Chapitre 7
Jeantou
Sur le bateau, on m’appelle Jeantou. C’est pas flatteur, mais il faut rien dire. Comme ça on me laisse tranquille la plupart du temps.
Bien sûr dès le premier jour du confinement on m’a collé au poste de garde de la troisième coursive. A la relève, les gars sont toujours en retard. Certains passent leur tour… Tout est Normal, les gradés ne disent rien… et à vrai dire, ça m’est égal, et même je ne demande que ça, être loin de leurs quolibets et des jeux stupides auxquels ils passent le temps depuis qu’ils n’ont plus rien à faire.
Ici, je suis tranquille, je joue sur mon portable. La plupart du temps je fais semblant, c’est pour me donner contenance : j’observe. C’est fou ce qui se passe dans cette immobilité et ce silence.
La vie des cabines filtre sous les portes : les moments de tendresse, d’ennui, les éclats de voix : dans neuf mois, il y aura autant de nouveaux landaus que de couple séparés, d’amis fâchés.
Depuis le cinquième jour, je peux mettre une tête sur leur voix : ça m’amuse. Parfois ça cadre, parfois, pas du tout. Oui, à partir de ce jour-là, comme la tension pouvait devenir incontrôlable, on a permis aux passagers qui n’avaient pas de symptômes, une promenade sur les ponts, à tour de rôle, par groupes de cent. J’aime, au départ ou à l’arrivée capter les regards échangés, les sourires esquissés, les rapprochements. Je fais semblant de ne pas surprendre les sorties furtives pour un billet glissé sous une porte, les rencontres éphémères.
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