Jeu 3 un mot sur la porte
Vous avez un voisin trop bruyant, d’un bruit très spécifique. D’abord vous tentez de comprendre ce qui se passe ; dans un deuxième temps vous rédigez un mot à coller sur sa porte pour lui demander gentiment plus de discrétion.
Le voisin me lit tous les soirs le programme du cinéma de notre quartier.
Cher nouveau voisin,
Quelle joie de vous entendre déclamer tous les soirs le programme du cinéma de notre quartier.
J’imagine que le fait d’utiliser des accents africains, créoles, marseillais ch’ti (j’en passe et des meilleurs), pour m’offrir une lecture des résumés des films à voir, facilite votre transit intestinal. L’apothéose, mon moment préféré, c’est le cri de Tarzan, signifiant la délivrance et la fin de cette logorrhée exotique, ponctuée par le bruit bucolique de votre chasse d’eau.
Vous l’avez compris, les murs qui nous séparent sont minces même si , par chance, ils m’épargnent vos fragrances !
Vivement le prochain programme !!
C.F.
Mon appartement est pour moi un refuge, un lieu accueillant et silencieux où j’aime lire et écouter de la musique. Or voilà qu’un voisin vient d’emménager à l’étage au-dessus et deux fois par semaine, j’entends tout d’abord des meubles poussés puis, pendant au moins une demi-heure, des claquements de talons. Cela m’exaspère et je fonce au café du coin pour échapper au vacarme. Que se passe t-il donc là-haut ? Un soir, je monte les marches à pas de loup et perçois un fond de musique latino. Je demande aux autres voisins et finis par apprendre que le nouveau est un bel Hidalgo andalous qui s’adonne aux joies du flamenco. Je sais qu’un cours de danses de salon et de flamenco est situé juste au coin de la rue. Je me procure leur carte que je colle sur sa porte en ajoutant un petit mot :
« Ce club de danse près de chez nous serait ravi de vous accueillir et cela permettrait à notre immeuble de retrouver sa quiétude. Nous serions aussi enchantés de vous applaudir lors de la prochaine fête des voisins, prévue le mois prochain. »
Votre voisine du dessous
D.Dou
Tous les soirs vers 22h30, depuis l’appartement d’à côté viennent des couinements réguliers, suivis de petits chocs sourds, puis d’un long soupir mécanique. J’ai d’abord pensé à un hamster très motivé, puis à une séance de fitness endiablée. Mais ce soir je pencherai plutôt pour un aspirateur robot coincé sous un meuble, en lutte existentielle depuis 40 minutes.
Ce n’est plus possible il faut agir, j’ai donc pris ma plus belle plume :
Bonsoir,
Je me permets ce petit mot car il me semble que votre aspirateur robot mène régulièrement un combat héroïque contre un meuble.
Les cris électroniques et les chocs répétés traversent malheureusement les murs, tous les soirs.
Serait-il possible de lui octroyer une pause bien méritée après 22 heures ?
Merci beaucoup pour votre compréhension et bon courage au robot.
Votre voisine
B.D
Bonjour Madame, Bonjour Monsieur,
Pouvez .vous limiter ce bruit de pilon au-dessus de ma tête tous les vendredis soirs ? Faites en sorte de faire cette opération sur une surface plus souple à un horaire acceptable pour me permettre de profiter d’une tranquillité fort méritée et commencer un week-end paisible après une semaine de travail. Merci d’avance. Votre voisine du dessous.
H.L
J’adore la Traviata
J’adore les chœurs de l’ Armée Rouge
Mais par pitié,
Pas à fond
à minuit, tous les soirs !
Pitié. Pitié
S.R.
Cela commençait invariablement à 23h03. Juste au dessus de sa tête, au moment où ses paupières s’alourdissaient, un grand ramdam d’objets renversés. Quelques minutes plus tard, alors que le sommeil le rattrapait, c’était une danse effrénée interminable, de pas menus qui grattaient le parquet. Tout à fait réveillé, calé sur ses coussins, en homme rationnel, Abel tentait de comprendre. Au dessus de son appartement, il n’y a que quelques mansardes sommairement aménagées pour des étudiants de passage. Il en imaginait un en train de disposer un lit de fortune au milieu de son fatras… quant aux pas, ils étaient trop menus et pressés pour être humains… peut-être ceux d’un petit chien qu’on amusait avant qu’il ne s’assoupisse. C’était touchant, mais gênant pour lui, ça ne pouvait pas durer. Il n’arrivait pas à repérer le locataire potentiel bien qu’il n’y ait qu’un escalier… Il n’avait jamais vu personne accompagné d’un chien.
Il résolut de mettre un mot sur la porte, un mot gentil , comme lui :
« j’ai un tapis à vous donner. Vous pourrez vivre à votre gré, et je pourrai dormir, enfin. »
Abel Sembron 3ème à gauche.
Au dernier étage, il calcula longuement pour repérer la porte de l’appartement situé au dessus du sien et il apposa son message.
Au moment où il reprenait l’escalier, il entendit claquer la porte de l’appartement des étudiantes du fond du couloir, puis un grand fou-rire. En le dépassant la plus effrontée lui lança : « Il y a peu de chance qu’ils vous répondent ! »et elle repartit d’un grand éclat de rire . Offusqué et effondré, Abel se lâcha et décrivit son calvaire nocturne. Elles lui rétorquèrent que l’appartement était vide : le propriétaire avait abandonné les travaux de rénovation qu’il avait entrepris pour rejoindre un poste de travail à Oman. Les seuls occupants étaient d’inoffensifs lérots. Elles reprirent leur descente joyeuse tandis qu’il allait se renseigner sur Internet à propos de ces terribles casse-pieds. Il laissa son papier, ça lui faisait du bien.
D.Dor

