Feuilleton 25 26 carnet de voyage , étape 7

Etape7 – abus de zeugmes et d’oxymores

Habitée par une obscure lucidité je m’ apprêtais à suivre sans réserve et sans guère de bagages Steven. Je lançais ma jambe quand la moto décolla et disparut, alors qu’au même instant j’étais cernée par trois pick-up menaçants. Des individus à l’anonymat protégé par des bas enfilés sur leur visage et la lâcheté s’emparèrent de moi en me jetèrent comme un ballot sous des torrents d’insultes et une bâche, à l’arrière de l’un des véhicules. Il démarra sur le moment et des chapeaux de roues.

Soulevant légèrement la bâche, j’ai reconnu le logo de ICE sur le dos de mon ravisseur à travers la vitre arrière. Je n’avais rien à faire avec cette police de l’émigration à la sombre réputation. J’étais en règle…. sauf que je n’avais plus de papiers ni de certitudes. Le cauchemar authentique succédait à au réel illusoire de mon trip délicieux.

On m’avait emmenée dans une pièce d’une neutralité glacée. Le sac à dos qu’on m’avait arraché répandait sur le bureau vide mes carnets et le reste de mon intimité.J’étais réduite à une intense vacuité. Je me ressaisis. Je devais les regarder en face et avec une confiance apparente car la situation empirait avec l’interrogatoire.

J’étais à nouveau cernée par par trois individus à l’haleine et aux paroles nauséabondes. L’un d’eux me tenait fermement les poignets dans le dos et me déstabilisait en repoussant les barreaux de la chaise sur laquelle j’étais assise de force et de guingois . Je devais résister à la violence des mots et des postillons.

Chacune de mes réponses exacerbait la noirceur de leur haine et de mes poignets sur lesquels la pression des doigts augmentait.

Premier écueil, j’étais une femme qui voyageait seule , sans adresse et sans vergogne.

Deuxième écueil, j’étais Française donc forcement une roulure… et sans papier pour prouver ma nationalité… mais Française … et j’ai senti l’ aggravation protectrice de mon statut.

Le troisième écueil a été fatal : j’étais journaliste Je leur ai montré les dessins des combats d’animaux réalisés d’après mes souvenirs oniriques pour leur prouver que je ne m’intéressais qu’à la nature, mais ça , ils ne pouvaient le concevoir, d’autant plus que, d’après eux, ces animaux n’existaient pas, ce n’étaient que sornettes d’Indien. J’étais forcément une fouineuse malsaine dans les affaires d’un pays qui n’était pas le mien, voire un potentiel agent de l’étranger. En jupons… et je ne professais que vérités mensongères comme tous ceux de ma race.Toute argumentation jouait contre moi.

La tension et le ton sont montés d’un cran.

Ils ont commencé à s’invectiver au dessus de ma tête pour régler mon sort : le premier projetait de me fourguer dans le premier avion pour les quartiers de haute-sécurité et de tous les dangers du Salvador, la seconde rappela que je devais mon arrestation au Dr Jivago -ô charmeur répugnant et 25000 dollars à la clinique , je serais donc incarcérée dans des geôles américaines le temps de régler ma dette, le troisième argua que la priorité était de me faire taire définitivement.

Brutalement saisie par les épaules et par un haut le cœur irrépressible je vidais sur eux tripes et boyaux .C ‘en était trop. A trois ils me jetèrent sur le trottoir avec toute ma honte , mon sac et mes carnets.

Je rassemblais comme je pus mes esprits et mes affaires et m’éclipsais avant qu’ils ne changent d’avis. Mon âme , mes vêtements et mon corps étaient souillés. Je devais faire peau neuve avec la première chose qui me tomberait sous la main. Ce fut une tenue complète des Golden State warriors, taille 14 ans que j’endossais dans les toilettes d’un drugstore après un nettoyage succinct et l’enfouissement dans les poubelles de mon indignité et de mes vieux et chers vêtements.Je ne gardais que mes boots qui dissimulaient dans leur doublure le reste de mes économies , le double de mes papiers et mon billet de retour.

Je suis sortie la tête haute , dissimulée par l’ immense visière de ma casquette et de grandes lunettes de soleil réfléchissantes. Je portais encore sur mes bras nus laiteux des traces de tuméfactions mais personne dans la rue ne prêtait attention à moi : ma tenue bleu dur gansée de jaune m’assurait une éclatante invisibilité.

J’avais à nouveau faim d’aventures et d’un double hamburger.

Ensuite , il me faudrait quitter la ville au plus vite et décider de mon destin.

3 OPTIONS

  • je me rends au consulat le plus proche pour régler ma situation et rentrer au plus tôt en France. J’aurai de quoi faire des articles avec mes aventures fictionnelles et réelles.
  • Je prends le premier bus pour la réserve de Gila àSonora, histoire de confronter mes visions à la réalité.
  • je tombe sur mon biker qui ne me reconnaît pas et propose à la jeune inconnue d’aller découvrir le secret des tomahawks enterrés.

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