Federico García Lorca (1898-1936) : Noces de sang (1931)

Federico García Lorca est un poète et dramaturge espagnol, également prosateur, peintre, pianiste et compositeur, né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros près de Grenade et exécuté sommairement le 19 août 1936 entre Viznar et Alfacar par des milices franquistes.
Cette pièce a été peu traduite en français depuis 1933, et souvent de manière incomplète (les parties poétiques ou chantées ne sont pas traitées par le traducteur).
Lorca s’inspire d’un fait divers relaté en juillet 1928. Mais c’est seulement en 1931 qu’il commencera à composer sa pièce. Il la termine au cours de l’été 1932. Créée le 8 mars 1933 à Madrid où elle remporte un grand succès, acclamée pendant des mois à Buenos Aires, elle a fait le tour du monde et malheureusement son triomphe a obscurci tout le reste de l’œuvre de Lorca, en associant durablement pour la majorité son image à celle d’un auteur exclusivement andalou, folklorique.
Les thèmes principaux en sont : la vengeance, la rivalité, l’honneur, la condition de la femme (sa solitude et son enfermement), la fatalité, la passion. Le texte regorge de symboles comme le couteau qui apparait dès le début, la lune qui se lève pour éclairer le duel, la mort personnifiée par la mendiante. L’intrigue simple a été maintes fois traitée au cinéma et en littérature.
Dans Noces de sang, un couple de jeunes gens s’apprête à se marier. Mais la jeune fille a déjà été fiancée dans le passé et l’ancien fiancé rode toujours dans les parages. Le soir de la noce, la jeune mariée s’enfuit avec Leonardo (l’ancien fiancé), écartelée entre sa passion et le poids de la désobéissance… (à noter que Leonardo est le seul personnage nommé dans le texte).
La mère du fiancé, rigide et fière, personnage complexe et pétri de contradictions, est partagée entre le culte de ses morts (mari et fils aîné), sa haine pour leurs assassins, les Félix, sa haine contre un destin implacable qui mène tous ceux que les femmes engendrent à la mort, et son désir de voir son dernier fils assurer une descendance.
Le poids du silence pèse sur ce monde paysan régi par les traditions, où tout est affaire d’argent et de terres lorsque se conclut un mariage. La vie s’écoule lentement entre désir
de vengeance et haines qui font jaillir la passion et le désordre et enfin une grande violence qui se déchaîne à la fin de la pièce.
Noces de sang est un texte moderne qui pose en particulier, la question du choix et de l’engagement.
La pièce se concentre vers cet instant suspendu où le destin bascule. L’écriture ancrée dans le réel, cette région presque désertique d’Alméria joue sur l’onirique et le fantastique.
On peut relever la poésie du texte et l’insertion de chansons populaires, qui allègent un ensemble très « plombé ».

