Ecrit en décembre 2024: jeu 2 – l’habit fait le moine ou la nonne

Décembre, Jeu 2 L’habit fait le moine ou la nonne

Voici plusieurs tableaux. Vous observerez les costumes et en choisirez un pour un personnage (vous ou quelqu’un d’autre) dont vous nous conterez l’histoire.

Van Dyck Anton (1599-1641). Paris, musée du Louvre. RF1949-36.

La jupe rouge, c’est Mercedes ma sœur aînée qui l’a cousue l’hiver dernier ; comme j’ai pas mal minci depuis le printemps -régime, régime, m’avait ordonné mon fiancé, Mercedes m’a trop resserré la jupe, je peux à peine respirer, oui , j’ai le ventre plat mais des papillons dans les yeux. Le boléro brodé, ne parlons pas de cette horreur vieillotte et ringarde au possible, mais comment refuser le cadeau de Tia Eleonora… Heureusement il me reste le tambourin et les castagnettes rouges sur les oreilles. Je vais peut-être m’en tirer ce soir au spectacle sans tomber dans les pommes. Ouf !

S.R.

La diva se repose dans sa loge. Dans une heure, l’opéra ouvrira ses portes et dans deux heures , Estelle fera son entrée en scène.Le calme et l’isolement lui sont nécessaires avant de jouer .Pour son rôle dans « l’enlèvement au sérail », elle portera un magnifique costume qui , pour l’instant , l’attend , délicatement posé sur le sofa .Entre 2 vocalises ,elle l’admire et se retient de ne pas l’enfiler de suite car assurément , cette fois ,pas de carcan ! Elle sera à l’aise dans ce pantalon bouffant , dans ces manches longues et évasées, dans ce corsage ajusté parsemé de motifs floraux lumineux .Un foulard vaporeux sera lâchement noué autour de son cou et tombera élégamment en cascade .Un bracelet de perles enserrera sa cheville . Un trait d’eye-liner appuyé soulignera son regard et la sublime Estelle incarnera « Constance », la belle captive .

H.G.T.

Mais qu’est-ce que je suis venue faire dans cette galère ? Cela fait des plombes que je me tiens raide comme une saillie devant cette fenêtre glaciale qui laisse passer tous les courants d’air de la terre !

Mon Royal père voulait un portrait de chacune de ses dernières filles et me voici, moi, Louise de France, dite Madame dernière, parce que je suis la huitième et dernière née, qui trépigne d’impatience de rentrer au Carmel et dont je n’ai pas eu encore l’autorisation.

Je ronge mon frein, là, debout, appuyée à cette fichue chaise sur laquelle de rêve de m’asseoir. J’ai mal aux pieds, cette collerette de malheur me grattouille le gosier et je ne dois pas bouger une oreille. De plus, j’ai envie de faire pipi. Ah, il va être réussi ce portrait avec tous ces désagréments qui me crispent. Mes zygomatiques ont des crampes et mon sourire du début de la pose se désagrège lamentablement.

Mama mia ! Ce n’est pas aujourd’hui que je rivaliserai avec Mona Lisa !

B.D.

Je suis la duchesse Nicole de la Pompabière.

J’ai 35 ans et suis mariée à un homme rustre et infidèle, mais fort heureusement, souvent absent.

J’ai 2 charmants garçons qui, par la grâce de Dieu, ne ressemblent en rien à leur père.

Comme je m’ennuyais ferme dans ma demeure austère, lassée par les constantes nobles réjouissances, les simagrées des comtesses et marquises fardées toutes plus pestes les unes que les autres, je me suis lancée avec mes fils dans la culture du houblon, la fabrication de la bière et sa commercialisation.

Bien sûr, je ne vais pas dans les champs , c’est le travail de nos paysans, ni dans les halles ou les marchés, c’est le travail de nos commerçants.

Moi je vante ma bière auprès des nobles et riches hommes qui s’en délectent et y laissent leur bourse pour remplir la mienne !

C.F.

T onton Edouard,

Je t’avais proposé de prendre Sophie notre voisine comme modèle ,toujours partante pour se faire un peu de sous, mais jamais je n’aurais pensé que tu puisses la mêler au scandale qui a suivi l’exposition de ton œuvre qui a défrayé la chronique et fut rejetée par le salon de l’Académie des Arts de Paris en cette année 1863.

As-tu seulement pensé aux conséquences néfastes pour cette femme ? Plus personne ne lui adresse la parole dans la rue, les gens changent de trottoir en la voyant et elle a perdu son travail de nounou auprès de plusieurs employeurs. On lui ferme toutes les portes en la traitant de prostituée et de « moins que rien »alors qu’elle est la douceur et la discrétion même. Comme quoi malheureusement l’habit fait toujours le moine. Si j’osais le jeu de mots, je dirais que, oui, tu l’as habillée à vie d’une mauvaise réputation en la dénudant dans «Le Bain »ou  «  une partie carrée » les premiers noms de ta fameuse toile devenue « Le déjeuner sur l’herbe. »

Sa vie est détruite pour quelques billets qu’elle a voulu gagner pour arrondir ses fins de mois difficiles. Aujourd’hui elle est bannie de toutes les maisons et on ne veut pas d’elle, même pour le ménage, les femmes craignant son contact avec leur mari. Que vas-t-elle faire maintenant …..se contenter de poser nue ? Quel peintre voudra d’elle ? Tu t’es brouillé avec beaucoup d’entre eux alors …comment pourras-tu la recommander ? Tu fonces toujours tète baissée sans réfléchir au mal que tu peux faire.Tu ne changeras jamais….

Mais je t’aime quand même

Je t’embrasse,

Ta nièce Sylvie

S.M.

Je suis au bar de quartier où j’attends mon amie Cassandre. La voilà qui s’assoit vite en face de moi car elle a des tas de choses nouvelles ; nous commandons un thé et enthousiaste elle m’ annonce qu’elle quitte sa maison trop grande, trop inconfortable, trop éloignée de tout pour habiter un appartement dans une ville plus grande où tout est disponible à portée de main : commerces, cinémas, théâtres, associations multiples, clubs de sports et de rencontres diverses .Elle est emballée et moi aussi pour elle malgré la distance qui va nous séparer.

H.L.

Les Ambassadeurs, Holbein le jeune.

Cette année-là, j’allai conclure la 71 ème année d’une existence assez morne et somme toute assez médiocre . Aussi je décidai, pour conjurer l’inexorable vieillesse et tente de donner un peu de piquant à ce morose quotidien, de tenter une remontée dans le temps en jouant avec la géologie locale : j’étais né et j’avais vécu dans les territoires sédimentaires du crétacé , et si j’allais voir dans le jurassique qui avait précédé le crétacé de quelques centaines de millions d’années. A quelques encablures de chez moi commençaient les terres de l’ère jurassique. Je décidai de tenter l’aventure mais il fallait s’équiper en conséquence et pour cela j’allai voir mon ami Georges de Selve, un coach spécialisé dans la préparation et l’organisation de voyages bien en dehors des sentiers battus par les hordes touristiques;Quand je lui eus exposé mon projet, il m’entraina dans son arrière-boutique. J’ai ce qu’il te faut, me dit-il, D’abord, cette pelisse d’hermine élégante, grande, chaude et imperméable adaptée à tous les climats sous toutes les latitudes. En dessous cette belle chemise de soie rouge confortable et très bien assortie avec le noir des chausses et de la robe et tu pourras porter par dessus ton médaillon doré sur chaîne d’argent cette note un peu bling-bling sera beaucoup plus acceptable du coup. Le jurassique ça peut être dangereux, tu te souviens du film Jurassic Park ? Il vaut mieux prendre des précautions : je conseille ces souliers noirs ferrés à bout renforcés .Très utiles s’il est nécessaire de donner des coups de pied dans les parties sensibles d’uun éventuel agresseur du genre ptérosaure ou brontosaure. Ensuite cerise sur le gâreau, ce béret orné d’une broche figurant une tête de mort sera du plus bel effet dissuasif si siça les impressionne toujours les bestiaux sont pas aussi abrutis que les prétendent les mammifères du crétacés. DE toute façon si ça suffisait pas : dague et épée sont obligatoires !

Pour le reste je recommande l’équipement basique du randonneur chevronné : 2 guides : le Routard du Jurassique (le dernier sorti avec mise à jour datant d’à peine 75 millions d’années) puis le précis de géologie que tu vois là à côté. Pour ne pas se perdre j’ai beaucoup mieux que les GPS : d’abord ce globe terrestre là, à côté du luth, très bien fait et en plus avec sa poignée amovible il peut faire bilboquet ! Je te conseille aussi ce turquet qui permet de calculer avec précision la position des corps célestes. Ensuite tu as le choix entre le cadran polyédr ique à 10 faces avec boussole intégrée- de la très haute tecghnologie !- ou le cadr an de berger moins sophistiqué mais plus léger et plus pratique pour voyager. Avec ça tu seras paré à toute éventualité. Je le remerciai et avant que je reprenne ma tenue de ville il insista pour que son fils nous prenne en photo avec son smartphone pour mettre sur les réseaux sociaux me dit-il et pour un souvenir.Plus tard il m’envoya la photo à laquelle il avait grâce à une appli spéciale rajouté une anamorphose de tête de mort un memento mori quoi : «  Souviens-toi que tu vas mourir » en latin. J’y vis une allusion malicieuse à mon âge avancé d’une part et à la prise de risque que constituait mon projet de voyage.

F.V.

Je voulais absolument cet emploi d’archiviste à l’Institut de Géographie de Londres, mais on m’avait prévenue. Ce poste était exclusivement réservé à un homme. Je m’en offusquai . Rien n’empêchait une femme d’exercer ce métier de restauration et de conservation des cartes . Tradition, tradition, m’a t-on rétorqué.

IL fallait jouer le tout pour le tout. J’achetais un costume trois pièces gris bien taillé mais passe partout, une chemise bleue et une cravate en soie à rayures transversales bleues et grises du plus bel effet. Tant qu’à faire, j’y ajoutais un chapeau melon. Je fis couper mes cheveux très courts, bandai très serrée ma poitrine et entrai dans mon costume de conquérante.

Il y eut d’abord l’euphorie du déguisement. Le port du chapeau melon me donnait l’illusion d’échapper à toute contrainte et avec une canne, j’aurais volontiers joué à Charlot. Mais l’affaire était sérieuse. Il me fallait entrer dans ma peau de bureaucrate de la City, confortée par l’assurance que me donnait ce costume passe-muraille. Je fis illusion de mon sexe et preuve de mes compétences. J’obtins le poste.

Jusqu’à quand me faudrait-il continuer à jouer ? Je finirais bien par être démasquée…

D Dor

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