Exercices de styles
point de départ, cette nouvelle en 3 lignes de Felix Fénéon
Fort bien portant dans ses langes d’hôpital, un deux mois a été trouvé, à la Plaine Saint Denis, contre une pile du Pont de Soissons.
négativité
Je ne rentrais pas du bistrot, je n’avais pas bu, je n’allais pas prendre le train à la gare du Pont de Soissons qui n’est pas un pont canal, ni un pont routier, ni une passerelle mais un pont de chemin de fer, lorsque j’ai entendu non pas des cris, non pas des sanglots mais une sorte de miaulement de chat en chaleur. Je n’ai pas essayé de les éviter car je ne suis pas du genre à ne pas me mêler de ce qui ne me regarde pas.
Et là quelle n’a pas été ma surprise : Non pas sur le pont où les piétons ne passent pas, ni sous le tablier où ne coule pas la Seine mais une route très passante, mais au pied d’une une pile qui, comme vous ne le savez peut être pas, n’est ni en fer, ni en brique, ni en béton mais en pierre, et posé, non pas sur l’herbe, ni sur un couffin mais à même le trottoir dont on ne peut louer le moelleux, un être humain. Je ne saurai pas dire si c’était un garçon ou une fille. Ce n’était pas un enfant, encore moins un adulte ou un vieillard mais un bébé qui n’avait pas trois mois mais n’était pas non plus tout juste sorti du ventre de sa mère.
Il n’était pas en mauvaise santé, bien au contraire. Il n’était pas enroulé dans des oripeaux, ni délicatement vêtu de brassières brodées qui en aurait indiqué un de la haute, mais dans des langes d’hôpital propres comme si on n’avait pas voulu le priver de toute dignité mais sans vouloir non plus trahir son origine.
Je n’avais pas les moyens pour qu’il ne cesse de pleurer car je n’avais rien pour le nourrir. Je ne l’ai pas abandonné sur place, ni appelé quelqu’un à la rescousse, ni un policier… Mais lui ne m’a pas loupé. Même s’il n’était pas de bonne heure, il n’avait pas fini son service et n’a pas hésité à se détourner vers moi.Je n’ai pas réussi à lui faire entendre que je n’étais pour rien dans la présence de cet enfançon au pied de la pile du pont.
Il ne m’a pas laissé rentrer chez moi et ne m’a pas épargné des heures d’interrogatoire par tout le commissariat. Du moment où je vous parle il n’existait pas de test ADN . Je n’ai pas rechigné à raconter indéfiniment les évènements mais ils ne voulaient pas me croire. Je n’étais pas le père du bébé. Elever un enfant de plus ne m’aurait pas fait peur, car j’en ai déjà cinq et un de plus un de moins quand on n’a rien, ça ne change guère. Mais je ne voulais pas rentrer à la maison avec , ma femme ne l’aurait pas bien pris et ne m’aurait plus fait confiance. Il n’est pas interdit de supposer qu’elle ne m’aurait plus laissé franchir le seuil.
Je ne me suis pas laissé faire et je n’ai pas hésité à faire venir mon patron que je n’avais pas quitté plus de trois minutes avant les faits. Il n’a pas refusé se me venir en aide et les policiers ne l’ont pas mis en doute
C’est ainsi que je n’ai pas été considéré comme un ignoble père qui ne protège ni ne soigne sa progéniture , quitte à le livrer aux chiens. L’orphelinat n’a pas refusé d’accueillir le bébé.
Même si je n’étais pas un héros , les journaux n’ont pas hésité à parler de moi comme d’un sauveteur. Je n’en suis pas peu fier
DDor

