Jeu n°3 Emphase
Décrire un geste banal du quotidien comme s’il s’agissait d’un acte héroïque ou d’une action extraordinaire
C’est un geste qui peut vous mettre face à tous les dangers.
Pour cela il convient donc de se préparer mentalement, d’ajuster le rythme de ses pas et sa respiration pour se diriger vers l’entrée. Une courte méditation peut aider avant de se décider. Il faut ensuite se concentrer. Le geste doit être mentalement décomposé et répété.
Ensuite, le bras doit lentement s’élever et la main se diriger vers la poignée qui sera abaissée sans à coup, mais fermement même si la peur vous étreint.
Qui sait en effet quels dangers se tiennent tapis derrière votre porte ?
DDou
Le risque est grand et il est quasi quotidien. Cela se passe lorsque je reviens de la boulangerie avec une miche de pain dont la croûte est très dure. Je la pose délicatement à plat sur mon plan de travail, je me munis très précautionneusement de mon immense couteau à pain aux dents acérées et effrayantes… Je prends sur moi, j’inspire un grand coup. Je scie la miche de pain avec force et modération à la fois, en veillant à ne pas répandre des miettes partout, et surtout à ne pas me couper les doigts. Lorsque ma tranche est coupée, je ne crie pas victoire trop vite, je dois reposer le couteau à pain dans un tiroir bien sécurisé. Et là, seulement, je me précipite vers mon pain pour l’avaler goulûment !
LD
Tarata, tarata, musique militaire à fond, je lance mon bras droit au biceps si musclé, au deltoïde saillant, empoigne cet objet, plus fragile qu’une allumette en plastique, ma brosse à dent, tremblante, dans ma main. Je lance mon bras gauche, au biceps saillant et au deltoïde musclé, empoigne ce tube si fin rempli de cette pâte insipide censé lustrer l’ivoire de mers crocs. J’appuie à fond sur ce tube qui se recroqueville et fait jaillir de ses entrailles la pâte mentholée. Et là j’abaisse cette puissante nuque, j’arrache le robinet d’eau, je brosse mes crocs avec furie de haut en bas, de droite à gauche, dedans et dehors. Je garnis ma bouche d’eau giclante et je crache dans le lavabo, tel l’Etna en feu, le contenu de ma bouche enfin nettoyée. Je quitte mon cabinet de toilette au son de la musique militaire. Non mais !
SR
Chaque jour quand je prends mon balai , je pars à l’aventure tel Ulysse bravant tous les dangers : je m’envole à travers les pièces de ma maison, défiant tous les acariens qui se cachent derrière leurs tapis barricades:j’essaie de les endormir à coup de bombes lacrymo-Baygon et s’ils me résistent, j’utilise mon plumeau-matraque et si çà ne suffit pas, je lance sur eux mon canard -vapeur puissant , çà ressemble à un karcher et il paraît que çà dégage la racaille alors adieu l’acarien…casse toi de chez moi ! et toi l’araignée, tu ne me fais pas peur ,je suis Spartacus , la terreur de l’ arène , tel un rétiaire, je suis armée de ma tapette et c’est fini pour toi de faire ta Pénélope ! tes toiles vont se prendre dans les mailles de mon grand filet,…on verra qui aura le dernier mot car s’il le faut je deviens Garou pour t’anéantir toi et ta colonie avec ma tête de loup . Ouf, quelle dure journée …après cette grande épopée, il est temps de se reposer,
SM
Je vous parle d’une chorégraphie arachnéenne qui vous met, chaque matin face à la rouille qui grippe insidieusement vos articulations et à la précarité de votre équilibre. Cela débute par deux pieds qu’on lève alternativement, en balançant son poids du côté opposé pour conserver son équilibre, afin de faire glisser deux anneaux de tissu léger mais solidaires que vous faites glisser ensuite en déployant vos jambes tandis que vos coudes s’écartent symétriquement.. Bien campée sur vos deux pieds, dans un enroulé, déroulé fluide, passer les bretelles de votre bustier, puis projeter votre buste vers l’avant tandis que vos bras et vos mains se rejoignent dans le dos pour agrafer l’attache, à l’aveugle . Vous ployer alors vers l’avant , dans un équilibre maîtrisé pour une figure semblable à la première mais plus complexe, puisqu’il s’agit d’enfiler non plus des anneaux mais les tubes des jambes du pantalon dont la toile ajustée rechigne à progresser tandis que le chien tente d’attraper le tissu flottant . Les déhanchements qui accompagnent l’opération doivent rester subtils et serpentins. Sans temps mort, plonger simultanément les deux bras dans les manches du haut, rassembler vos mains et les lever gracieusement au dessus de votre tête pour disparaître dans le tunnel de laine parfumé dont vous émergez finalement décoiffée, épuisée, tandis que vous faites couler le le pullover sur votre torse. Reste alors à vérifier qu’il n’est ni à l’envers, ni devant derrière, ce qui vous contraindrait à des contorsions inverses avant de remettre votre tenue du jour dans l’ordre voulu.
DDor

