Ecrit en novembre: la musique/ lettre de refus 1

 lettre de refus

Vous êtes un producteur de musique et vous écrivez à un chanteur célèbre pour refuser une de ses chansons toute aussi célèbre ou lui demander de modifier les paroles

 

 

Très chère amie,

je viens de prendre connaissance du texte que vous m’avez envoyé.Bien que vous ne soyez pas vraiment ce qu’on appelle une débutante dans le métier puisque cela doit faire une bonne vingtaine d’années que vous écumez les cabarets de la rive gauche et pourtant vous ne voyez pas, personne ne voit votre nom en haut de l’affiche et à la lecture de votre opus on peut comprendre pourquoi.

Je sais bien que la mode de la chanson réaliste qui a fait la gloire de Montmartre est maintenant derrière nous , mais sous prétexte de faire du neuf de tracer sa propre voie, souvent la jeune génération croit devoir choquer le bourgeois comme on dit ; l’ influence funeste et délétère du nihilisme zazou pèse encore sur les esprits jeunes et malléables, proies faciles pour les agents moscoutaires du judéo-bolchevisme…Alors pour s’affirmer on fait les malins on casse les codes selon l’expression à la mode aux terrasses des cafés à St Germain-des-Prés.

J’ai de l’estime pour vous ma petite je sais que vous valez mieux que cela mais vous m’avez déçu. Et je vais vous expliquer pourquoi. La faiblesse de votre inspiration s’affiche dès l’entame de votre chansonnette : « Un beau jour ou peut-être une nuit » dites-vous. Mais ne voyez-vous pas que ce refus de respecter un minimum de cohérence temporelle vous fera dès la première minute perdre votre public et ce n’est pas la suite qui le ramènera : « endormie près d’un lac »?est-ce un endroit décent pour dormir pour une jeune fille ? Votre public comprendra que vous êtes sous l’effet d’une absorption massive de substances suspectes qui circulent aujourd’hui dans nos banlieues et à St Germain des Près. D’ailleurs la suite à caractère hallucinatoire confirmera ses soupçons : « un aigle noir surgi de nulle part » et « semblant crever le ciel » sans compter que la couleur noire, le surgissement de nulle part, le ciel crevé évoqueront irrésistiblement chez les patriotes la submersion migratoire dont souffre tant notre malheureux pays et certains d’entre eux pourraient être tentés de vous dénoncer à la kommandatur heu je veux dire à la police nazionale…Surtout s’ils découvrent vos origines hébraïques ce ne sera pas de mon fait car je garde le secret sur cette question car je ne m’interdis pas de travailler avec des représentants des races inférieures dans la mesure où il savent se tenir à leur place comme je vous l’ai déjà dit.

Songez que vous vous adressez à des mères et pères de famille qui ont connu la guerre les privations, la libération,le joug communiste,l’épuration, la privation des droits civiques, l’exil parfois… un chapelet de souffrances dont les plaies ne sont pas encore cicatrisées.

Vous sentez bien que ce que vous faites ne tient pas la route ne marchera pas ou alors dans quelque cave enfumée de St Germain des Prés après 4 heures du matin auprès des quelques snobs qui se prennent pour de grands penseurs alors que leurs facultés intellectuelles se trouvent gravement altérées par une consommation excessive de boissons alcoolisées venues d’outre atlantique et de substances illicites de même origine.

Donc vous m’avez compris reprenez ce texte mettez-y de la rigueur de la clarté des valeurs bien de chez nous ; soyez en accord avec votre époque bon sang on n’est qu’au début des 30 glorieuses on n’a pas encore perdu la guerre d’Algérie la croissance est à 5 % …

Je n’arrive pas à désespérer de vous et je vous donne une dernière chance:pourquoi n’essayez-vous pas de traiter de sujets comme la famille le travail la patrie qui ont eu beaucoup de succès il y a quelque temps et qui reviennent à la mode. Pour vous aider à comprendre ce que nous recherchons je joins à ce courrier un enregistrement de la chanson titre du dernier album de Docteur Merlin : Y a bon la sécu. Vous verrez là ce que peut et doit être la chanson populaire qui parle au cœur de nos compatriotes et élève leur esprit.

Voilà ma petite Barbara ce qu’il fallait que je vous dise en attendant vos nouvelles propositions plus conformes avec ce que nous éditons je vous baise les mains.

Votre dévoué Jean-Marie directeur des éditions Serp.

FV

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