Jeu 3 Jardins invisibles
Italo Calvino a écrit une parodie des voyages de Marco Polo, « les villes invisibles », à vous d’inventer un jardin extraordinaire en vous imposant une contrainte pour notre voyage dans les
jardins invisibles du Périgord
Tollé général lors du dernier conseil municipal de Terrasson !
Un tonnerre d’indignation et de colère s’éleva lorsqu’un élu proposa la création d’un nouveau jardin sur les hauteurs de Terrasson en continuité des jardins de l’imaginaire.
Avant même qu’il puisse expliquer la conception de ce nouveau jardin en exposant ses arguments, des conseillers s’insurgèrent sur le fait même d’envisager un nouveau jardin qui pourrait concurrencer celui qui fait la fierté de Terrasson.
Quand il pu enfin s’exprimer, l’initiateur du projet expliqua que ce jardin serait dédié à tous les habitants de la commune auxquels on attribuerait une petite parcelle et chacun y planterait ses idées innovantes pour l’essor de sa ville : Ce jardin serait comme un cahier de doléances ouvert à tous .Et toutes les idées qui germeront dans un temps imparti seraient mises en œuvre immédiatement par la municipalité.
« Magnifique » fut la réponse unanime des élus
Et ils l’appelèrent « le Jardin Invisible ».
SM
Jardin invisible sans verbe :
Mieux que le jardin d’Eden
Ou les jardins suspendus de Babylone
Plus opulents que les Amazonies
Ou les terrasses fertiles d’Anatolie
Exubérante fragrance de la truffière
Alignant ses chênes nains en rangs serrés
Affolant la truffe de la chienne carnassière
Ou le groin fureteur de la truie affairée
Ô jardin des Hespérides
Récompense du voyageur intrépide
Loin des imaginaires vulgaires
Manne économique et touristique
Ô jardin d’avant la chute
Des cours de la Bourse
Où coulent le blé la thune et l’or
Ignorant le péché originel
Ô jardins du Périgord
F.V.
Dans mon jardin extraordinaire poussent :
– Gaillardes, gentianes, genêts, gypsophiles, gentianes, glaïeuls, groseilliers et géraniums
Les saisons dans les jardins invisibles (pas de u)
Ces jardins secrets se cachent des indiscrets derrière de grands portails, des haies vives ; des arbres centenaires s’y étirent dans le ciel.
Des fontaines y chantent, berçant mésanges et hirondelles. Dès le printemps, forsythias et narcisses flattent les narines. Le camélia ravit le regard de ses roses délicats. Les roses et l’albizzia prennent le relais et étirent la belle saison.
Enfin l’érable s’embrase et se dévêt annonçant les frimas. L’hiver les habillent de blanc.
DDou
C’EST UN JARDIN SAUVAGE !
L’églantine se cache dans la haie ,elle crépite de ses petits boutons blancs ,sur les bords de l’eau poussent les iris ,au garde à vous, mais les rois de l’étang ce sont bien les nénuphars qui s’étalent sur la surface moirée ,avec leurs pétales couleur ivoire .Et puis ,au pied de l’arbre ,les myosotis et les violettes rivalisent de picotements mauves ,en avance sur la saison ,avec les colchiques et les bleuets qui taquinent la pâture
C’EST UN JARDIN DOMESTIQUE!
L’anémone ,le dahlia ,les pétunias et les soucis bordent le massif :un arc en ciel de couleurs chaudes .Juste dernière ,les glaïeuls et les lys si fiers de leur grâce ,de leur noblesse qu’ils en repoussent à l’arrière les tulipes pourtant heureuses d’annoncer le printemps ,à côté des jacinthes au parfum chavirant. A l’ombre, les grappes d’hortensias bleues ou roses ,c’est selon ,surplombées par le lilas protecteur .Et aussi ,tout seul et courbant sous le poids de roses lourdes ,le rosier grimpant qui les retient le plus longtemps possible avant qu’un lit de pétales ne sonne leur glas.
B.H.
Ce n’est pas Marco Polo, mais elle a parcouru tous les océans du monde, et vit aujourd’hui à Saint Martin dans les Antilles …Estelle, prof de Lettres qui passe son temps libre à nager, faire du bateau et voyager, et m’envoie des photos de sa plage où se prélassent quelques iguanes, me demande d’échanger avec elle sur les jardins…Elle me décrit les fleurs des tropiques et je me demande quel jardin du périgord lui faire découvrir…Heureusement revient à ma mémoire un jardin entre Salignac Eyvigues et Souillac pensé et réalisé par un couple d’anglais amoureux des pivoines…J’y suis allée à la fin d’un mois de mai où quelques unes de ces merveilles étaient au sommet de leur floraison…De la route, on ne voit rien qu’un bois de causse qui ne semble pas propice à abriter plusieurs centaines de specimens de pivoines…Il faut s’engager dans le bois et tout à coup s’ouvre une clairière longeant un ruisseau et là une tonnelle où pendent des pots de plants aux feuilles et fleurs de toutes formes, constitue l’entrée du jardin… Ce qui vient ensuite, bonheur, c’est le sentier qui serpente entre haies et massifs, sans que l’on puisse deviner la suite d’un parcours à étages qui réserve ici une fontaine en pierre, un Neptune soufflant l’eau dans sa vasque, là contre le mur d’une batisse en briques, une plantation de clématites et un coin de lecture, thé ou méditation agencé pour qu’on s’y sente protégé, les éclats de l’eau courant de la fontaine vers les autres plans du jardin l’enveloppant de joie et de paix. Invitation au voyage, Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté… (jusque là sans adjectif sauf formes verbales employées comme adjectifs!)
Ordre à l’anglaise, sans que cela ne se sente, mais tout ici est pensé à la fois quant au rapport des floraisons qui permet d’avoir des pivoines en fleurs durant trois mois, entre les arbustives, les herbacées et les hybrides, et quant à l’harmonie des couleurs et textures, entre les variétés simples et anciennes et celles plus charnues aux fleurs doubles, plus volumineuses et profondes en couleurs. Des pétales les plus pâles et arrondis, presques translucides, aux pétales les plus pointus et les plus vifs, la palette est riche de tous les tons de blanc, de mille tons de jaune et de rose jusqu’au rouge carmin, de tons de parme à pourpre…Et l’on navigue entre les massifs porté par une très douce unité et légèreté de parfums qui ne connaissent de franches variations qu’en plongeant vraiment son nez dans les fleurs…Au-delà de leur passion des pivoines les fondateurs de ce lieu, amoureux de beauté et de calme volupté ont entamé la création d’une roseraie et se sont essayés à quelques dessins de buis taillés sans toutefois prétendre aux grands motifs des jardins à la française, juste pour rythmer la descente vers la fin du parcours…Et l’on savoure alors entre les clés de fa dessinées par ces petits buis, le parfum plus soutenu des essences choisies pour la réverbération du soleil dans les rocailles, myrtes et grenadiers, romarins et lavandes disséminés en touffes plus méditerranéennes, confirmées par le graphisme des grandes feuilles pointues des agaves…On y passerait des heures!!! Et de fait le temps y est suspendu et l’envie est pressante de remonter, de choisir d’autres passages plus secrets pour revenir par d’autres biais aux plans antérieurs de cet endroit de rêve…
S.D.
Un jardin sans « o » et sans eau
A l’écart d’un village typique, sur un terrain plat battu par les vents, c’est un jardin minéral : un jeu de dalles calcaires bistres, de cuvettes de sable blanc, de cercles , d’alignements , d’empilements de pierres dressées plus brunes.Elles révèlent le vert luisant des yuccas acérés, des cactées qui émergent par place : fiers cactus cierges qui attendent leur aigle, raquettes hérissées qui défendent leurs figues par un tissu serré d’aiguilles invisibles, cactus-sièges qui invitent insidieusement à s’installer afin d’apprécier l’étrangeté du lieu qui tranche avec la mer mystérieuse de charmes et de chênes qui s’étend à ses pieds dans la vallée. C’est une nature crue, tempérée par le surgissement éphémère de fleurs généreuses du blanc le plus pur à l’incarnat et par la vie qui bruisse en secret.
DDor

