jeu 1 : lipogramme : repas sans « a »
Raconter un repas sans utiliser la voyelle « a » : soit un menu commenté, soit le déroulement d’un repas.
HÔTEL DES FINS GOURMETS
Le serveur nous porte en premier une soupe de fèves suivie d’un rôti de porc complété de ses petits légumes puis pour terminer un Bleu de Gex et enfin un dessert fruité. Cet intermède en présence de généreux convives se nomme le Bonheur.
H.L.
Mini, mini, tout est mini dans ce menu menu.
Quelques gouttes de velouté
Bouchées de bœuf – mini légumes
Petit pot de crème
Un soupçon de liqueurs
Menu d’Escoffier commenté
Melon gingembre Trop épicé
Sole bonne femme Sexiste
Fruits de serre Et l’écologie ? Muris dehors, c’est mieux.
Soufflé victoire Un soufflet historique ?
Trop, trop, trop excessif !
D.Dou
Pour l’entrée ,des blettes citronnées et poivrées ,tout juste sorties de terre ,vient ensuite le poulet du week-end sur son lit d’oignons du printemps ,bien cuit, enrobé de petits pois cueillis dès la pointe du jour : une merveille !
Que dire du bol de semoule piquetée de cerises que les merles ,trop pressés ,n’ont point pris le temps de picorer !
Et pour finir ,une liqueur dégustée délicieusement
B.H.
Entre voisins
Mes chers voisins, nous vous invitons ce soir pour déguster un met délicieux que je concocte exceptionnellement pour vous.
Le dîner comprend : œufs brouillés, poulet riz curry ou pommes de terre rissolées, coupe de fruits exotiques sur un lit de sorbet menthe/poire, le tout servi d’un vin rouge précieux déniché en Corse. Le thé vert ou noir peut vous être proposé en option. Vous choisirez.
J’espère que vous serez contents de cette soirée entre voisins qui se veut une fête improvisée entre nous. Nous comptons beaucoup sur vous, vous serez comblés et vous désirerez revenir, j’en suis sûre.
Les invités se pointèrent vers vingt heures trente et cette nuit fut courte. Un peu éméchés nous riions si fort que le chien couché sous le guéridon bondit subitement sur le voisin et ses trois filles qui se figèrent, morts de peur. Ils coururent se réfugier en cuisine. Leur mère ne se rendit compte de rien. Mon époux et moi étions écroulés de rire.
Revenus de leurs émotions , ils quittèrent les lieux vers trois heures, ivres de boissons et de joie, le cœur rempli d’espoir et conscients qu’une vie est un bien précieux qu’il convient de préserver le plus longtemps possible. Entre voisins bien sûr !
D.L.
le chef vous propose ce mercredi
Le seuil:
verrines surprise
on entre :
Œuf de perdrix en gelée et coulis de poivron tiède
ou
Terrine de cerf ornée de miettes de truffes noires du Périgord
Porte ouverte :
Poisson frit citronné sur lit de riz brun et brocolis persillés grillés
ou
Cuisse de lièvre rôtie, pleurotes, girolles et légumes d’été
Les délices de chez Biquette
Enfin du sucré :
Chou surprise et ses fruits pochés goût miel de thym
ou
Dôme de crème fouettée noisette sur génoise citron
Pour finir un bon petit noir…
M.P.
lipogrammes à partir de textes littéraires
– Et tout d’un coup le souvenir m’est revenu. Ce goût, c’est celui du petit bout de biscotte que le jour du seigneur (en effet ce jour je sors lorsque messe est dite) lorsque je viens lui dire bonjour, Léonie, une sœur de notre mère , m’offre , trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.
F.V
Et dimanche tout d’un coup matin le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans une infusion de thé ou de tilleul.
Proust
Sept heures, on sert le dîner.Les hommes, plus nombreux, se mettent près d’une première desserte sous le vestibule, et les femmes près d’une seconde pièce où siègent monsieur seigneur du lieu et son épouse.
Sur des écuelles cernées de bordures étendues les serviettes pliées en forme de bonnets d’évêques présentent entre l’ouverture de leurs deux plis une petite miche ovoïde. Les membres rouges des énormes écrevisses de mer débordent des présentoirs, de gros fruits emplissent des corbeilles revêtues de mousse ; les perdrix ont conservé leurs plumes, des fumées montent. Et vêtu de soie, en culotte courte, sérieux comme un juge, le chef de cuisine insinue entre les dos des convives les mets tout découpés et d’un coup de cuillère vous sert la portion que vous choisissez.-
F.V
A sept heures, on servit le dîner. Les hommes, plus nombreux, s’assirent à la première table, dans le vestibule, et les dames à la seconde, dans la salle à manger, avec 1e marquis et la marquise . Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud, mélange du parfum des fleurs et du beau linge, du fumet des viandes et de l’odeur des truffes. Les bougies des candélabres allongeaient des flammes sur les cloches d’argent ; les cristaux à facettes, couverts d’une buée mate, se renvoyaient des rayons pâles ; des bouquets étaient en ligne sur toute la longueur de la table, et, dans les assiettes à large bordure, les serviettes, arrangées en manière de bonnet d’évêque, tenaient entre le bâillement de leurs deux plis chacune un petit pain de forme ovale. Les pattes rouges des homards dépassaient les plats ; de gros fruits dans des corbeilles à jour s’étageaient sur la mousse ; les cailles avaient leurs plumes, des fumées montaient ; et, en bas de soie, en culotte courte, en cravate blanche, en jabot, grave comme un juge, le maître d’hôtel, passant entre les épaules des convives les plats tout découpés , faisait d’un coup de sa cuiller sauter pour vous le morceau qu’on choisissait.
Flaubert, Madame Bovary
– On nous servit sur des écuelles bordées de noir, des soupes de tortues, des miches de seigle russe, des olives mûres de Turquie, des œufs d’esturgeon, une poche d’oeufs de mulet séchée et poudrée de sel, des boudins fumés de Münich, des gibiers inondés de liquides onctueux couleur de jus de réglisse, des coulis de truffes, des crèmes brunies de fèves broyées de fruits exotiques, des poudings, des brugnons, des mûres et des guignes; nos verres sombres furent emplis des vins du Puy de Dôme, du Roussillon, des Tenedos et des Porto ; nous bûmes ensuite l’expresso et le brou de noix, puis des boissons russes de seigle et d’orge fermentés, des porters et des stouts.
F.V
On avait mangé dans des assiettes bordées de noir, des soupes de tortue, des pains de seigle russes, des olives mûres de Turquie, du caviar, des poutargues de mulets, des boudins fumés de Francfort, des gibiers aux sauces aux couleurs de jus de réglisse et de cirage, des coulis de truffes, des crèmes ambrées au chocolat , des poudings, des brugnons, des raisinés, des mûres et des guignes ; bu, dans des verres sombres des vins de la Limagne et du Roussillon, des Tenedos, des Val de Penas et des Porto ; savouré, après le café et le brou de noix, des kwas, des porters, des stout
Huysmans, A Rebours
Pique nique en bord de rivière
On déploie,sous une ombre bienvenue un tissu de belle superficie pour y disposer mets et fessiers. Tout convive se pose où il veut, dispensé de protocole.
Des corbeilles d’osier se déversent miches et flûtes dorées, rillettes mousses et terrines, fruits succulents, boîtes pleines de légumes émincés, combinés, citronnés et huilés
On remplit son écuelle en un joyeux désordre. Les croûtons découpés, semés de quelques herbes folles débordent de rillettes poivrées.
Les bouchons pètent, les verres s’entrechoquent, le ton monte, les rires fusent… les minots libres courent entre deux bouchées
C’est bon. On est heureux.
Bientôt des files de fourmis se forment sur la toile pour festoyer de concert. Les chiens piétinent quelques convives pour ne point être en reste. Personne n’y voit d’inconvénient .
Les têtes dodelinent de bien-être et de sommeil sous le soleil mutin. Les corps se détendent, les yeux se ferment en sieste bienvenue.
Les plus jeunes courent et jouent sur l’herbe ou côtoient le torrent et ne sèment point de trouble.
Puis l’un d’eux crie : « c’est l’heure du goûter ! ». On émerge péniblement. Le soir est trop tôt venu. On distribue quelques quignons. Les restes retrouvent pêle-mêle leur corbeille. On court vers les voitures. Il ne reste, sur les herbes couchées que quelques pépins de pommes.
D.Dor

