Ecrit en Février 2021, jeu 2 : mais qui sont ils?

Jeu 2 Mais qui sont ils ?

On les cite sans réfléchir, chaque fois qu’on utilise l’expression qui les évoque. Vous choisirez une des expressions et inventerez l’histoire de l’individu qui a suscité sa naissance :

– Pas ça, Lisette !

– C’est parti, mon Kiki.

– Faire sa Sainte Nitouche

– tranquille comme Baptiste.

C’est parti mon Kiki »C’est parti, mon Kiki ! »

Je m’appelle Kim et je n’en peux plus. Je suis né en 1950 et j’ai aujourd’hui 71 ans. Toute ma vie a été un enfer, et ce à cause de mon prénom.

À l’école, un Kim au milieu de tous ces Pierre, Paul, Jacques, Dominique, Claude et j’en passe, déjà, ça sortait de l’ordinaire. Ça n’aidait pas à se faire des amis, voyez-vous. Où mes parents sont-ils allés chercher ça, je ne l’ai jamais su. Tout le monde au village se foutait de moi, et cela n’avait pas l’air de les chagriner.
Du coup j’ai essayé, pour compenser, de me faire le plus discret possible. Je suis devenu quelqu’un de réservé, de maladroit, qui n’osait pas trop se montrer. Un jour, lors du cours de sport, l’un de mes camarades a eu le malheur de me lancer ce « C’est parti, mon Kiki ! » au départ d’une course de sprint, alors que j’étais parti m’isoler sur un banc pour éviter cela. Le professeur lui-même a repris cette expression, puis tous mes camarades, puis tous les parents de mes camarades, puis mes frères et sœurs, puis mes parents, puis toute ma famille, puis tout le village.
Et ça a continué plus tard au travail, dans ma vie de famille, puis ça s’est diffusé comme une traînée de poudre durant des décennies. Puis un jour les gens ont utilisé cette expression devant moi sans plus savoir que j’en étais le malheureux à l’origine. Je n’étais plus montré du doigt mais le moindre « C’est parti mon kiki ! » me provoque des palpitations. Quand est-ce que les nouvelles générations arrêteront-elles d’utiliser cette horrible expression ?

LD

C’est parti, mon Kiki

En 1968 aux jeux olympiques de Grenoble les français étaient très nombreux à encourager nos champions et en particulier Jean Claude Killy. Quand il a remporté sa première médaille d’or en battant Perillat dans la descente il déclara « je suis heureux de cette médaille mais je veux tout » et un reporter radio dont j’ai oublié le nom qui rapportait cette phrase s’enflamma et assura que Killy allait encore gagner et déclara  » on a tous confiance en toi , vas-y jean Claude…c’est parti mon Kiki »

JZ

C’est qui mon kiki ?

Trop familier pour être honnête

c’est un sans-gêne

que je soupçonne de se permettre

des choses défendues avec les enfants…

il veut emballer d’un son trop léger

la chose qu’il ne veut pas nommer

juste pour l’oublier, pour s’oublier lui-même

comme s’il fallait aller vite

comme si ça allait de soi

d’agir sans comprendre

de répondre oui

se faire entreprendre …

Attention à lui, ce kiki joueur

peut passer au crime

l’air tout cajoleur…

Alors mon kiki, assume de dire

Quel est ton vrai nom

Va de rhabiller, cesse d’abuser

et de laisser croire que tu n’es pas maître

de ce que tu fais !

SD

Sainte Nitouche

Dans un petit village de la Dordogne profonde vivait une vieille fille qui n’avait jamais- soit disant- connu d’aventures avec un garçon mais alors me direz-vous,
pourquoi était elle toujours fourrée à l’église ou chez le docteur ? Quel était ce besoin intense de sentir la présence d’un homme ?

Prendre du plaisir à se déshabiller devant le docteur pour se faire « toucher » les « seins » puis ensuite se réfugier à l’église pour confier au curé , toute repentante ,qu’elle s’est fait caressée …

Vous conviendrez aisément que cette fausse pudeur lui valut le surnom de Sainte Nitouche auprès des habitants du village.

SM

De mémoire de son entourage, depuis qu’elle parlait et que, curieux les adultes demandaient à Nina T. avec quel garçon elle voulait se marier, elle répondait avec un grand sérieux :

– « Moi, j’y touche pas »

Et chacun d’en rire.

Dés que le sujet venait sur le tapis avec ses camarades de jeu. Nina se mettait en retrait :

– »Moi, j’y touche pas. »

Elle grandit et ne changea pas de position. Lorsque ses amies entamaient des relations amoureuses, on l’entendait affirmer avec véhémence :

– » Moi, j’y touche pas »

Lorsque sa mère lui demanda si elle était attirée par les femmes, Nina fut toute aussi offusquée

– » Moi, j’y touche pas »

La mère abandonna.

Elle approchait maintenant de la trentaine, avait un bon travail mais elle se carrait, de plus en plus raide, sur ses positions, à la risée de tous . On la surnomma « Sainte- n’y- touche- pas » qui évolua en «  Sainte-Nitouche » et on avait l’impression qu’elle en était plutôt fière.

Les parents tentaient de faire bonne mine jusqu’au jour ou le père rentra chez lui, agité et sans voix. Entraînant sa femme , sans lui laisser le temps de prendre une veste et son sac, il la conduisit jusqu’au cinéma du quartier. Plaquée sur la porte, une affiche géante de la séance X de minuit exposait leur fille dans une posture sans équivoque au dessus du titre oh combien évocateur : « T’y touche ou t’y touche pas »

Ce surnom devint une expression populaire dans la ville avant de gagner tout le pays.

DDor

Tranquille comme Baptiste

Tranquille comme Baptiste était une des expressions favorites de mon père.

Lorsque j’étais une toute petite fille, nous avions un voisin qui portait ce même prénom de Baptiste. Pendant longtemps, j’ai cru que l’expression venait de ce monsieur calme et débonnaire qui cultivait avec passion son potager enclos dans des murs ; il fabriquait aussi de jolis paniers en osier. Je le voyais assis sur un banc devant sa maisonnette qui tressait avec une patience infinie, et toujours souriant. Le voir travailler était un véritable plaisir et cette expression de tranquillité lui convenait à merveille.

DDou

Jean Baptiste était un prédicateur qui annonçait la fin prochaine du monde et dans cette Apocalypse tous les mécréants, les tyrans, les infidèles, que sais-je encore seraient punis et passeraient l’éternité en enfer. Il avait réuni autour de lui de nombreux fidèles qui parcouraient la Judée occupée à l’époque par les romains et gouvernée par Hérode le Grand un Roi juif à la solde des romains qui, craignant que finalement le peuple excité par ce prêcheur plein de haine contre les puissants ne se révolte, le fit arrêter puis exécuter.

Jean Baptiste étant mort un autre prédicateur nommé Jésus parcourait la Judée et la Galilée en prêchant la bonne parole « aimez-vous les uns les autres » et il avait de plus en plus de fidèles et de disciples qui voyaient en lui le Messie, un nouveau Roi de la lignée de David, qui serait envoyé par Dieu pour chasser les romains.

Mais les juifs dans leur majorité ne suivaient pas ce prêcheur si peu conforme à leur religion et les membres du Sanhédrin, sorte de conseil judiciaire et exécutif d’Hérode, encore moins. Jésus dérangeait et sous la pression le grand prêtre Caïphe le fit arrêter. On connait la suite

.L’historien juif Flavius Josèphe prétend qu’après la mort de Jésus Caïphe aurait dit : » Enfin il est tranquille …comme Baptiste »

JZ

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