Lu en janvier 2023, coups de cœur: la peur: L’intempérie, Pedro Mairal

L’intempérie (2005), Pedro Mairal

Pedro Mairal est un auteur contemporain argentin. J’aime son humour noir acide pour dépeindre la société argentine (Une nuit avec Sabrina Love, Salvatierra, Uruguayenne). L’intempérie est une œuvre à part où il prend le lecteur à bras le corps, le malmène et ne le laisse pas respirer ; la peur s’installe, le malaise ; le livre obsède.

C’est une dystopie qui présente l’Argentine dans une situation apocalyptique.

Le pays est victime d’une intempérie qui n’est jamais décrite (ce qui accroît le sentiment d’insécurité) ; mais on en vit les conséquences : elle laisse derrière elle le désert, désorganise la société et fait régresser les humains.

La narratrice, Maria Valdes Reynal témoigne de ce tourbillon dans lequel elle est engloutie et où elle nous entraîne.

La population du pays, chassée par l’Intempérie se concentre à Buenos Aires :

« Les avis étaient partagés. On discutait de savoir si ce que nous vivions était le siège de la capitale ou s’il s’agissait seulement de gens qui avaient migré vers les rues du centre pour fuir l’intempérie et mendier la nourriture. Les uns disaient qu’il fallait sortir, les autres qu’il fallait rester à l’intérieur »

La ville est donc victime du cataclysme : immeubles qui effondrent, d’autres qui se barricadent, nouveaux réseaux de circulation par des tunnels qui relient quelques bâtiments ou permettent l’accès aux supermarchés, la rue étant devenue un territoire sans droit. La ville devient un labyrinthe inextricable. Tous les repères s’effacent Les hommes et les femmes pris dans cette tourmente se replient dans un état individualiste, régressif et violent.

L’écart entre les riches et les pauvres devient abyssal et les premiers attachés à sauver leur peau abandonnent les autres ; des mouvements révolutionnaires très violents subissent une répression encore plus féroce, la plupart des humains se replient dans leur communauté originelle dont ils retrouvent la langue, les habitudes, niant les droits des autres et par-dessus tout ceux des femmes.

Ce cataclysme est une allégorie de la grande crise économique qui a secoué l’Argentine dans les années 2000, mais elle peut, plus largement englober toutes les crises climatiques, économiques et sociales à venir.

C’est un livre étouffant, sans échappatoire, difficile à supporter car la réalité n’est pas loin.

Dominique Dor.

Lu en Octobre 2022 coup de cœur: Patagonie route 203 (2020), Eduardo Fernando Varela

Patagonie route 203 (2020), Eduardo Fernando Varela

Eduardo Fernando Varela est Argentin. Il partage sa vie entre Venise où il vend des cartes anciennes et Buenos Aires où il est journaliste et où il écrit des scénarios. Ça se sent dans l’écriture très maîtrisée de ce premier roman : on progresse par plans successifs, très précis et souvent surprenants qui impriment la rétine du lecteur.

Varela nous amène « sur la route », plutôt sur des routes, celles hasardeuses de Patagonie où les temps de trajet, les distances, les lieux habités se distendent à l’infini dans la solitude des paysages, le vent, la poussière où rien n’a de certitude. Même les noms des lieux sont volatils. Il nous entraîne au milieu de nulle part, sur un océan terrestre hostile et fascinant.

On est avec Parker dans le huis clos d’un camion qui sillonne en long et en large ce désert. Parker est un ancien saxophoniste qui ne sait plus jouer, qui fuit la capitale et qui a trouvé là un refuge. Pour le patron qui n’est ni en règle avec son camion, ni en règle avec les cargaisons qu’il transporte de la Côte vers la cordillère, ce non professionnel emprunte les routes secondaires pour échapper à d’éventuels contrôles ou à ses poursuivants. Il a laissé femme et enfant et n’a avec lui que quelques meubles.

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