Une destination fixée par les dés sur l’index d’un atlas d’où vous envoyez des nouvelles
Des nouvelles de Perkiomen creek : mèl à tous

Ah mes amis, quelle aventure !
La grisaille d’hiver sur mes collines m’avait donné des envies de ville, d’où mon départ de dernière minute pour un circuit par les grandes villes de l’est des Etats Unis… Boston, New York, Philadelphie, c’est beau, mais la campagnarde que je suis commençait à étouffer.
La pub géante des beautés de la Pennsylvanie profonde, de ses rivières sauvages et de ses chemins de randonnée ne pouvait que m’accrocher…. Et me voici sur les berges de Perkiomen creek autrefois sillonnées par un ornithologue célèbre, Aubudon qui avait tiré un magnifique livre de ses observations. A moi, la faune sauvage !… Les barres rocheuses, le couvert forestier , l’écoulement paisible de la rivière me rappelaient agréablement la Vézère, mis à part que les sentiers soigneusement pavés étaient aussi fréquentés qu’une rue piétonnière au moment des soldes . Pas le moindre canard sur la rivière bondée de canoës.
Bien décidée à ne pas en rester là, je m’équipais d’une tente parapluie et d’un sac garni de quelques provisions pour explorer la rivière en amont. Au bout de quelques kilomètres je ne croisais plus personne. Plus la journée avançait et plus les bruits de la nature s’amplifiaient, si bien que j’ai été ravie de trouver une plateforme entre les branches d’un arbre en surplomb de la rivière pour déployer ma tente. L’espace était si restreint que j’ai dû accrocher mon sac à une branche basse.
c’est fou ce que la nature est bruyante et les animaux invisibles. j’avais fini par m’endormir quand des piétinements et des secousses brutales me sortirent de ma torpeur. J’entendis mon sac tomber , se vider, se déchirer. Panique ! A quand mon tour ? Mais les pas s’éloignèrent lourdement aussi brusquement qu’ils étaient venus. Un ours ? Tout le reste de la nuit j’ai déroulé et rembobiné le film ou tour à tour , emprisonnée dans mon frêle emballage de toile de parachute je tomais entre les griffes de la fête ou dans la rivière.
A peine le jour levé, j’emballai les vestiges de mon barda dans la tente et repris vivement le chemin de la civilisation, sans même prendre le temps d’admirer le troupeau de daims venus s’abreuver non loin de ma plateforme. Je n’ai retrouvé ma respiration que lorsque j’ai commencé à me perdre dans les cris d’enfants, la circulation anarchique des piétons, des vélos et des trottinettes.
L’aventure… Ça n’est pas pour moi. Il me tarde de vous retrouver. D.

