28 03 2020
jeu d’écriture en période de confinement – 6 –
Exercices de style
inspiré de R Queneau
Au départ un texte tiré de « Nouvelle en trois lignes » de Félix Fénéon ( dépêches écrites en 1906 par ce journaliste qui était aussi critique d’art) :
« On couronnait les écoliers de Niort. Le lustre tomba, et les lauriers de trois d’entre eux se teignirent d’un peu de sang »
Vous allez développer cette histoire en choisissant parmi les 10 styles suivants ( Queneau en a écrit 99) :
– litotes ( dire moins pour laisser entendre davantage)
– métaphores ( accumulation d’images)
– surprise
– hésitation
– précision
– alexandrins
– anglicismes
– interrogatoire
– négativité
– partial
surprise
Fallait-il que ce jour béni soit funeste ? Comment imaginer transformer le laurier en bois de sapin ? Quel émoi face à la chute ! Quoi, un lustre achevé et c’est cinq, non, trois seulement, de ces têtes blondes qui furent estoquées ! Que faire de toute cette humeur si ce n’est… prions !
MS
métaphores
Les cueilleurs de savoir issus du berceau de l’herbe des anges recevaient leur auréole. L’oiseau de lumière voleta plus ou moins légèrement jusqu’au sol, effleurant au passage trois des auréoles vertes qui rougirent.
M.V
suite précision
Mais ce peu de sang couleur rouge carmin accapara tous les esprits enfiévrés qui peuplaient l’estrade couleur de bois fauve,surtout celui éclairé et pétillant de l’inspecteur principal qui voyait là une de ses prémonitions les plus alarmantes:oui,la République ,notre République fraternelle et égalitaire ,si prévoyante et si douce ,surtout pour ceux qui avaient une âme soumise,était attaquée en son sein,dans ce qu’elle avait de plus noble et de plus précieux.Que dire maintenant à ces sauvages écoliers si l’on ne récompensait plus le mérite?Le mérite ,une de ces valeurs trempée dans l’acier,sur laquelle reposait notre altière institution,solide comme le marbre!Mais c’est quand ces gouttes de sang passèrent du rouge carmin au noir d’ébène qu’alors là,il fallut asseoir notre chancelant représentant de l’état.
BH
Suite METAPHORES, HYPERBOLES
L’assemblée, un instant figée, tous les regards sur ce splendide lustre dont l’installation a demandé un travail titanesque et qui brillait de mille feux il y a quelques secondes, pulvérisé, en mille miettes ! Quelle tragédie ! C’est à se casser la tête contre les murs.
Puis des hommes costauds, géants, forts comme des bœufs se précipitèrent pour dégager les lauréats des décombres avant qu’ils ne souffrent le martyre.
Et c’est trempé jusqu’aux os, morts de fatigue que les sauveteurs finirent d’extraire le dernier lauréat, une jeune fille, belle comme un ange. Hébétée elle songea que ce conte était un conte à dormir debout.
MPou
Anglicismes
Je vais être cash et vous livrer un scoop qui a déjà fait le buzz.
On couronnait les écoliers de Niort. C’était un vrai challenge, dress-code et cie. Il n’y avait pas de looser, quelques dealers, quelques sponsors, une team de choc. Et puis en live, il y a eu un crash. Le lustre vintage tomba ; plus personne n’était cool. Il eut même quelques burn-out. Un vrai pitch pour un film d’épouvante avec pour booster tout ça les lauriers qui se teignirent d’un peu de sang. Pour le futur casting, il faudra trouver quelques acteurs qui ne soient ni has-been, ni over-bookés.
Ddou
Alexandrins
Ce jour-là, qui n’était pas un jour ordinaire
Marquait la fin des cours et la remise des prix
Ayant reporté nos uniformes au vestiaire
Nous nous sommes rassemblés dans le grand amphi
Impatients et fébriles, espérant le diplôme
Qui ouvrirait pour nous les portes de la Vie
Sages et disciplinés dans un silence poli
Nous attendions dès lors l’arrivée des grands hommes.
C’est alors qu’au début de l’appel des élus
Dans un bruit fracassant le grand lustre tomba
Sur trois des diplômés. Quelle malchance ils ont eu !
Plus de peur que de mal, un peu de sang coula.
Mais dans leur souvenir ce moment restera
De l’Ecole de Niort un signe de baraka
MPot
Alexandrins (approximatifs)
C’était aux premiers jours rayonnants de l’été
Dans un grand apparat ceux qui le méritaient
Têtes blondes et brunes sagement alignées
Attendaient sans mot dire que l’un fut désigné
Pour recevoir livres et couronne de lauriers
qui consacraient l’année de labeur régulier.
Des mercis inaudibles et des larmes versées .
Et voici, Patatras que le lustre a valsé
Ses pampilles sonnantes en lames acérées
Ont lacérés les cranes des enfants atterrés
Et les perles de sang qui se firent rivières
Ont souillé les couronnes et les frimousses fières.
Tandis que chez les cancres un brin revigorés
Les fous rires fusaient, les parents éplorés
hurlaient des invectives à la haute assemblée
Sans se préoccuper de leurs pauvres agnelets
Qui se débrouillaient seuls pour des gravats sortir
Et souhaitaient seulement maintenant repartir
DDor

