Ecrit en novembre 2019: la musique / les objets parlent 5

les objets parlent

Ecrire la confession un objet lié à la musique.

 

 

 

Mésaventures d’un 33 tours

Je suis le 33 tours du double concerto de Brahms, par David Oistrack et Rostropovich. Ça classe, non ?

Je suis entré dans la maison en tant que cadeau télécommandé, je n’en menais pas large. Mais avec le soin dont M. a fait preuve pour me poser sur la platine et la qualité du silence qui a suivi, j’ai compris que c’était gagné. J’ai tout de suite fait office de favori.

Un jour débarque B. un ami de M. original, expansif et qui partage son goût de la musique . Il est accompagné de deux énormes baffles avec lesquelles il veut initier M. à la perfection du son. Les branchements ont pris un temps certain et bien sûr, c’est moi qu’on choisit pour l’expérimentation. El les deux de s’extasier sur la clarté du son, sur sa manière d’envelopper en occupant toute la pièce, sur la netteté de chaque instrument. Fier comme Artaban, je fais de mon mieux. Progressivement on pousse le son .

On en est à peine au milieu du premier mouvement, au moment où l’orchestre s’envole dans la reprise du thème, quand déboule dans la pièce, telle une furie, A. qui hurle contre la cacophonie de cette sale musique ( j’en avalerais mes sillons) et l’égoïsme des hommes, car elle vient de s’ébouillanter, et malgré ses cris personne ne lui est venu en aide.

Coup d’arrêt penaud et les baffles vite rembarquées par leur propriétaire. Même si je n’y suis pour rien, je suis mis quelques temps en pénitence sous la pile.

Mais A. n’est pas rancunière et, souhaitant se rattraper, elle part acheter à M. Le concerto pour violon de Brahms qui figure en tête sur la liste. Comme elle ne le trouve pas, elle ramène glorieusement, le double concerto (2 vaut mieux que1). Sans rien dire M. le pose sur la platine. Elle trouve la musique très belle … et M. en riant m’extrait de l’étagère. Heureusement, c’est l’autre qu’on a ramené au magasin. Je reprends ma place et la vie est belle…

Belle jusqu’à l’arrivée du CD. L’enfer. Mes sillons s’encrassent lamentablement.

Même plus un regard… jusqu’à l’arrivée d’un tout jeune qui me prends entre ses mains. J’en ai le tournis d’émotion. Pourtant, il a une drôle de façon de me tester en changeant arbitrairement la vitesse de la platine. Je m’insurge, je gratte. Je préfère qu’il m’abandonne, Mais non, il m’emporte entre Paint it black des Rolling stones et Colours de Donovan, vous parlez de musique.

Me voici sorti sans délicatesse de ma pochette, sous des flashes de lumières éblouissantes. DJA me pose sur la platine et me martyrise sous ses doigts, faisant sortir des sons apocalyptiques. Au secours !

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