Je préfèrerais pas , ces temps-ci il vaut mieux reporter le scrabble… ». C’était un jour avant l’officielle mesure de confinement pour cause de pandémie. Ses amies n’avaient pas compris, elles avaient été suffoquées de voir Suzanne sur le recul, leur hôte passionnée de scrabble et avec laquelle elles passaient tous les lundis après-midi à jouer moultes parties ponctuées par le thé vers 18 heures… Puis le confinement est venu, il a fallu apprendre à jouer seule, à ne plus partager le jeu ni compter les points, à ne prendre le thé qu’avec ses chats et le téléphone, qui sonnait plus souvent…Certains jours même, le scrabble en solo devenait si déprimant que c’est le piano qui gagnait la partie…Du Mozart, du Haydn en déchiffrage et le salon de nouveau reprenait son souffle, l’air vivant…La chatte même avait l’air de se régaler dans le fauteuil et jouait parfaitement son rôle d’amateur éclairé, public à quatre pattes devenu précieux et à qui Suzanne parlait affectueusement en quittant piano et salon . « Tu as aimé Maillou chérie? » La chatte cherchait caresse et semblait tendrement répondre…Qu’est-ce qui avait changé ? Presque rien, les échanges humains souvent superficiels et qui manquaient tant à ces amies de scrabble, avaient disparu ainsi que les rituels de leurs lundis au profit d’autres rituels, plus intimes, de nouvelles communications subtiles, infinitésimales, qui étaient venues s’inventer avec plantes et fleurs, avec la chaleur du feu et les gestes des chats… En ce temps là, le monde n’était ni meilleur, ni pire qu’aujourd’hui, il était seulement différent »
SD

