Lu en Octobre 2021, thème  » femme de », Gabriële, Claire et Anne Berest

Gabriële (2017), Anne et Claire Berest

Gabriële Buffet-Picabia est une femme remarquable et pourtant son nom échappe à la postérité. Elle a aussi été effacée de la mémoire familiale d’Anne et Claire Berest, ses arrière petites-filles qui mènent ici l’enquête… dans le but avant tout de comprendre et réhabiliter leur mère.

Une créature de cette ampleur ne pouvait pas s’appeler Gabrielle, comme tout le monde. Non, il lui fallait un seul l et un tréma, afin de devenir la très unique « Gabrièle » Buffet-Picabia (1881-1985).

A la fin du XIXème siècle, Gabriële ne rêve pas du prince charmant et de la création d’une famille. C’est une jeune femme jalouse de son indépendance qui suit des études de musique à Paris, puis à Berlin pour devenir compositrice. Avec Varèse, elle travaille à inventer un nouveau langage pour la musique.

En 1908 au moment de repartir pour Berlin, elle rencontre le peintre Picabia et après une nuit de discussion à réinventer le monde de l’art, sa vie est scellée à celle de Picabia. Dans ce début de siècle où l’art est déconstruit et crée de nouvelles formes, elle participe à l’éclosion du peintre, à ses recherches innovantes et à celles de ses amis les cubistes orphiques. Égérie de ces précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, elle est toujours à la pointe des avancées artistiques, mais toujours dans l’ombre. Ce milieu d’artistes est déconcertant, ils semblent très loin de la réalité de la vie quotidienne…Elle y crée des relations fortes avec Marcel Duchamp, éperdument amoureux et avec Guillaume Apollinaire, l’ami fidèle.

La relation avec cet homme bipolaire ; infidèle, toxicomane n’est pas facile mais elle est aussi exaltante et la mène de Paris à la côte d’Azur, à la Suisse ; à New-York (où Picabia fuit la guerre) et Barcelone.

Dans cette vie tourbillonnante, il n’y a pas de place pour les enfants nés contre le désir du couple, tour à tour confiés à la grand-mère ou à des pensionnats ; le poids de cet « abandon » a mené le grand-père des deux écrivaines au suicide. Ici naît le reniement par la famille de cette femme considérée comme scandaleuse. Le livre est tour à tour émouvant, brillant, « caracolant  » ! Nous nous sommes régalés.

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