Atelier virtuel du 21 mai 2021 De mal en pis

Jeu N°3 : De mal en pis

Un évènement anodin prend des proportions démesurées, progressivement au cours du texte.

____________________________________________________________________

Avez-vous déjà remarqué que votre imprimante affiche toujours un message disant qu’une cartouche est systématiquement vide quand vous êtes vraiment pressé ? Déjà il faut trouver la Bonne cartouche, parvenir à l’installer et vérifier que tout fonctionne à nouveau. Mais ensuite, il faut se débarrasser de la cartouche dite vide.

Vos doigts n’en sortiront évidemment pas indemnes ; le napperon de Mamie à proximité du bureau se parera de jolis mouchetis. Le tapuscrit qui était prêt à rejoindre votre éditeur se voit noyé dans des tâches dignes du test de Rorschach. Afin de se séparer enfin de cette cartouche catastrophe, direction le supermarché pour la recycler. Restons écologiste, écologique…plein de bonnes intentions.

Seulement, à la sortie du joli sac que vous portez fièrement en bandoulière, la maudite cartouche a salement contaminé chéquier, papiers, clés…et vous laissez un joli chemin dans lequel pataugent allègrement les clients pressés. Bientôt, le hall est décoré de traces de pas de toutes tailles. Les caissières vous regardent d’un œil noir et une annonce retentit pour demander en urgence une équipe de nettoyage. Vous devenez le point de convergence de tous les regards. Vous abandonnez enfin la maudite cartouche dans le bac de recyclage, regagnez en toute hâte votre voiture dont le siège passager a lui aussi gardé des traces de la cartouche soi-disant vide. Vous jurez mais un peu tard que l’on ne vous y prendra plus. L’écologie peut se révéler aventureuse. Votre prochaine imprimante sera sans cartouche.

DDou

Tout commence par un caillou dans la chaussure, au cours d’une conviviale randonné en groupe.

Au départ, je me suis dit que je pouvais bien faire avec, afin de ne pas ralentir les autres. Il restait 5 ou 6 kilomètres, il suffisait de marcher sans reposer trop brutalement mon pied au sol. Au bout d’un moment, c’est quand même devenu très gênant. Je souffrais le martyre. Les autres avaient bien vu que j’avais ralenti, et que cela ne me ressemblait pas. Du coup tant pis, j’ai pris sur moi pour les rattraper. Qu’ils n’aillent pas penser qu’un arrêt pour ôter un caillou de ma chaussure soit un prétexte pour réclamer une pause ! Moi qui garde toujours le rythme d’habitude. Alors j’ai continué… Jusqu’au bout… Cela m’a valu une hospitalisation par la suite. Et j’ai dû être amputée du pied.

À vouloir rester digne, l’on finit par prendre les mauvaises décisions…

LD

Il étaient partis savourer leur première matinée de liberté sur la longue plage de leur enfance. Leurs pieds nus s’enfonçaient légèrement, à plaisir, dans le sable mouillé. Ils contemplaient au loin les surfers qui se laissaient porter au creux des vagues. Bientôt leur marche fut entravée par des obstacles inattendus. La falaise s’était éboulée sous les coups de boutoir de la mer et avait semé une multitude de blocs cyclopéens sur la grève. Il fallait les escalader, sauter de l’un à l’autre, les contourner, malgré les articulations rouillées. Des algues glissantes forçaient l’attention et les chapeaux chinois qui avaient déjà colonisé les rochers griffaient la plante des pieds. Ils progressaient cependant, grisés par le jeu qui les rajeunissait, portés par le désir de rejoindre le blockhaus de leur souvenir. C’est alors que les premières gouttes, espacées mais grosses et dures se mirent à tomber. Ils n’avaient pas vu les nuages plombés s’amonceler à l’ouest puis rouler vers eux à vive allure. Et ce fut un déchaînement de rafales chargées de sable et d’embruns, de trombes d’eau qui les faisaient vaciller. On ne voyait plus où finissait la plage, le ciel et où commençait l’océan. Pour rentrer au plus vite, il leur fallut passer par la mer. Les vagues furieuses, serrées, fouettaient leurs jambes et tantôt les tiraient vers le large, tantôt les précipitaient sur les rochers. Trempés, piteux, ils finirent par regagner l’abri de leur voiture.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *