{"id":43,"date":"2018-12-25T23:30:53","date_gmt":"2018-12-25T22:30:53","guid":{"rendered":"http:\/\/vps237263.ovh.net\/wpblog\/?p=43"},"modified":"2018-12-27T22:09:28","modified_gmt":"2018-12-27T21:09:28","slug":"feuilleton1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lire-ecrire-terrasson.fr\/index.php\/2018\/12\/25\/feuilleton1\/","title":{"rendered":"chapitre A Les femmes du rez de chauss\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">26Les soirs d\u2019\u00e9t\u00e9, Maria Luisa, Rosanna et Monette (toutes trois habitant au rez de chauss\u00e9e) se retrouvent souvent dans le hall o\u00f9 il fait bon papoter jusqu\u2019\u00e0 pas d\u2019heure. Certaines mauvaises langues diraient cancaner.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Elles \u00e9voquent souvent leur arriv\u00e9e \u00e0 Terrasson. Car devenir locataire \u00ab\u00a0Au long cours\u00a0\u00bb, \u00e7a se m\u00e9rite. Marie Charlotte choisit ses locataires lors d\u2019une entrevue digne des castings les plus pointus des r\u00e9alisateurs du cin\u00e9ma d\u2019art et d\u2019essai. Oui, il s\u2019agit bien d\u2019un casting. L\u2019immeuble est pour elle, une sorte de plateau de cin\u00e9ma, ou de sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 les acteurs ne sont pas des acteurs.<\/span><\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Ce ne sont pas les crit\u00e8res financiers qui l\u2019int\u00e9ressent mais le v\u00e9cu et les aspirations du \u00ab\u00a0candidat\u00a0\u00bb, ce que sont ses loisirs&#8230; Si le courant ne passe pas, MC ne le dit pas d\u2019embl\u00e9e mais il n\u2019y aura pas de suite.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Si au contraire, il y a affinit\u00e9s, c\u2019est une histoire d\u2019amour qui liera longtemps locataire et propri\u00e9taire. Cela peut \u00eatre orageux mais apr\u00e8s la pluie, le beau temps&#8230; Quelques fois, MC pressent que ces choix peuvent conduire \u00e0 quelques accrochages entre tous ces forts temp\u00e9raments mais cela l\u2019amuse d\u2019en suivre les \u00e9volutions que lui narre avec talent Maria Luisa pour qui elle a beaucoup d\u2019affection.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce cru 2018 lui pla\u00eet particuli\u00e8rement. Elle revoit dans sa t\u00eate ses locataires du rez-de-chauss\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b> Maria Luisa GONCALVA <\/b>est n\u00e9e pr\u00e8s de Porto en 1973. Un an apr\u00e8s, la r\u00e9volution des \u0153illets \u00e9clate. La vie est dure pour cette famille nombreuse. L\u2019un des a\u00een\u00e9s, Fernando, ma\u00e7on, d\u00e9cide de quitter le Portugal pour la France. Maria ne r\u00eave que de Paris, de Montmartre. Elle n\u2019est pas dou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole et \u00e0 16 ans commence \u00e0 travailler dans une usine de sardines. A18 ans, elle d\u00e9cide de rejoindre son fr\u00e8re en France. Elle parvient \u00e0 \u00e9conomiser un peu d\u2019argent et \u00e0 prendre un bus qui la conduira jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re entre l\u2019Espagne et la France.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Elle dit qu\u2019elle a v\u00e9cu \u00e0 Paris mais ne s\u2019attarde pas sur cette courte parenth\u00e8se d\u00e9senchant\u00e9e\u00a0; elle n\u2019y a pas rencontr\u00e9 ni le beau fran\u00e7ais de ses r\u00eaves ni travail dans une riche famille. C\u2019est Antonio, s\u00e9ducteur et ambitieux qu\u2019elle trouve sur son chemin. Fernando qui a montr\u00e9 sa propre entreprise, pr\u00e8s de P\u00e9rigueux, \u00e9blouit s\u0153ur et beau-fr\u00e8re avec la maison qu\u2019il vient de construire pour lui-m\u00eame. La r\u00e9gion leur plait. Maria est enceinte et ils d\u00e9cident de rester dans le Sud-Ouest. Ils y retrouvent nombre de compatriotes. Maria commence par garder des enfants, puis fait le m\u00e9nage dans des HLM \u00e0 Boulazac. Elle arrive \u00e0 Terrasson en 2003 et se <\/span><\/span><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">pr\u00e9sente pour prendre soin de la r\u00e9sidence \u00abAu long cours\u00a0\u00bb et de ses habitants\u00a0; elle y met toute son \u00e9nergie et cette ann\u00e9e, elle fantasme sur un concert o\u00f9 tous les musiciens de l\u2019immeuble se produiraient. En ce moment, elle r\u00e9fl\u00e9chit aux moyens pour y parvenir. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> D\u00e8s leur premi\u00e8re rencontre, elles ont sympathis\u00e9. Marie Charlotte aime beaucoup le Portugal et en particulier, Lisbonne o\u00f9 elle se rend souvent. Elle s\u2019inspire des azulejos pour l\u2019un de ses futurs projets.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b> Monette<\/b> <b>DUTIL<\/b> vient de Montauban dont elle a toujours l\u2019accent chantant. Sa famille poss\u00e9dait des vergers\u00a0; elle en conserve des souvenirs de p\u00eaches dor\u00e9es et juteuses dignes du paradis terrestre.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Elle est arriv\u00e9e par \u00e9tapes, comme un omnibus\u00a0: Cahors, Gourdon, Souillac, que des villes avec des gares.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> A Souillac, elle s\u2019\u00e9tait install\u00e9e comme couturi\u00e8re et avait pour voisin Agostinho Pereira dont la tante est Maria Luisa. Il lui a tellement parl\u00e9 de Terrasson dans son bar o\u00f9 Monette prenait un caf\u00e9 tous les jours, qu\u2019elle y est d\u2019abord venue avec lui en visiteuse et s\u2019y est finalement install\u00e9e, charm\u00e9e par les maisonnettes et les placettes de la vieille ville. Un soir, o\u00f9 Marie Charlotte d\u00e9ambulait en touriste dans la vieille ville, le nez au vent, elle s\u2019est assise pr\u00e8s d\u2019une fontaine. Une dame et son chat partageaient un fauteuil devant une maisonnette pimpante. La conversation s\u2019engagea. Monette se pr\u00e9senta et au fil de la conversation, expliqua qu\u2019elle aimerait bien habiter plus pr\u00e8s du centre-ville pour pouvoir faire ses courses sans trop de difficult\u00e9s. Marie Charlotte allait bient\u00f4t avoir un appartement vacant\u00a0; elle lui laissa ses coordonn\u00e9es. Ainsi fut fait, et Monette emm\u00e9nagea Au long cours.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b> Rosanna<\/b> <b>HOMBERG<\/b> \u00e9tait professeur de math\u00e9matiques au coll\u00e8ge voisin, arriv\u00e9e \u00e0 Terrasson au hasard de ses affectations, et non par v\u00e9ritable choix.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Son mari vient de la quitter. Il ne supporte plus ni sa femme, ni surtout ses deux nouvelles passions, le bricolage, et le piano qui lui \u00e9corchent pareillement les oreilles.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Elle \u00e9voque des incompatibilit\u00e9s apparues, lorsque tous deux ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la retraite et se sont retrouv\u00e9s beaucoup plus souvent ensemble. Elle l\u2019accuse d\u2019\u00eatre devenu pingre et acari\u00e2tre. Lui dit qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une musicienne \u00e0 la noix.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Elle souhaiterait donner des cours de piano, gratuitement, et cherche vainement des musiciens int\u00e9ress\u00e9s. Elle n\u2019appr\u00e9cie pas vraiment la ville qu\u2019elle trouve \u00e9triqu\u00e9e et provinciale. Son r\u00eave serait de vivre \u00e0 Bordeaux mais elle n\u2019en a h\u00e9las pas les moyens. Elle se contente de soupirer en y songeant.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Depuis peu, un accordeur de piano vient souvent, tr\u00e8s souvent. Maintenant qu\u2019elle est \u00e0 la retraite, elle a beaucoup de temps libre, beaucoup trop.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Lundi matin 7H 30.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8211; Ca y est, \u00e7a commence\u00a0! S\u2019exclame Maria Luisa.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Quelques coups de sonnette, de dur\u00e9es in\u00e9gales, viennent de retentir dans sa loge.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Elle repose sur la commode une photo o\u00f9 sa m\u00e8re la tient dans ses bras, qui date de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle vivait dans la rue Santa Catarina, \u00e0 Porto en 1975. Elle se doute que les r\u00e9sidents ont eux aussi entendu des bruits bizarres, aux environs de deux heures du matin dans l\u2019appartement vide du premier \u00e9tage, comme si on avait tra\u00een\u00e9 de lourdes caisses sur le parquet\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> C\u2019est s\u00fbrement Rosanna, se dit-elle, elle prend toujours ma sonnette pour son piano, et elle en joue tout aussi mal. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Monette et Rosanna se tiennent en effet, dans l\u2019encadrement de la porte.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Puis, Alain Delbos et Jean-Fran\u00e7ois Blanchard, qui partent au travail, arrivent \u00e0 leur tour. Chacun avec ses mots, constate la m\u00eame chose\u00a0:<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Georgia, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y a vraiment un probl\u00e8me dans l\u2019immeuble\u00a0; tous ont mal dormi et se tournent vers la gardienne pour les aider \u00e0 percer ce myst\u00e8re. Elle ne dispose pas de la cl\u00e9 que la propri\u00e9taire a conserv\u00e9e pour effectuer des travaux dans l\u2019appartement.<\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>26Les soirs d\u2019\u00e9t\u00e9, Maria Luisa, Rosanna et Monette (toutes trois habitant au rez de chauss\u00e9e) se retrouvent souvent dans le hall o\u00f9 il fait bon papoter jusqu\u2019\u00e0 pas d\u2019heure. Certaines mauvaises langues diraient cancaner. Elles \u00e9voquent souvent leur arriv\u00e9e \u00e0 Terrasson. Car devenir locataire \u00ab\u00a0Au long cours\u00a0\u00bb, \u00e7a se m\u00e9rite. 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