Jeu 1 Il (elle) me parle de toi (ou de vous):
Un objet, une trace évoque quelqu’un qui en a fait usage et que vous retrouvez
exemple :un vieux fauteuil qui porte l’empreinte de celui ou celle qui y a passé de longues heures
La trace d’un pied nu sur la plage.
À qui appartient cette empreinte ? Qu’a pensé la personne qui est passée par là avant moi ? Je me surprends encore à poser mon pied sur l’empreinte, pour voir si elle est à ma pointure. Souvent, elle est plus petite. Un enfant ! Plus grande, c’est celle d’un homme. Le premier a la vie devant lui et n’a pas connu de drame, peut-être pas encore. Tout est insouciance, jeux et rêveries ! Le deuxième est adulte et vient faire un point sur sa vie. A-t-il une femme, des enfants, un travail intéressant ? A-t-il gardé cette insouciance, l’a-t-il à jamais perdue ? On n’imagine pas tout ce que disent ces empreintes. Si elles sont régulières ou au contraire plus ou moins espacées en fonction des pensées, de ce que voit ou entend la personne à l’instant où ses orteils se posent sur le sable fin. Parfois elles continuent à l’infini ou bien elles s’arrêtent subitement, effacées par l’océan. Et pourtant toutes ces vies continuent.
LD
Lorsque je rends visite à ma cousine, dans sa vieille maison de campagne, je suis toujours attendrie par la pierre du seuil, qui raconte les pieds d’enfants et d’adultes qui l’ont franchie jusqu’à la creuser, sur tant de générations. L’évier en pierre lui aussi garde les traces des activités ménagères qui l’ont usé, teinté, rainuré, lorsque l’eau courante n’était pas encore arrivée et qu’il fallait aller chercher l’eau à la fontaine à 200 m de la maison, jusque dans les années 60.
Là, j’entends le rire tonitruant de mon père, évoquant avec ses cousines leurs souvenirs d’enfance, comme le trajet entre les deux familles qui se faisait pendant la guerre avec une carriole attelée à un cheval dont les sonnailles prévenaient le village de l’arrivée de l’équipage.
C’est le dernier lieu vivant qui me relie encore aux anciens.
Ddou
« Amical : mais il doit tremper dans votre tasse !
Pour boire faites-vous fabriquer un hanap ! »
Je suis une pièce unique fabriquée sur mesure pour mon propriétaire qui ne pouvait pas boire dans une tasse à cause d’une infirmité, une disgrâce physique qui lui attirait bien des quolibets , mais il savait clouer leur bec aux mauvais plaisants et même parfois de façon définitive…C’était un militaire, poète à ses heures maniant fort savamment la rime et capable de vous composer une ballade comme ça au débotté. Malheureux en amour il chercha consolation dans la boisson, aussi dans ces moments difficiles je lui fus d’une grande utilité et une grande complicité naquit entre nous à cette occasion, il se prit d’affection pour moi et une fois au moins il fit allusion à mon existence dans une de ses plus célèbres tirades. Il finit par se persuader qu’il ne pourrait plus se passer de moi et de mes services y compris dans l’au-delà c’est pourquoi il exigea qu’on me mît dans son cercueil à l’heure de son trépas.
F.V.
l me parle de vous « Mon éléphant »
Depuis la mort de mes parents il ne m’a pas quitté, il est posé sur mon buffet et regarde la fenêtre : C’est devenu « mon éléphant » et tous les jours je le regarde et je pense à mes parents : C était un cadeau qu’ils avaient eu pour leur mariage on leur avait dit qu’un éléphant dans une maison cela porte bonheur à condition qu’il ait la trompe en l’air. C’est sûrement vrai car ils ont vécu 63 ans d’amour, de joie et de prospérité. Quand ils sont partis, c’est la seule chose que je voulais car cet éléphant a accompagné toute ma jeunesse et surtout les dix premières années d’enfant unique passées en Algérie: je l’ai toujours vu, jour après jour sur le buffet de leur salle à manger, toujours présent malgré de nombreux déménagements.
Il a donc 1 an de plus que moi et si lui n’a pas pris de rides, il a cependant quelques ébréchures peut-être d’ailleurs représentent- elles les blessures laissées par la perte d’un être cher, ce en quoi il me ressemble. J’ai dû un peu lui ravaler la façade….mais qu’’importe je l’aime tel qu’il est et il trône dans ma propre salle à manger me rappelant à chaque instant mes parents. Vous trouverez peut-être cela idiot mais je lui parle quelquefois. Il a participé à tant de repas de famille, de réveillons de fêtes c’est le témoin infaillible du bonheur que j’ai connu avec mes parents et il poursuit son rôle d’observateur de ma propre vie.
J’espère de tout cœur que lorsque je ne serais plus là, ma fille le prendra avec elle et lui gardera une place de choix chez elle car je suis sûre qu’il lui apportera la sérénité dans sa maison.
S.M.
Le petit couteau de papa…
Son manche s’est cassé et on a dû le réparer en y glissant un manchon de bambou, mais c’est toujours le couteau le plus fin, idéal pour peler pommes et poires et chaque fois que je le prends je revois ma grand-mère qui nettoyait toutes les poires tombées de nos vieux poiriers avec une dextérité de chirurgienne…La lame usée, incurvée mais ultra fine, se glisse sous la peau des fruits comme un scalpel…Une fois ôtées les parties mâchées ou pourries, Alice découpait d’excellents petits cubes de poire, qu’elle mettait au frais après qu’une douce cuisson les ait rosis en exprimant leur jus. On se délectait de son grand saladier de compote rempli de petits morceaux de poires au sirop sans sucre ajouté et idéalement sucrées…Par contre je n’ai jamais vu mon père s’en servir sauf dans la sinistre obligation de saigner un poulet, scène que je fuyais et dont je ne voulais rien savoir, tellement elle me répugnait…
SD
Tu l’avais choisie avec soin ,cette boîte à bijoux hexagonale, en bois d’olivier ,avec ces pierreries incrustées qui rappellent la préciosité de l’Orient ,tu l’avais bien rangée au fond de ton sac de soldat ,dans ce pays à des milliers de kms de chez toi ,ou tu faisais ton service militaire ,et tu avais dit : »C’est pour ma promise ,celle que j’épouserai plus tard! »
BH
Une dalle presque lisse, dense, gris perle, une lumière rasante, et soudain on les voit, des traces de pas , multiples, bien découpées. La vie est là, sous nos yeux ébahis ; on se retournerait pour la surprendre. Une plage se découvre dans la brûlure d’un été qui fait sécher la vase découverte par la marée descendante.Elle grouille d’animaux venus chercher pitance. Un théropode carnassier entre- mêle ses pas à ceux plus lourds d’un sauropode qui tente de le semer. Indifférente, passe une tortue , lentement, laissant traîner sa carapace dans le sable humide . Plus délicates encore se dessinent les traces ténues d’un petit petit ptérosaure, celle des pieds palmés armés de griffes courtes accompagnées des y maladroits des pattes avant . Il avance vers l’eau, gauche, encombré de ses ailes immenses repliées comme la toile d’un parasol. Regardez, il s’envole, toutes voiles déployées, tourne au dessus de nos têtes pour nous saluer, avant de disparaître, loin dans le passé et nous laisser, émus, sur la dalle de calcaire.
DDor
Il me parle de toi
Je venais souvent en touriste à Terrasson.
Puis un jour je me suis dit que c’est là que je poserais mes valises. Avant, quand même, j’ai réfléchi et je me suis dit : « Après tout, qu’est-ce que tu risques de déménager? ».
Enfin, le jour arrive. J’avais retenu un petit appartement. Le propriétaire me le fait visiter, je le prends. Il me remet les clés.
Me voilà calculer comment organiser pour les meubles : la chambre, la salle de séjour, la cuisine.Enfin, je me suis dit : « Coco, tu as eu un coup de cœur, organise-toi »
Tout à coup, mes yeux se portent sur le carrelage. Une feuille de chêne en bois est là. Je la prends dans mes mains, je la tourne d’un côté, de l’autre, vraiment, la personne qui a découpé cette feuille, chapeau ! Je la regarde à nouveau et je lui dis :
« Pour un dessous de plat, le chaud et le froid ne t’ont jamais recroquevillée ! »
C.T.

