Décembre Jeu 3 objets pour une histoire
-en séance on fait une liste de cinq « objets » à ramener de vacances .
On plie les listes et l’une d’elles est tirée par chacun.
– On raconte le voyage et les circonstances qui nous ont fait ramener ces objets.
Voici la liste qui a été faite en séance. Pour ceux et celles qui n’y étaient pas et qui veulent jouer, tirez au sort une des listes pour faire le jeu.
1 Un caillou, une spécialité culinaire,une photo, un souvenir de rencontre, des ampoules aux pieds.
2 Un calendrier, une carte postale, un presse-purée, un stylo quatre couleurs, un vase.
3 du sable, des coquillages, une carte postale, une spécialité culinaire, un vêtement.
4 des moules, un coup de soleil, des kilos, des photos, du bronzage.
5 Un coquillage, du bois flotté, un t-shirt, un bijou, une paire de tongs.
6 Des punaises de lit, un Mont Saint-Michel sous la neige, un T-shirt de la tour de Pise, une bouteille de liqueur de betterave, des castagnettes.
7 Une amie, un souvenir, des odeurs, des spécialités, de la correspondance.
8 Un livre, une carte postale, du sable, des gâteaux, un torchon.
liste 1Un caillou, une spécialité culinaire,une photo, un souvenir de rencontre, des ampoules aux pieds.
De retour de mon séjour sur les bords de l’atlantique, je me souviens de ma rencontre avec un pêcheur à pied qui m’avait invité à le suivre sur l’estran à la recherche de quelques crustacés. Il avait enfilé ses cuissardes et je n’avais que mes espadrilles, résultat : j’ai récolté plus d’ampoules aux pieds que de bigorneaux !
Au retour, ce pêcheur sympathique et fin gourmet m’a montré comment faire une éclade, cette spécialité charentaise très prisée des touristes. Après avoir disposé de façon ingénieuse et même artistique, des moules sur un lit d’aiguilles de pin, il a allumé le feu aux aiguilles et laisser les moules s’ouvrir à la chaleur. J’en ai profité pour faire une belle photo.
Avant de repartir, je suis allée faire un petit tour sur la plage pour fouiller le laisse de mer où j’ai eu le bonheur de dénicher quelques jolis coquillages, du bois flotté et un petit caillou percé poli par la mer.
Mais il est temps de rentrer : la mer monte !
B.D
Il était mon père mais il était surtout géologue. Alors, lorsqu’il m’avait proposé de l’accompagner dans les Hautes Alpes où il se rendait pour affaires et d’y rester tout le week-end pour faire de la randonnée je m’étais méfié.
A juste titre…Il comptait passer une journée à retrouver un « caillou », comme il disait, qui aurait bien orné sa collection. Au cours d’une randonnée de l’été il n’avait pas eu suffisamment de place dans son sac pour le prendre et l’avait mis de côté ; comprenez que la bête devait être assez lourde pour qu’il préférât la mettre dans mon sac à dos. Toujours est-il que j’acceptai le marché sachant que, vu où il voulait aller, je pourrais de mon côté faire un tour au col de la Noire, dont j’aimais l’ambiance haute montagne à plus de trois mille mètres d’altitude.
Ce jour-là je le laissai partir à la recherche de ses ophiolites ou serpentines, je ne sais plus, des roches vertes en tout cas, et en deux heures de marche j’atteignis le col. C’était une journée froide et belle d’automne, ciel bleu sans nuage, vue jusqu’aux Alpes du Nord avec au fond la calotte glaciaire du versant sud-est du Mont-Blanc.
Je savais que mon père allait consacrer beaucoup de temps à effectuer des relevés géologiques pour actualiser la carte qu’il établissait avec l’association Haut Alpine de géologie. Aussi j’avais le temps.
Pendant que je rêvais un peu j’entendis un roulement de pierres sur le chemin juste en dessous du col. Arriva une jeune fille qui, comme moi, profitait de la belle fin de saison pour visiter ce coin des Hautes Alpes. Nous fîmes connaissance et comme c’était l’heure de manger chacun sortit son pique-nique. J’avais du pain, la traditionnelle boîte de sardines et un fruit.
Lorsqu’elle ouvrit sa boîte en plastique je compris que son repas était nettement plus gastronomique; il sentait bon la tomate, l’huile d’olive, les herbes de Provence et le fromage; c’était le reste de son repas de la veille, une moussaka. Je la complimentai et pour montrer que je n’étais pas totalement ignorant en matière de cuisine, je lui dis que je sentais bien la marjolaine, les aubergines frites et, sûrement, une pointe d’ail. Souriante, peut-être ironique parce que pas dupe de mon véritable niveau, elle m’expliqua la recette. L’art de faire revenir les aubergines badigeonnées d’huile après les avoir coupées en tranches fines et salées pour faire dégorger l’eau ; la cuisson de la viande dans les oignons frits hachés ; l’assaisonnement avec le concentré de tomates qu’elle avait fait elle-même, l’ail haché et les épices. Et, bien sûr, la disposition en couches successives de viande et d’aubergines saupoudrées de parmesan, en finissant par les aubergines ; et la sauce béchamel, ni trop épaisse, ni trop abondante avec une dernière couche de fromage ; le tout passé au four.
Soucieux de ne pas m’engager sur un sujet où je ne serais pas à mon avantage je m’empressai de lui commenter le paysage ; au loin, à droite du Mont-Blanc, le Cervin, et le Mont-Rose qui n’usurpait pas la couleur qui lui donnait son nom. Plus près, toujours vers le nord, l’Oisans avec le Pelvoux et la Barre des Ecrins et puis autour de nous le Queyras : Aiguilles de Chambeyron, Bric de Rubren et, juste à côté de nous, cent cinquante mètres plus haut, la Tête Noire, bien effilée ; j’avais à peine terminé de parler qu’elle me demanda si on pouvait y monter depuis le col ; je répondis par l’affirmative ; elle sauta sur ses pieds : « vous m’emmenez ? ». Nous partîmes le long de la ligne de crêtes jusqu’au pied de la paroi. Je regrettai un peu de ne pas avoir amené la corde d’escalade mais à la sûreté de son pas j’imaginai que nous n’aurions pas de difficultés à nous en passer ; ce que je regrettais surtout c’était d’être parti avec des chaussures légères avec lesquelles immanquablement j’allais me blesser les pieds dans les rochers. Je nous dirigeai vers le bas de la fissure de la face ouest ; elle était barrée par un rocher un peu surplombant alors je me mis en dessous d’elle pour parer une éventuelle chute ; comme elle avait du mal à franchir l’obstacle je finis par poser mes mains sous ses fesses, lui permettant de gagner les centimètres nécessaires au franchissement ; je la rejoignis sur une petite plate-forme, elle sourit et à partir de là nous nous tutoyâmes. La suite de l’ascension était à la limite entre la gymnastique et l’escalade ; elle n’eut aucun mal à arriver au sommet ; elle marmonna quelque chose comme : « si on m’avait dit il y a six mois, qu’un jour je ferais ça… » je ne compris pas la suite, elle parlait pour elle-même, aussi je ne posai pas de questions. Elle accepta que je la prenne en photo, « pas trop près, pas de profil ». Nous entendîmes quelques coups secs vers le col, les coups de marteau de mon père sans doute.
Pour la descente nous empruntâmes la vire au-dessus de la face nord, vertigineuse mais sans réelle difficulté.
En arrivant au col je réalisai que j’avais des ampoules.
Quelques lacets plus bas mon père attendait ; il avait vu qu’elle était allée jusqu’au sommet et la félicita. Puis il m’indiqua que le fameux caillou m’attendait à quelques dizaines de mètres dans la casse (*) d’Estoilies ; elle continua sa descente seule ; j’avais eu juste le temps de lui demander, sans rougir, où lui apporter la photo ; elle avait répondu « il suffit de demander Sophie chez Mamy Rose au hameau de Fontgillarde ».
Sur le moment je me demandais quelle était la qualité réelle de cette adresse ; j’allais vérifier quelques mois plus tard, que c’était une bonne indication, le début d’une autre aventure, mais, cela c’est une autre histoire…
(*) : une casse est un pierrier.
B.L.

