Lu en octobre 2021, coup de cœur: Joseph PONTHUS, A la ligne

A la ligne (2019), Joseph Ponthus

Joseph Ponthus est né en 1978, après des études littéraires puis de travail social dans l’Est de la France, il exerce le métier d’éducateur spécialisé en région parisienne. Il se fait d’abord connaître en cosignant un premier livre Nous … la cité en 2012 aux éditions Zones. Afin de suivre sa femme, il part vivre en Bretagne. Là-bas il ne retrouve pas un poste dans sa filière d’origine ce qui l’amène à enchainer successivement des emplois en tant qu’ouvrier d’abord dans une conserverie de poissons puis dans un abattoir.

A la ligne : feuillets d’usine paru aux éditions La table ronde est son premier roman et a reçu de nombreux prix notamment les prix RTL-Lire et Régine Deforges en 2019. Cette œuvre nous est présentée comme un journal poétique emplit de références littéraires. L’auteur met surtout l’accent sur les conditions difficiles de ses travaux à la chaîne au sein de deux usines d’agroalimentaire. Pour subvenir à ses besoins, il supportera au quotidien le bruit, la fatigue, l’esprit qui divague et la souffrance des corps. Ce qui va le maintenir en vie face à cette vue des chaires torturées, c’est l’écriture, la littérature, les mots auxquels il va s’accrocher telle une bouée de sauvetage.

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Lu en octobre 2021, coups de coeur : Nathacha Appanah, Rien ne t’appartient

Rien ne t’appartient (2021), Nathacha Appanah

Cette romancière mauricienne, également journaliste récemment invitée à la Grande Librairie, dégage force et profondeur. Ce titre est son dixième livre. Ses descriptions dévoilent une grande richesse de vocabulaire. Nathacha Appanah s’empare une nouvelle fois des thématiques fortes qui courent dans tous ses romans : l’enfermement, la mémoire, la résistance. Son phrasé est doux, poétique, tout en suggestion, même ou plutôt surtout lorsque la violence surgit.

Il n’y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C’est la résurgence d’une histoire qu’elle croyait étouffée, c’est la réapparition de celle qu’elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l’éternelle enfance jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les démons de son pays.

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Lu en octobre 2021 coup de coeur/ Jacques LACARRIERE, un été grec

Un été grec, Jacques LACARRIERE

Une de nos lectrices nous a signalé , sans plus de détail« Un été grec » de Jacques Lacarrière qui a accompagné avec Bonheur son voyage en Grèce, cet été.

C’est un ouvrage , publié en 1975 juste après la chute des généraux. Jacques Lacarrière y dépeint « sa Grèce » parcourue pendant vingt ans, à l’écart des sentiers battus, sous l’égide d’une grande culture, et la rencontre de ses populations (moines du mont Athos, gens de Crête ou du Péloponnèse). Notre a dû confronter ce texte intime, témoin d’une époque déjà lointaine avec le pays qu’elle a découvert aujourd’hui.

Lu en Septembre 2021, thème, rencontres : Jonathan COE, Billy Wilder et moi

J onathan COE, Billy Wilder et moi (2021)

L’admiration de Jonathan Coe pour Billy Wilder est connue depuis son article sur « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) publié en 1999 dans les Cahiers du cinéma. Le très cinéphile écrivain britannique y racontait sa quête acharnée, et très proustienne, des scènes coupées du chef-d’œuvre maudit du réalisateur américain, qu’il avait découvert, fasciné, à l’adolescence.

Dans ce roman, la narratrice, une compositrice, Calista Frangopolou, devenue compositrice de musique de films, se souvient, la crise de la cinquantaine venue, de l’été qui a changé sa vie.

Au cours d’un voyage aux États-Unis en 1976, la petite étudiante naïve d’Athènes s’était retrouvée par hasard dans un restaurant de Beverly Hills à partager le dîner de Billy Wilder et de son complice I.A.L. Diamond, sans savoir qui étaient ses prestigieux voisins de table – un des nombreux morceaux de bravoure comiques du livre. Le courant était si bien passé que l’année suivante la jeune femme avait été recrutée pour le tournage de « Fedora », d’abord comme traductrice-interprète du cinéaste à Corfou, puis comme assistante personnelle du scénariste à Munich et en France.

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Lu en septembre 2021, thème : Rencontres :Laure GASPAROTTO, Vigneronne

L aure GASPAROTTO, Vigneronne (2021)

Laure Gasparotto, journaliste au Monde, œnologue, nous raconte son changement de vie, l’aventure qu’elle a vécue après sa décision d’acquérir avec quelques amis, un vignoble sur les terrasses du Larzac.

« Devant ces vignes j’ai éprouvé un sentiment d’évidence pour ce lieu magique, harmonieux, complexe, enrichi par la beauté des sols, des oliviers, la garrigue et la montagne. »

« A posteriori, j’aurais sans doute dû aller voir un psy, mais j’ai préféré acheter un vignoble ». Le décalage avec son univers Germanopratin est immense. Ébranlée par une séparation récente, partagée entre sa vie parisienne avec ses deux jeunes enfants et le dur métier de vigneron, elle nous livre son expérience au jour le jour, et nous découvrons avec elle ce monde du vin, avec ses différentes étapes de l’entretien de la vigne à la vinification, mais aussi la commercialisation. C’est un labeur de chaque jour qui ne supporte pas l’à peu-près, une confrontation à la nature, aux difficultés matérielles et financières, parfois aussi à la solitude lorsque des décisions doivent être prises. Il faut faire preuve de courage, de ténacité.

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Lu en septembre 2021, thème: rencontres: Milena AGUS, Une saison douce

Milena AGUS, Une Saison douce (2021)

C’est un roman à l’écriture directe, fluide, agréable à lire, sur la dure réalité des temps.

L’action se situe dans un village perdu de Sardaigne, abandonné des responsables municipaux, replié sur ses traditions, ses habitudes communautaires malgré une certaine « modernité » : fréquentation du lycée, pratique de la culture intensive des artichauts. Cette modernité, et le départ des jeunes vers le Nord de l’Italie ont accentué le déclin de l’habitat, l’abandon des jardins.

C’est dans ce non-lieu qu’est envoyé un groupe de migrants et son cortège d’humanitaires. L’administration leur a attribué pour un temps une grande masure qui prend eau et vent de toute part. La confrontation avec l’autre est difficile. Les villageois considèrent qu’ils sont face à des envahisseurs alors que les migrants ont rêvé d’autre chose que de ce lieu sans espoir.

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Lu en septembre 2021, thème : rencontres :Leïla SLIMANI, Le Parfum des fleurs la nuit (2021)

Leïla SLIMANI, Le Parfum des fleurs la nuit (2021)

Comme plusieurs écrivains Leila Slimani s’est pliée aux contraintes de la collection : « Une nuit au musée »

Alors qu’elle dit toujours non, alors qu’elle n’aime pas spécialement les musées ni l’art contemporain, alors qu’elle est plongée dans l’écriture d’un roman, elle accepte d’être enfermée une nuit dans le musée de la Pointe de la Douane à Venise où sont exposées des œuvres contemporaines collectionnées par Pinault. Ce qui la tente c’est d’être enfermée. Elle aime la solitude et le silence nécessaires à la création.

D’abord sur la défensive (elle considère les musées comme des lieux de la culture dominante gérés par des codes), elle accepte la rencontre avec le lieu et les œuvres par l’émotion.

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Lu en septembre 2021; thème: Rencontres : Marc ROGER, Camille et le vieux libraire

Marc ROGER, Grégoire et le vieux libraire (2019)

Grégoire et le vieux libraire le premier roman de Marc Roger.

C’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres que tout oppose. Il y a d’abord Grégoire, 18 ans, peu doué à l’école, devenu agent de service hospitalier dans une maison de retraite malgré lui. Et il y a Monsieur Picquier, ancien libraire ayant 3000 livres dans sa petite chambre, atteint de la maladie de Parkinson et d’un glaucome aux yeux, ce qui l’empêche de les lire. Le vieux monsieur ne peut plus ni tenir un livre, ni distinguer les mots sur les pages. Grégoire fuit cet objet, qui lui rappelle sa médiocrité à l’école.

Mais le miracle va se produire. Monsieur Picquier va demander à Grégoire de lui lire des histoires. Au début il les sélectionne à dessein, sachant ce qui va lui plaire. Puis il l’ouvre à des lectures vers lesquelles il ne serait jamais allé. Et le jeune garçon va y prendre goût et mieux, va faire preuve d’un réel talent de lecture à voix haute. Petit à petit, les résidents de la maison de retraite vont se l’arracher. Tous l’adorent, tandis que les collègues de Grégoire voient cela d’un mauvais œil.

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