{"id":2944,"date":"2026-10-06T22:25:02","date_gmt":"2026-10-06T20:25:02","guid":{"rendered":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/?p=2944"},"modified":"2026-10-06T22:25:02","modified_gmt":"2026-10-06T20:25:02","slug":"ecrit-en-septembre-26-jeu-3-des-lieux-qui-parlent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2026\/10\/06\/ecrit-en-septembre-26-jeu-3-des-lieux-qui-parlent\/","title":{"rendered":"Ecrit en septembre 26 , jeu 3\u00a0:  Des lieux qui\u00a0 \u00ab\u00a0parlent\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des lieux qui\u00a0 \u00ab\u00a0parlent\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>C&rsquo;est un lieu tr\u00e8s particulier (imaginaire) qui serait le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;aventures h\u00e9ro\u00efques ou l\u00e9gendaires (imaginaires aussi) et le lieu s&rsquo;y pr\u00eate.D\u00e9crivez-le sous tous ses aspects, nommez le (en expliquant les toponymes) avant d&rsquo;\u00e9voquer le h\u00e9ros qui s&rsquo;y attache intimement et d&rsquo;esquisser ses aventures<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(inspir\u00e9 du Nouveau Magasin d&rsquo;\u00e9criture de Hubert Haddad) <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un petit jardin<br>Qui sentait bon le M\u00e9tropolitain<br>Qui sentait bon le bassin parisien<br>C&rsquo;\u00e9tait un petit jardin<br>Avec une table et une chaise de jardin<br>Avec deux arbres, un pommier et un sapin<br>Au fond d&rsquo;une cour \u00e0 la Chauss\u00e9e-d&rsquo;Antin<br><br>Mais un jour pr\u00e8s du jardin<br>Passa un homme qui au revers de son veston<br>Portait une fleur de b\u00e9ton<br>Dans le jardin une voix chanta<br><br>De gr\u00e2ce, de gr\u00e2ce, monsieur le promoteur,<br>De gr\u00e2ce, de gr\u00e2ce, pr\u00e9servez cette gr\u00e2ce<br>De gr\u00e2ce, de gr\u00e2ce, monsieur le promoteur<\/p>\n\n\n\n<p>==============================================<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait un petit jardin \u00e0 la Chauss\u00e9e d\u2019Antin. D\u2019abord mar\u00e9cage, la rue fut rehauss\u00e9e au d\u00e9but du XVIII et devint la Chauss\u00e9e d\u2019Antin. Il en vit passer de beaux damoiseaux et de gentes dames car il se situait \u00e0 proximit\u00e9 de l\u2019h\u00f4tel d\u2019Antin o\u00f9 menait grand train le petit \u2013 fils de Madame de Montespan, Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d&rsquo;Antin. La Chauss\u00e9e d\u2019Antin avait des pr\u00e9tentions \u00e0 l\u2019aristocratie et citait les deux ambassadeurs de Naples et de Belgique qui avaient \u00e9lu domicile dans ses h\u00f4tels.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019en 1825 le musicien Jakob Liebmann Meyer Beer s\u2019installa dans la maison jouxtant le petit jardin qui \u00e9tait proche de l\u2019Op\u00e9ra ce qui \u00e9tait pratique pour les r\u00e9p\u00e9titions et pour rencontrer ses amis musiciens comme Scribe, Berlioz ou Rossini. Sa premi\u00e8re \u0153uvre commune avec Scribe,&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_le_Diable_(op\u00e9ra)\"><em>Robert le Diable<\/em><\/a>, fut cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Op\u00e9ra_de_Paris\">Op\u00e9ra<\/a>&nbsp;le&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/21_novembre\">21<\/a>&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Novembre_1831\">novembre<\/a>&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1831_en_musique_classique\">1831<\/a>&nbsp;o\u00f9 il est l&rsquo;\u00ab&nbsp;un des plus grands triomphes de tous les temps&nbsp;\u00bb. Meyerbeer devint membre \u00e9tranger de l\u2019Acad\u00e9mie des beaux-arts de Paris et est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dignit\u00e9 de Chevalier de la L\u00e9gion d\u2019honneur le&nbsp;19 janvier 1832. Le&nbsp;17 avril 1836, la recette atteignit, pour la premi\u00e8re fois de l\u2019histoire de l\u2019Op\u00e9ra de Paris, le montant record de&nbsp;11&nbsp;300&nbsp;francs.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fonda une famille. Il alla de succ\u00e8s en succ\u00e8s jusqu\u2019en 1841 et voyagea beaucoup jusqu\u2019\u00e0 Londres et en Italie. Pendant de nombreuses ann\u00e9es, le jardinier veilla sur les fleurs puis le compositeur se d\u00e9sint\u00e9ressa peu \u00e0 peu de son petit jardin. Il ne fut plus aussi bien entretenu. La table et les chaises rouill\u00e8rent. Un promoteur qui passait par l\u00e0 en profita. Le jardinier eut beau le supplier&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>De gr\u00e2ce, de gr\u00e2ce, monsieur le promoteur,<br>De gr\u00e2ce, de gr\u00e2ce, pr\u00e9servez cette gr\u00e2ce<br><br><\/p>\n\n\n\n<p>Il ne fut pas entendu. L\u2019app\u00e2t du gain \u00e9tait trop fort. Une nouvelle construction d\u00e9truisit le petit jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, le nom de Mayerbeer n\u2019est plus associ\u00e9 qu\u2019\u00e0 un immense parking nomm\u00e9 Q park Mayerbeer Op\u00e9ra. Il est bien loin le petit jardin. En souvenir du musicien&nbsp;qui v\u00e9cut \u00e0 proximit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><em><br><\/em>D.Dou<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Nine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais pos\u00e9 ma m\u00e9lancolie blas\u00e9e dans un des rares petits h\u00f4tels qui subsistent dans la haute Lande.Je passais mes journ\u00e9es \u00e0 la terrasse du caf\u00e9 \u00e0 observer le man\u00e8ge des habitu\u00e9s. A peine si j&rsquo;\u00e9changeais quelques mots. Je ne sentais aucune hostilit\u00e9. On ne posait pas de question et \u00e7a m&rsquo;allait&#8230; jusqu&rsquo;\u00e0 ce samedi o\u00f9 la patronne vint se planter devant moi, p\u00e9remptoire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Toi, mon pitchoun, \u00e7a va pas. Demain je t&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 la fontaine d<em>es esbarrits. <\/em>Lever \u00e0 six heures. Mon mari nous laissera \u00e0 la palombi\u00e8re qu&rsquo;il pr\u00e9pare pour la saison&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>\u00c7a me laissa sans voix. Je n&rsquo;avais pas l&rsquo;habitude qu&rsquo;on me bouscule ni qu&rsquo;on parle de fa\u00e7on comminatoire et je ne comprenais rien \u00e0 son discours. Elle ajouta&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C&rsquo;est une fontaine miraculeuse qui redonne sourire et \u00e9lan aux gens comme toi, les \u00e9gar\u00e9s. On y vient de loin&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 et elle tourna les talons, emportant ma tasse \u00e0 caf\u00e9 vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce genre de sornettes a tout pour m&rsquo;\u00e9nerver, pourtant, le lendemain matin, j&rsquo;attendais \u00e0 l&rsquo;heure dite.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la voiture, personne ne parlait. On s&rsquo;enfon\u00e7ait dans la for\u00eat qui \u00e9mergeait doucement du brouillard , et ce, pendant plusieurs kilom\u00e8tres. Une vague angoisse me gagna&nbsp;: jamais je ne pourrais me retrouver dans un tel labyrinthe o\u00f9 tout les pins se ressemblent. Je ne connaissais pas ces gens&#8230;ils pouvaient me faire dispara\u00eetre sans laisser de trace.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; R\u00e9veille-toi pitchoun, on est a<em>ux Artigaous<\/em>, C&rsquo;est le moment de nous d\u00e9gourdir les jambes&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;<em>Les Artigaous&nbsp;<\/em>?<br>&#8211; La palombi\u00e8re. Les A<em>rtigaus <\/em>d\u00e9signent une terre d\u00e9frich\u00e9e&#8230; Il n&rsquo;y a pas toujours eu des pins par ici. Allez, on y va.<br><br><\/p>\n\n\n\n<p>La patronne \u00e9tait alerte et j&rsquo;avais du mal \u00e0 la suivre sur le chemin sablonneux bien trac\u00e9 . La for\u00eat commen\u00e7a \u00e0 s&rsquo;\u00e9claircir alors que nous nous approchions de lignes de vieilles dunes. Elle laissait la place \u00e0 de vastes \u00e9tendues de molinies bord\u00e9es de bouquets de bouleaux ou de vergnes. C&rsquo;\u00e9taient, m&rsquo;expliqua la patronne, des mar\u00e9cages pleins de sables mouvants . Mon angoisse monta d&rsquo;un cran. \u00ab&nbsp;C&rsquo;est que, ajouta-t-elle, les ruisseaux n&rsquo;arrivent pas \u00e0 franchir les dunes par ici&nbsp;, alors ils s&rsquo;\u00e9talent en vastes zones stagnantes. On est au l<em>e brau de la Nine<\/em>, on approche.\u00bb On a march\u00e9 encore au moins un quart d&rsquo;heure, pass\u00e9 la <em>lette de la Nine <\/em>entre deux dunes, une lagune temporaire. La rumeur de l&rsquo;oc\u00e9an nous parvenait, de tr\u00e8s loin, m\u00eal\u00e9e \u00e0 la stridulation continue des cigales. C &lsquo;\u00e9tait beau mais farouche.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le chemin d\u00e9boucha de fa\u00e7on inattendue sur une grande prairie couronn\u00e9e de trois grands ch\u00eanes majestueux. Le plus gros \u00e9tait enguirland\u00e9 de bouts de tissus plus ou moins d\u00e9lav\u00e9s comme j&rsquo;en avais d\u00e9j\u00e0 vus en photo pr\u00e8s des sources soit-disant miraculeuses. A son pied, dans une cavit\u00e9 de garluche noir\u00e2tre , un filet d&rsquo;eau rouge\u00e2tre sourdait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; Tu vas pouvoir reprendre ton souffle&#8230; On y est. Ici, c&rsquo;est <em>Negueroge. M<\/em>aintenant tu fais exactement ce que je dis&nbsp;\u00bb. J&rsquo;ai d\u00fb me passer de l&rsquo;eau glac\u00e9e sur le visage, les cheveux et la nuque avant de boire dans le creux de mes mains en pensant \u00e0 tout ce que je souhaitais expulser. Je ne m&rsquo;en sentis ni mieux ni plus mal mais je n&rsquo;en dis rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le chemin du retour qui me sembla bien plus court , je fis remarquer \u00e0 la patronne , qu&rsquo;au moins le nom de <em>negueroge <\/em>\u00e9tait plus \u00e9vident que celui des autre lieux qu&rsquo;elle avait nomm\u00e9s&nbsp;jusque l\u00e0: le noir \u00e9tait celui de la pierre et le rouge celui de l&rsquo;eau ferrugineuse&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; tu n&rsquo;as pas tort , Petit, mais tu n&rsquo;as peut-\u00eatre pas raison&nbsp;\u00bb, r\u00e9pondit-elle, sibylline sans plus de d\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain me trouva plein de courbatures et de questions dont j&rsquo;abreuvais la patronne \u00e0 l&rsquo;heure du premier caf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; Mais il parle&nbsp;!&nbsp;\u00bb s&rsquo;esclaffa-t-elle &nbsp; avant de me recommander , pour en savoir plus, d&rsquo;aller rendre visite \u00e0 madame Dourthe, la vieille institutrice, \u00e0 la maison de retraite.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9testais les vieux et les maisons de retraite, mais je m&rsquo;y rendis, non sans rechigner.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame Dourthe \u00e9tait tr\u00e8s petite, tr\u00e8s maigre, pli\u00e9e en deux, sans \u00e2ge. Mais en d\u00e9couvrant son regard, p\u00e9tillant, chaleureux, je tombai sous le charme d&rsquo;une grand m\u00e8re que j&rsquo;aurais aim\u00e9 avoir. Intimid\u00e9 , comme un jeune \u00e9colier, je lui donnais en d\u00e9tail les motifs de ma visite.<\/p>\n\n\n\n<p>Si j&rsquo;avais du temps, il fallait aller s\u2019asseoir sous l&rsquo;arbre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Jan du Bosc&nbsp;; il en savait plus long qu&rsquo;elle&#8230; et voici, en grandes lignes, ce qu&rsquo;ils m&rsquo;ont racont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La patronne m&rsquo;avait amen\u00e9 sur le Territoire de la Nine comme l&rsquo;indiquaient les noms des lieux . La Nine, c&rsquo;\u00e9tait une enfant trouv\u00e9e, un b\u00e9b\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 dans une touffe de bruy\u00e8re au milieu de la Lande que l\u2019\u0153il aiguis\u00e9 du berger lo Peyre des Artigaus avait d\u00e9nich\u00e9. Sans h\u00e9sitation, il avait ramen\u00e9 la fillette \u00e0 la borde qu&rsquo;il partageait avec Jan du buch , l&rsquo;Albin et les brebis qu&rsquo;ils gardaient pour les grands propri\u00e9taires des environs. Les trois hommes en prirent soin comme on \u00e9l\u00e8ve un agneau rejet\u00e9 par la m\u00e8re. Ils l&rsquo;appel\u00e8rent La Nine.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout se sait dans la Lande, malgr\u00e9 l&rsquo;isolement et les distances. Quelques mois plus tard, le cur\u00e9 se pr\u00e9senta avec deux bonnes \u00e2mes de la paroisse pour r\u00e9cup\u00e9rer l&rsquo;enfant qu&rsquo;on ne pouvait laisser entre les mains de sauvages sans foi ni loi . Lo Peyre chassa la d\u00e9l\u00e9gation sans m\u00e9nagement. Pleine de frayeur, elle leur abandonna l&rsquo;enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils l&rsquo; \u00e9lev\u00e8rent avec une affection farouche, lui apprirent \u00e0 soigner les b\u00eates mais lui laiss\u00e8rent aussi toute libert\u00e9 pour explorer leur territoire. Une chienne , n\u00e9e le jour de sa d\u00e9couverte, qui la suivait partout&nbsp;, la prot\u00e9gerait de tous les dangers et la ram\u00e8nerait toujours au bercail.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de ses p\u00e9r\u00e9grinations, la Nine avait fait connaissance de la Marthe des Aresteilles. Aussi mal vue du village que les bergers, elle passait pour sorci\u00e8re. Elle vivait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart dans une ferme minuscule dont les pans de toits touchaient presque le sol. Sous l&rsquo;estantade, l&rsquo;auvent, pendaient des bouquets de plantes s\u00e9ch\u00e9es aux pouvoirs m\u00e9dicinaux dont la Marthe connaissait les secrets. La fillette \u00e9coutait avidement les mille histoires de Marthe et apprenait l&rsquo;identification des plantes et leur usage. C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9ponge&nbsp;: elle retenait tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Pouss\u00e9e au grand air, la fillette avait une peau de brugnon et sa t\u00eate \u00e9tait couronn\u00e9e d&rsquo;une toison flamboyante qui lui valurent le surnom p\u00e9joratif de <em>Negueroge <\/em>car on lui avait vite attribu\u00e9, sans la conna\u00eetre les vices suppos\u00e9s de ses fr\u00e9quentations. Cela n&#8217;emp\u00eachait pas la Nine d&rsquo;\u00eatre \u00e9panouie et insouciante.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout bascula un soir de temp\u00eate. La Nine, qui devait avoir 12 ou 13 ans , observait, fascin\u00e9e, du haut de la dune, les vagues gigantesques lorsqu&rsquo;un bateau vint se fracasser sur la plage. Elle courut pr\u00e9venir Lo Peyre, mais le temps qu&rsquo;ils reviennent , un attroupement s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9 autour de l&rsquo;\u00e9pave et un d\u00e9pe\u00e7age m\u00e9thodique avait commenc\u00e9. \u00ab&nbsp;Reste \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, Pitchoune&#8230;&nbsp;\u00bblui avait intim\u00e9 son p\u00e8re. Pourtant, lorsque quelques jours plus tard elle aper\u00e7ut le corps d&rsquo;un homme dans les sables mouvants de la lette, elle se sentit coupable.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se donna l&rsquo;obligation de sauver les quelques naufrag\u00e9s survivants des prochains \u00e9chouages. Souvent quand ils atteignaient le sommet de la dune ils apercevaient au loin la silhouette d&rsquo;un hameau qu&rsquo;ils perdaient de vue en arrivant au pied de la butte. Le paysage \u00e9tait tra\u00eetre. Entrer en contact n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9vident&nbsp;: son allure, son parler brusque, uniquement en patois, effrayaient, d\u00e9clenchaient parfois de l&rsquo;hostilit\u00e9. La chienne qui souvent d\u00e9busquait la premi\u00e8re les rescap\u00e9s lui apportait une assistance ind\u00e9fectible, avec autorit\u00e9 mais sans brutalit\u00e9 . Une fois convaincus qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;alternative, les rescap\u00e9s les suivaient dans le lacis des mar\u00e9cages . Elle faisait halte chez elle, \u00e0 la <em>fontaine des esbarrits<\/em> pour qu&rsquo;ils se d\u00e9salt\u00e8rent et se reposent quelques instants. Elle soignait les plaies gr\u00e2ce aux enseignements de Marthe. Elle leur offrait ce qu&rsquo;elle avait, un peu de greuilh et un quignon de pain, avant de reprendre le chemin . Elle les laissait, sans demander son reste, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du village.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le pays , une image d&rsquo;h\u00e9ro\u00efne d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e combattait celle de la sorci\u00e8re&#8230; mais le d\u00e9sint\u00e9ressement restait suspect. Son plus grand exploit fut de ramener, une nuit , un groupe de 68 naufrag\u00e9s qu&rsquo;elle installa dans l&rsquo;\u00e9glise pour les mettre \u00e0 l&rsquo;abri. Imaginez la r\u00e9action du cur\u00e9 et de ses ouailles en arrivant pour la messe de six heures.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame lorsque les bergers partirent vers des p\u00e2turages plus verdoyants elle resta \u00e0 la borde avec quelques b\u00eates soustraites aux propri\u00e9taires pour poursuivre sa mission. Sa popularit\u00e9 s&rsquo;amplifia. On brodait d&rsquo;autant plus largement qu&rsquo;on ne la fr\u00e9quentait pas. A peine connaissait-on la silhouette fil de fer de <em>La<\/em> <em>Negueroge<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour on r\u00e9alisa qu&rsquo;elle avait disparu. Certains racont\u00e8rent qu&rsquo;elle avait suivi un beau naufrag\u00e9, d&rsquo;autres que les chasseurs l&rsquo;avaient tu\u00e9e , par m\u00e9garde , et qu&rsquo;ils avaient fait dispara\u00eetre son corps\u00a0. On n&rsquo;a jamais r\u00e9ellement cherch\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 mais un mythe s&rsquo;est construit autour de La Nine .On a attribu\u00e9 \u00e0 la fontaine de Negueroge la facult\u00e9 de soigner les \u00e9gar\u00e9s de toutes sortes. J&rsquo;en avais fait l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>D.Dor<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des lieux qui\u00a0 \u00ab\u00a0parlent\u00a0\u00bb C&rsquo;est un lieu tr\u00e8s particulier (imaginaire) qui serait le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;aventures h\u00e9ro\u00efques ou l\u00e9gendaires (imaginaires aussi) et le lieu s&rsquo;y pr\u00eate.D\u00e9crivez-le sous tous ses aspects, nommez le (en expliquant les toponymes) avant d&rsquo;\u00e9voquer le h\u00e9ros qui s&rsquo;y attache intimement et d&rsquo;esquisser ses aventures (inspir\u00e9 du Nouveau Magasin d&rsquo;\u00e9criture de Hubert Haddad) &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2026\/10\/06\/ecrit-en-septembre-26-jeu-3-des-lieux-qui-parlent\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Ecrit en septembre 26 , jeu 3\u00a0:  Des lieux qui\u00a0 \u00ab\u00a0parlent\u00a0\u00bb&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[961,959],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2944"}],"collection":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2944"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2944\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2945,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2944\/revisions\/2945"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2944"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2944"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2944"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}