u2018\u00e9tait devenue ma maison vendue \u00e0 un couple d\u2019Am\u00e9ricains.Le Choc&nbsp;! Ce n\u2019\u00e9tait plus une ferme du XIX \u00e8me si\u00e8cle mais un \u00ab&nbsp;lodge de grand luxe. Plus de caves, plus de grenier, que des grandes pi\u00e8ces aux cloisons amovibles, un jacuzzi, deux billards&nbsp;; quant au four \u00e0 pain c\u2019\u00e9tait devenu un studio grand standing et dans la grange, une grande et profonde piscine avait \u00e9t\u00e9 creus\u00e9e. Tous les murets \u00e9taient remont\u00e9s et tir\u00e9s au cordeau, la pelouse nivel\u00e9e, pas un brin d\u2019herbe plus haut que l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>La naus\u00e9e m\u2019envahit. Le propri\u00e9taire ne comprenait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Seuls restaient un trou, en haut dans le mur o\u00f9 je vis pointer le bec d\u2019un faucon cr\u00e9cerelle et l\u2019encoche du rebord du lavoir o\u00f9, petite fille je calais mon morceau de savon lors des lessives.<br>S.R.<\/p>\n\n\n\n<p>Me voici revenue au village. Le caf\u00e9 bar a disparu ,remplac\u00e9 par un atelier de lecture- \u00e9criture .Les \u00e9coliers d\u00e9corent les murs de fresques \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, avec un th\u00e8me diff\u00e9rent chaque ann\u00e9e .Sur l&rsquo;unique place ,une \u00e9norme bo\u00eete \u00e0 lettres o\u00f9 l&rsquo;on peut y glisser nos po\u00e8mes qui seront lus devant les personnes \u00e2g\u00e9es lors d&rsquo;une&nbsp; soir\u00e9e r\u00e9cr\u00e9ative .Des fleurs champ\u00eatres courent le long des murs ,des bacs remplis de tomates ,de courgettes ,d&rsquo;aubergines ,sont mis \u00e0 la disposition de qui veut bien .A l&rsquo;entr\u00e9e du village ,un grand parking pour permettre le co-voiturage .<\/p>\n\n\n\n<p>Tout a chang\u00e9 et rien n&rsquo;a chang\u00e9 :midi sonne&nbsp; \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise ,les jolies maisons paradent ,les vieilles maisons s&rsquo;enveloppent de lierre ,les familles font bonne figure pour que trop ne soit pas dit \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur ,les votes plongent dans l&rsquo;impensable ,de quel c\u00f4t\u00e9 le village va-t-il basculer?<\/p>\n\n\n\n<p>B.H.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s deux mois d&rsquo;absence de ma ville o\u00f9 je vis depuis trente ans, je me dirige vers le centre ville et l\u00e0, stupeur&nbsp;! je ne reconnais pas sa place principale, la plus grande et la plus fr\u00e9quent\u00e9e de la ville, un carr\u00e9 de pierre blanche, glaciale l&rsquo;hiver, \u00e9touffante l&rsquo;\u00e9t\u00e9. D\u00e8s le mois de mai, le soleil darde ses rayons sur le sol d\u00e9pourvu de toute v\u00e9g\u00e9tation et vous br\u00fble le visage. Si par malheur vous vous arr\u00eatez un peu trop longtemps, vous risquez l&rsquo;insolation \u00e0 coup s\u00fbr&nbsp;! A sa gauche, la fontaine \u00e0 moiti\u00e9 ass\u00e9ch\u00e9e, renvoie quelques embruns qui s&rsquo;\u00e9vaporent avant m\u00eame de vous atteindre. En face, le magnifique man\u00e8ge pour enfants tourne inlassablement au son de chansons d\u00e9su\u00e8tes qui enchantent nos petits garnements.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;hiver, gare aux glissades sur le sol souvent gel\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je regarde la place qui s&rsquo;\u00e9tend devant moi, je ne la reconnais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Me suis-je \u00e9gar\u00e9e&nbsp;? Je ne suis pas \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 je devrais \u00eatre&nbsp;, me dis-je, prise de panique. Que s&rsquo;est-il pass\u00e9&nbsp;? Mes yeux s&rsquo;arr\u00eatent sur chaque d\u00e9tail. Pourtant, je reconnais les b\u00e2timents qui la ceinturent, les magasins o\u00f9 j&rsquo;ai l&rsquo;habitude d&rsquo;aller, le caf\u00e9 et sa grande terrasse o\u00f9 je retrouve mon amie tous les jeudis mais je ne reconnais pas la place. Etrange me direz-vous&nbsp;! Je deviens folle. Je m&rsquo;avance prudemment \u00e0 la recherche de sa fontaine et de son man\u00e8ge mais ils ont bel et bien disparu. Je me retrouve au milieu d&rsquo;une pelouse fra\u00eechement tondue, de magnifiques parterres de fleurs de toutes les couleurs, d&rsquo;arbustes et d&rsquo;arbres savamment plant\u00e9s en quinconce. Je cherche un banc pour me reposer quelques minutes et essayer de comprendre mais je n&rsquo;en trouve pas. Visiblement sur cette place on ne s&rsquo;arr\u00eate pas pour discuter, on passe son chemin et on file vers d&rsquo;autres occupations.<\/p>\n\n\n\n<p>A ma gauche, je vois un couple que je connais de vue, je me dirige vers eux et timidement je leur demande o\u00f9 je suis.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme, amus\u00e9e me r\u00e9pond, un sourire moqueur sur ses l\u00e8vres que je suis sur la place principale, la plus connue et la plus belle, la plus grande aussi, au c\u0153ur m\u00eame de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je ne la reconnais pas, lui dis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est normal, elle s&rsquo;est m\u00e9tamorphos\u00e9e m&rsquo;explique-t-elle. Le v\u00e9g\u00e9tal a remplac\u00e9 le min\u00e9ral pour le plus grand bien de ses habitants.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah&nbsp;! Oui, je comprends maintenant. Me voil\u00e0 rassur\u00e9e, je suis bien au bon endroit. Mais dites-moi pourquoi tout ce chamboulement&nbsp;? Je l&rsquo;aimais bien, moi ma place, telle qu(&lsquo;elle \u00e9tait, blanche et nue, lieu id\u00e9al pour nos rendez-vous et nos conversations des heures durant.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est bon pour la plan\u00e8te,me dit-elle. Et pour notre sant\u00e9 aussi. Toutes les villes de France doivent rev\u00e9g\u00e9taliser ses centres-ville. C&rsquo;est une excellente initiative, vous ne trouvez pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, lui dis-je en m&rsquo;\u00e9loignant dubitative et peu convaincue par ce changement inattendu.<\/p>\n\n\n\n<p>D.L<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quelques mois, \u00e7a m\u2019obs\u00e9dait&nbsp;: j\u2019avais envie de revoir Terrasson, la petite ville o\u00f9 j\u2019avais pass\u00e9 les ann\u00e9es insouciantes de ma jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme la circulation en voiture individuelle a \u00e9t\u00e9 bannie, je suis dans le train, un peu f\u00e9brile\u2026 Je ne suis pas au bout de mes surprises. A la gare du Lardin, un message annonce le terminus dans cette gare et la pr\u00e9sence d\u2019une navette pour les voyageurs \u00e0 destination de Terrasson et Brive dans la cour de la gare. Comme j\u2019ai le souvenir d\u2019incidents fr\u00e9quents fr\u00e9quent sur la ligne, je ne m\u2019alarme pas jusqu\u2019au moment o\u00f9 j\u2019aper\u00e7ois une muraille gigantesque qui barre l\u2019ensemble de la vall\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible de demander une explication au chauffeur, il n\u2019y en a pas et les autres voyageurs sont tass\u00e9s au fond du v\u00e9hicule. Le bus autonome s\u2019engage alors sur une route \u00e9troite et tr\u00e8s pentue \u00e0 flanc de falaise, dominant bient\u00f4t un immense lac, bleu et calme press\u00e9 de chaque c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ancienne vall\u00e9e contre des pentes escarp\u00e9es d\u00e9bordant de v\u00e9g\u00e9tation anarchique. Le bus se gare le long d\u2019un embarcad\u00e8re o\u00f9 attend une sorte de vaporetto au toit couvert de panneaux solaires. Je suis le groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>Une voyageuse, consciente de mon d\u00e9sarroi, m\u2019explique que le barrage a \u00e9t\u00e9 construit une dizaine d\u2019ann\u00e9es auparavant pour prot\u00e9ger les villes en aval menac\u00e9es par la mont\u00e9e du niveau de la mer, associ\u00e9 \u00e0 l\u2019augmentation du volume des rivi\u00e8res li\u00e9es au d\u00e9veloppement des pr\u00e9cipitations printani\u00e8res et hivernales. Le lac est vaste mais peu profond, son niveau sup\u00e9rieur limit\u00e9 \u00e0 105 m\u00e8tre pour pr\u00e9server Brive o\u00f9 elle se rend. Elle m\u2019abandonne \u00e0 ma stup\u00e9faction.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai plus aucun rep\u00e8re. Au loin j\u2019aper\u00e7ois enfin la silhouette de b\u00e2timents\u2026 Non, ce n\u2019est pas Venise qui se dessine \u00e0 l\u2019horizon, mais un amoncellement de fragiles \u00e9difices de bois sur pilotis. Est-ce tout ce qui reste de ma ville&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>De plus pr\u00e8s, je d\u00e9taille des maisons dot\u00e9es d\u2019une porte et d\u2019une ou deux fen\u00eatre ouvertes sur une large terrasse \u00e0 plus d\u2019un m\u00e8tre cinquante au dessus de l\u2019eau pour tenir compte des variations du niveau du lac. C\u2019est l\u00e0 que se concentre la vie pendant cette saison chaude&nbsp;: je vois surtout des gens jeunes, occup\u00e9s \u00e0 nettoyer des filets ou \u00e0 installer des darnes de poisson \u00e0 s\u00e9cher sur des claies verticales. Aucune autre activit\u00e9. Un escalier ext\u00e9rieur donne acc\u00e8s \u00e0 un une plateforme mobile o\u00f9 sont accroch\u00e9es quelques barques \u00e0 rames.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien, sinon leurs couleurs vives ou parfois un demi \u00e9tage \u00e0 toit en terrasse qui les rend plus brinquebalantes encore ,ne distinguent les maisons les unes des autres. Elles s\u2019organisent les long des anciennes voies de la ville, mais on ne remarque aucune boutique ou b\u00e2timent administratif.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9barque sur un ponton flottant install\u00e9 dans un espace d\u00e9gag\u00e9 que l\u2019on pourrait qualifier de place , qui surplombe peut-\u00eatre le fant\u00f4me du pont vieux . une femme me propose le service de sa barque. A mes questions pressantes, elle r\u00e9pond que la majorit\u00e9 de la population a d\u00e9sert\u00e9 au moment de l\u2019inondation. Ceux qui sont rest\u00e9s ont choisi de vivre de peu en symbiose avec la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me d\u00e9signe , au dessus d\u2019une barri\u00e8re de v\u00e9g\u00e9tation foisonnante la silhouette de l\u2019\u00e9glise. Je reconnais aussit\u00f4t le clocher mur dentel\u00e9 qui me fait enfin un signe r\u00e9confortant. On n\u2019a conserv\u00e9 de l\u2019ancienne ville que les terrasses les plus \u00e9lev\u00e9es de l\u2019ancienne Nicle. Ma guide m\u2019explique que je trouverais autour de la place Bouquier, la mairie, la poste, les \u00e9coles, la m\u00e9diath\u00e8que et le centre culturel. Au centre la halle m\u00e9tallique a retrouv\u00e9 sa place et sa fonction de march\u00e9 . On trouve les quelques commerces et artisans indispensables, une auberges et quelques caf\u00e9s-restaurants dans les rues adjacentes o\u00f9 ont aussi \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9s des appartements accessibles et confortables pour les plus \u00e2g\u00e9s qui ne peuvent plus vivre sur l\u2019eau. J\u2019y trouverais peut \u00eatre d\u2019anciennes connaissances qui me raconteront. (merci&nbsp;! Je ne suis pas si vieille!).<\/p>\n\n\n\n<p>Quand elle me d\u00e9barque sur le rivage, elle me met en garde sur mon itin\u00e9raire qui emprunte les anciens cluseaux et o\u00f9 il n\u2019est pas rare de se perdre. Et elle me laisse l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>DDor<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeu N\u00b0 3 m\u00e9tamorphose Apr\u00e8s vous \u00eatre \u00e9loign\u00e9 de Terrasson ( ou une autre cit\u00e9) quelques temps, vous revenez et elle est devenue m\u00e9connaissable, m\u00e9tamorphos\u00e9e, \u00e0 quelques d\u00e9tails pr\u00e8s qui permettent de savoir que vous ne vous \u00eates pas tromp\u00e9. _______________________________________________ M\u00e9tamorphose J\u2019ai pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es \u00e0 Paris et voil\u00e0 que j\u2019ai envie de retourner &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2025\/02\/17\/ecrit-en-fevrier-2025-jeu-3-metamorphose\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Ecrit en f\u00e9vrier 2025 jeu 3 m\u00e9tamorphose&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[879],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2827"}],"collection":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2827"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2827\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2836,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2827\/revisions\/2836"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2827"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2827"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2827"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}