15 avril 2020
jeu d’écriture par temps de confinement – 24 – histoire en boucle
L’atelier d’écriture ordinaire et mensuel devait se tenir vendredi prochain, au temps où je l’ai proposé, j’étais encore naïve. Comme je ne le suis,je propose ses jeux sur mercredi, jeudi et vendredi
En partant d’une situation de départ « évidente » ( par exemple, « les humains ont une bouche et des oreilles… », « Rien ne sert de courir…. » « Pour connaître son pays, il faut le quitter »), imaginez un enchaînement d’évènements qui aboutit à la situation de départ. L’histoire doit être courte pour pouvoir être reprise en boucle comme une litanie
exemple de cour d’école remontant à mon enfance: La vache est un animal domestique qui produit le lait et la bouse ; le lait, aucune importance, mais la bouse, de deux choses l’une, ou je la vois, ou je ne la vois pas ; si je la vois, aucune importance, mais si je ne la vois pas, de deux choses l’une , soit je l’évite, soit j’y mets le pied dedans ; si je l’évite aucune importance, mais si j’y mets le pied dedans, de deux choses l’une, soit elle est sèche, soit elle est molle ; si elle est sèche, aucune importance, mais si elle est molle, je m ‘écrie : ah la vache est un animal domestique…
Le tiramisu est un dessert composé de mascarpone et de chocolat. Le mascarpone est blanc et crémeux mais le chocolat , soit il est au lait soit il est noir ; s’il est au lait , je le boude mais s’il est noir ; sera-t-il en morceaux ou en poudre ; s’il est en morceaux , je le recrache mais s’il est en poudre , je le dévore . » le » , je parle bien sûr du tiramisu qui est un dessert ………………..
H God
l’homme est un loup pour l’homme. la phrase résonna dans la tête de celui qui était à la chasse de ce loup féroce et se battait au milieu des autres pour être le premier à vaincre la bête. la bête cherchait encore à se confiner dans les taillis. il n’en fallait pas plus pour que tous s’acharnent à la déloger de ces inextricables espaces d’épines et de lianes, nasse qui aurait dû se refermer sur l’animal prédateur. contre toute attente un coup de feu claqua et l’homme chavira. contre toute espérance le loup s’enfuit, non sans que résonne en son for intérieur cette phrase : l’homme est un loup pour l’homme.
MS
Quand les poules auront des dents, c’est ce que j’entends pour la sortie du confinement, si on a des masques, si on a des tests, si on a des médicaments, si on a un vaccin, si le virus n’a pas muté, si un autre n’a pas pointé son nez. J’ai le bec dans l’eau. Je regarde vers le passé. Je conjugue au passé : quand les poules avaient des dents. Sauropodes emplumées, et pas encore ailées comme l’étaient leurs voisins les ptérosaures , elles gambadaient insouciantes, sur les plages de Cahors à basse marée. Elles avaient l’avenir devant elles, l’acquisition des ailes, la perte des dents, le passage délicat de la grande disparition des espèces, jusqu’à nous. Elles se sont arrondies, leurs ailes ont raccourci, elles se sont retrouvées confinées avec leurs congénères stressées dans des grands poulaillers à pondre des œufs qu’on leur enlève avant d’être sacrifiées, déplumées, grillées. Elles rêvent peut être, les gallinacées, de s’égayer dans les jardins, dans les prés , de voler jusqu’à la cime des grands arbres, au dessus des maisons, jusqu’à ne devenir qu’un point à l’horizon. Mais, ça mes belles, pas d’illusion : quand les poules auront des dents.
Ddor
Votre frigo est vide : soit vous mourez de faim soit vous allez au supermarché . Au supermarché vous respectez les règles de distanciation sociale ou non. Mettons que non : vous attrapez le Covid-19, ou non. Mettons que oui.Dans ce cas soit vous êtes porteur asymptomatique soit vous développez la maladie. L’absence de symptômes briserait net l’élan narratif dont est saisi ce texte, donc vous êtes malade. Vous avez de la température mais plutôt que d’appeler le 15 vous préférez rentrer chez vous pour faire un bon gueuleton avec ce que vous avez acheté au supermarché. Mauvais choix : la dysgueusie provoquée par le coronavirus vous empêche d’apprécier les bons plats que vous avez cuisinés . De plus vous vous sentez oppressé, vous pensez que c’est parce que vous avez top mangé (et trop bu) et refusez d’envisager que ce serait un effet de la maladie. Bientôt au bord de l’asphyxie vous vous résolvez à appeler le 15. En arrivant à l’hôpital vous êtes terrassé par un syndrome respiratoire aigu : vous devez être envoyé en réa s’il reste un respirateur libre or les services sont débordés il n’y en plus un seul ! Les docteurs délibèrent et se demandent si ça serait pas aussi bien de vous donner un petit sédatif ou un doliprane pour adoucir vos derniers instants. J’interviens alors et leur fais observer que le personnage principal de mon récit ne peut pas mourir si tôt ils en conviennent car ils aiment bien la bonne littérature à suspense et leur chef appelle le président Macron celui-ci contacte aussitôt son ami le président Xi-Ping qui lui envoie un avion cargo express chinois rempli de respirateurs. Vous êtes sauvé. Au bout de 3 semaines on vous renvoie chez vous guéri. Vous rentrez à la maison tout guilleret, l’appétit est revenu et vous décidez de vous faire un bon petit gueuleton mais votre frigo est vide : soit vous mourez de faim soit vous allez au supermarché.
FV
Rien ne sert de courir,il faut partir à point.J’enfilais l’anorak,mettais les chaussures ,descendais l’escalier quatre à quatre:mince,j’ai oublié le porte-monnaie,je remonte en vitesse,je redescends,je cours,je cours,tellement que je trébuche,je me ramasse,enfin j’y suis:trop tard,la devanture est baissée,je n’aurai pas ma baguette de pain pour ce midi:rien ne sert de courir,il faut partir à point!
BH
« Rien ne sert de courir, il faut partir à point », un professeur de médecine, lièvre assez sûr de lui, hautement diplômé, ne manquant pas de dire, publiquement et en haut lieu qu’il vaincrait, souleva une fronde, féconde d’un côté, délétère d’un autre , au sujet d’un virus à traiter promptement, et pour lequel c’est bon il avait traitement. Face à lui, pas à pas, réclamant par principe sa lenteur méthodique, protocoles de tests dûment randomisés, madame la science voulait bien s’assurer….Mais, médiatiquement, la course se complique, et pour nous rassurer qui a le dernier mot ? « A courir bien trop vite, voyez le temps perdu, on ne sait toujours pas ce qui traite vraiment » disent les uns, « oui, mais, moi j’ai testé déjà des centaines de gens et n’ai pas eu autant de morts et de dégâts » rétorque le grand maître…vous courrez aux licences et aux validations, je suis plus réaliste et suis parti à point, rien ne sert de mourir, il faut sauver au moins ! », même sur cet adage, qui pourtant semble clair, on peut ne pas s’entendre… »
SD

