jeu 1 : Épuisement d’un lieu
Choisissez un lieu (pièce, maison, jardin, rue…) . Décrivez le de façon précise (mais pas trop longue) , partiale, selon deux points de vue différents, sous forme de monologues intérieurs
1) La table de la cuisine e matin après le petit déjeuner c’est un peu paysage après le bataille pour moi, je circule entre les énormes tasses ou bols qui font cercle autour d’une théière ventrue (de la porcelaine de Chine tout de même), des cuillères abandonnées gisant en désordre maculées de confitures de groseille ou d’abricot, un verre renversé qui a dû contenir du jus d’orange, et partout des miettes de pain ou de biscottes ; je me faufile dans ce capharnaüm et repère un morceau de sucre à moité dissous dans une flaque de café. Je me rue sur cette friandise dardant ma trompe aspirante lorsque mes yeux à facettes dotés d’une vision à 360 degrés m’averissent de l’approche à grande vitesse d’un objet contondant que j’identifie aussitôt comme étant la tapette à mouches qu’affectionnent les haineux qui habitent dans mon appartement. Aussitôt dans un bourdonnement suraigü de mes élytres je décolle prenant très rapidement de l’altitude tout en observant de façon très nette et comme au ralenti( oui je peux distinguer 600 images par secondes ) le déplacement de la tapette qui finit sa parabole en bousculant violemment la théière en porcelaine de Chine qui, déséquilibrée, ne peut éviter une chute fatale sur le carreau de la cuisine où elle explose en mille morceaux. Ma vision à 360 degrés me permet en même temps de voir que je me suis rapproché du plafond : il me reste à trouver un endroit tranquille où je vais pouvoir finir d’avaler les trois grains de sucre imbibés café que j’ai réussi à chiper. Pas si évident car comme chacun sait je suis très myope et ne distingue guère les couleurs.
2) J’ai été réveillé tôt ce matin par les deux arachnophobes qui m’hébergent . Mais ils n’en avaient pas après moi, ils semblaient pressés et ont déjeuné en vitesse avant de filer à la salle de bain sans faire le ménage. J’ai donc eu tout loisir depuis mon poste d’observation élevé de contempler le désastre pictural d’une table rectangulaire offrant à mes quatre paires d’yeux experts un spectacle qui me fit penser à une toile de Miro (qu’on ne s’étonne pas de cette « expertise » : j’ai acquis une certaine culture artistique ayant séjourné plusieurs mois dans une des salles d’art moderne du musée Beaubourg avant d’intégrer ce pavillon de banlieue). Une toile de Miro donc avec sur le fond jaune de la table des formes circulaires inscrites de ci de là par la théière, les tasses, les pots de confitures puis des formes allongées comme des filaments de café noir, de lait, des taches éparses de confitures diverses et des constellations de miettes et débris divers le tout réparti de façon aléatoire…Je m’amusais pendant quelques instants en louchant de mes quatre paires d’yeux à créer des effets kaléidoscopiques très spectaculaires (j’utilise cette faculté que j’ai pour créer mes propres toiles en m’inspirant de Paul Klee voire de Vasarely ce qui ne manque pas de susciter étonnement, admiration et jalousie chez mes nouvelles copines banlieusardes et se révèle très efficace pour piéger les proies, de plus en plus nombreuses, amatrices d’art moderne).Mais mes expérimentations esthétiques furent interrompues par le retour inopiné d’un de mes deux nazis qui voulant occire une mouche provoqua une catastrophe porcelainière . La mouche s’échappa et tout aussitôt je perçus un léger frémissement dans ma toile:mon petit déjeuner était servi. Sucré, mais pas trop il avait une subtile saveur de café .
F.V.
Tu parles d’un jardin zen ?
1)J’avais fait le choix d’une visite guidée. Feng shui, ce mot revenait toutes les 2 mn.
J’ai vu beaucoup d’arbres rabougris dans des teintes tristes, une fontaine en fausse pierre qui crachait une eau saumâtre. Ah ! des cailloux, des petits, des gros, partout, alignés, policés. Quel ennui, quelle tristesse ! Les propriétaires des lieux, je voudrais bien les rencontrer, ils doivent ressembler à des souris grises, longeant les murs.
2)Je n’avais qu’une hâte, fuir cet endroit qui me donnait le cafard.
Heureusement, la prochaine visite se déroulera dans un jardin à l’anglaise, enfin un peu de fantaisie.
DDou
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