Milena AGUS, Une Saison douce (2021)

C’est un roman à l’écriture directe, fluide, agréable à lire, sur la dure réalité des temps.
L’action se situe dans un village perdu de Sardaigne, abandonné des responsables municipaux, replié sur ses traditions, ses habitudes communautaires malgré une certaine « modernité » : fréquentation du lycée, pratique de la culture intensive des artichauts. Cette modernité, et le départ des jeunes vers le Nord de l’Italie ont accentué le déclin de l’habitat, l’abandon des jardins.
C’est dans ce non-lieu qu’est envoyé un groupe de migrants et son cortège d’humanitaires. L’administration leur a attribué pour un temps une grande masure qui prend eau et vent de toute part. La confrontation avec l’autre est difficile. Les villageois considèrent qu’ils sont face à des envahisseurs alors que les migrants ont rêvé d’autre chose que de ce lieu sans espoir.
C’est un groupe de femmes du village (au prix de la rupture de l’unité de la communauté) qui va faire le premier pas, par curiosité d’abord, par humanité aussi. Elles apportent des objets de première nécessité d’abord, puis des relations se nouent, la confiance progresse même si les écarts de culture, les blessures ne s’abolissent pas. Les nouveaux arrivants contribuent à une abolition temporaire des barrières de classe, à une renaissance du village où l’on remonte les murs, fait renaître les jardins avec le soutien des hommes qui sont poussés à leur tour par la curiosité et l’action de leurs épouses. Jusqu’au jour où les migrants obtiennent le droit de partir.
C’est un livre plein de nuance et d’humanité qui met sans complaisance le lecteur face au sort des migrants et à la complexité qui anime les humanitaires. Il a un regard plein de tendresse pour tous ces laissés pour compte.

