Jeu d’écriture par temps de confinement – 22- Le jeu du faussaire

13 04 2020

Jeu par temps de confinement – 22- jeu du faussaire

REGLES DU JEU :

1 Il consiste à écrire les premières et dernières lignes d’un roman existant uniquement à partir de mes indications

2 N’allez pas en quête d’autres renseignements, ni sur internet, ni dans l’ouvrage que vous avez dans votre bibliothèque, vous ne pourrez plus jouer

3 Ce soir, je publie les textes anonymés et numérotés en y insérant les vraies phrases

4 Quand vous avez lu les textes vous me renvoyez un mail en votant pour celui qui vous paraît émaner de l’auteur

Vous allez écrire le début et la fin du roman de Patrick Modiano, Mémory Lane

résumé du roman : c’est un très court roman où Modiano, comme à son habitude, réveille des « souvenirs dormants » qui gardent une part de brume. On entre dans l’univers d’une bande disparate faite de rencontres de hasard où le narrateur a été introduit par un camarade de bureau. Les personnages intrigants, complexes, gardent une part d’ombre. Le temps dissout la bande et le narrateur en cherche plusieurs années après les traces.

Indications pour le début: une phrase assez longue, générale, où le narrateur se pose la question de la formation des bandes d’amis

Indications pour la fin : deux courtes phrases où le narrateur s’interroge sur la réaction d’une jeune femme du groupe à des retrouvailles éventuelles.


1

Première phrase :

Comment se fait-il que nous interagissons de meilleure façon avec certaines personnes ? Je crois que cela ne s’explique pas. À un moment donné de nos vies, nous avons besoin de l’autre pour nous identifier à lui, afin de nous dire que nous ne sommes pas seuls à vivre les mêmes émotions. Même au bureau, je dirais même surtout au bureau. C’est l’heure où nous nous détachons de nos amis d’enfance, bien malgré nous, où nous avons envie de retrouver cette complicité perdue avec de nouvelles personnes, plus à même de nous comprendre tels que nous sommes aujourd’hui. C’est comme une alchimie qui naît, nous savons reconnaître nos nouveaux amis avant d’engager la conversation avec eux.

 

Dernière phrase :

Après tout le temps qui a passé, il y a une seule personne que j’aimerais revoir. La seule femme du groupe, la plus flamboyante, la plus indomptable dirais-je même, qui n’a jamais voulu appartenir à aucun homme ; accepterait-elle de me revoir, moi particulièrement ?

2

Première phrase :

Je suis à cette époque étudiant d’histoire, et nous sommes cinq à hanter la bibliothèque nationale, chacun en maîtrise à la Sorbonne. Comment s’est formée notre bande ? Je ne sais plus, je crois que j’ai suivi Fred, qui venait souvent à la même table faire des recherches sur les journaux parisiens de la révolution de Février 1848…Il était amoureux d’une danseuse, Minou, je ne sais si c’était son vrai prénom, et pour la voir un peu, à la sortie des cours de l’académie  Ginette Bastien, il aimait aller au « Quartier Général »,  un petit café de la rue Saint-Germain, au numéro 82 si je me souviens bien. On l’avait accompagné une fois et ça avait pris, comme on dit…Les filles qui venaient de passer trois heures à la barre, tendues par l’exigence implacable de leur professeur, adoraient venir s’y détendre. On parlait de tout, et on riait beaucoup en buvant un verre…. J’avais un petit faible pour Elise, une douce brune au teint pâle, silencieuse et discrète, ce qui l’enveloppait d’une aura de mystère qui m’attirait terriblement.

Dernière phrase :

J’angoisse un peu à l’idée de nous retrouver presque tous, vingt ans après…Fred, qui ne s’est pas remis de la mort de Minou dans un accident de voiture où il a été grièvement blessé, m’a parlé d’Elise, devenue danseuse étoile, de son incroyable ascension…Pourquoi était-elle si fuyante avec moi ? J’ai fini par abandonner, finalement même, je l’ai oubliée, mais elle ? Se souvient-elle de cette fois où je lui ai pris les mains où je lui ai tout dit de ce que je ressentais, où elle est partie complètement désolée, me laissant stupide ? Elise, pourquoi ne jamais t’être expliquée ?

3

Première phrase :

 

Je ne sais plus exactement comment cela a débuté et pourquoi nous avons décidé de nous retrouver au café, en bas de ma rue. Tout d’abord, nous n’étions que trois ou quatre selon les jours parmi lesquels Paul et Henri  qui venaient régulièrement. Se sont ensuite joints à nous la bande d’amis de Pierre et cela s’est fait insensiblement. Qu’est-ce qui nous rassemblait ?

 Dernière phrase :

Nina que j’ai rencontrée de façon fortuite à l’entrée du métro, refuse obstinément de revoir Pierre. Est-il associé pour elle à d’autres souvenirs pénibles ?

4

Phrase de Début :

Je me demande par quelle mystérieuse chimie se forme un « petit groupe » : tantôt il se disloque très vite, tantôt il reste homogène pendant plusieurs années, et souvent à cause du caractère disparate de ses membres on pense aux rafles de police qui rassemblent de minuit à l’aube des individus qui ne se seraient jamais rencontrés sans cela.

Phrase de fin :

Mais le voudrait-elle ? On s’efforce quelquefois d’oublier le petit groupe de ceux qui ont présidé à vos débuts dans la vie

5

Phrase de début :

Il arrivait devant le café du coin de la rue, assez lentement pour commencer à imaginer ceux qui seraient déjà accoudés au comptoir, car si sa mémoire lui faisait défaut alors qu’il essayait de revenir exactement sur les circonstances de leurs rencontres, aux uns et aux autres, il lui fallait cependant concéder que l’alchimie qui avait pourvu à cet enchaînement durable relevait d’une sensation étrange dont il était encore capable de ressentir les effets.

Phrase de fin :

Comment n’aurait-elle pas voulu savoir ? D’un coup, l’orage en balaya l’envie

6

phrase de début :

Des fils invisibles tissent un jour, à notre insu, des toiles qui nous relient étonnamment à des êtres d’occasion, appartenant à d’autres univers que le nôtre, que l’on a parfois du mal à cerner, ce que l’on ne cherche pas forcément à faire d’ailleurs, et pourtant ces liens nous retiennent longtemps ensemble et résistent au temps par delà l’éloignement.

Phrase de fin :

J’ai souvent imaginé la croiser par hasard. Saurions nous même nous reconnaître ?

7

Phrase de début :

l se demandait quelle idée saugrenue ce collègue de bureau avait-il eu de l’inviter à cette soirée ou tous paraissaient « à l’ouest »,l’un la tête tellement penchée qu’il ne pouvait entrevoir que la pointe de ses  chaussures vernies que n’aurait pas renié un chef de la mafia calabraise,un autre,les yeux levés vers le plafond à la recherche d’une inspiration que la coke qu’il sniffait n’arrivait pas à lui procurer,et ne parlons pas de ce petit rondouillard qui obtempérait à n’importe quelle observation,les jugeant toutes recevables parce que n’en comprenant aucune,mais au milieu de cet amas improbable,il y avait elle,avec ses grands yeux limpides, sa silhouette gracieuse et longiligne,un astre dans ce ciel ténébreux,et c’est pour elle,rien que pour elle ,qu’il s’était décidé à les revoir tous,sachant cependant qu’elle leur était liée par ce fameux pacte secret

phrase de fin :

Depuis qu’elle l’avait revu,les souvenirs les meilleurs étaient remontés à la surface.Et cette fois,elle était bien décidée à ne pas laisser passer sa chance.

8

Phrase de début :

Dans une petite ville de province, au début des années soixante, il n’était pas facile pour un jeune, nouvel arrivant, de se faire des relations, d’intégrer un groupe où se tisseraient des amitiés, voire plus si affinités, comme on pouvait le lire dans la rubrique des petites annonces matrimoniales de la gazette locale…parfois le mieux est de s’en remettre au hasard : dans mon cas ce hasard prit la figure de Gérard Marciano un de mes collègues de bureau.

Phrase de fin :

Très vite la conversation revint sur Jacqueline , Gérard me communiqua son adresse, il insistait pour que j’aille lui rendre visite.Des rumeurs avaient couru dans la petite bande après son départ précipité, elle n’avait plus donné de nouvelles pendant toutes ces années:je ne me faisais guère d’illusions sur l’accueil que je pouvais espérer.

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