Judith PERRIGNON, Là où nous dansions (2021)

Judith Perrignon est une journaliste, écrivaine et essayiste.
Née en 1967, entrée en 1991 au journal Libération comme journaliste politique, elle fera un détour par la page « Portraits » de ce journal, avant de le quitter en avril 2007. Depuis, elle collabore en tant que pigiste aux revues Marianne, M, le magazine du Monde et XXI et elle s’adonne à l’écriture de livres.
Detroit, 2013. Ira, flic d’élite, contemple les ruines du Brewster Douglass Project où s’est déroulée son enfance. Tant d’espoirs et de talents avaient germé entre ces murs qu’on démolit. Tout n’est plus que silence sous un ciel où planent les rapaces. Il y a quelques jours, on y a découvert un corps – un de plus.
Pour trouver les coupables, on peut traverser la rue ou remonter le cours de l’Histoire. Quand a débuté le démantèlement de la ville, l’abandon de ses habitants ?
Judith Perrignon croise ici les voix, les époques (de Roosevelt à nos jours), les regards, l’histoire d’une ville combative, fière et musicale que le racisme et la violence économique ont déconstruite et brisée. La ville subit l’échec du capitalisme et en devient le cadavre. L’auteur souhaite que ses livres expliquent les courants de l’histoire.
« Detroit est une ville où je me perds encore, et que je ne comprends pas toujours. Pourtant, c’est une ville construite par les Français, au bord de la rivière, et qui part en étoile, comme la place de l’étoile à Paris, c’est pour cela que les quartiers s’appelaient les petits Paris. C’est une ville qui, dans sa conception initiale, aurait pu plaire eux Européens, mais elle est devenue le berceau de l’automobile, et les concepteurs des voitures ont voulu tout casser de ce qui relie les quartiers entre eux, ils ont fait ces autoroutes et donc la ville est formée de poches, de quartiers qui ne communiquent pas entre eux, et encore moins après 50 ans de déclin. À Detroit, il faut vraiment parler, et se faire conduire par les gens qui y ont grandi, pour essayer de reconstruire l’histoire, parce que toutes ces maisons effondrées racontent quelque chose. Et dans cette ville, qui était une ville de la vitesse et de l’automobile, à un moment, ça s’est arrêté, et on ne peut plus que chercher à comprendre, puisqu’il n’y a plus cette vitesse qui vous entraîne.
Dans les années 2010, il y a eu beaucoup de photos des ruines de Detroit, qui fascinaient, de façon un peu morbide, sur la fin de notre monde, puisque cette ville c’est le monde moderne, le monde industriel, mais, on ne voyait jamais assez les gens sur les photos, alors qu’il y a des bars où ça chante, des groupes et de nombreuses initiatives, et je voulais qu’on voit les ombres, mais aussi les lumières dans cette ville en plein déclin. »

