Ecrit en septembre 2020: si on me demandait 5

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres posthumes du professeur Froeppel » (1978, Gallimard)

5 Comment faites-vous pour surprendre les personnages indésirables qui se glissent dans vos pensées ? Énumérez divers procédés »


SD

Une vraie lutte, des télescopages incessants jaillissent dans mes pensées ! Je réfléchis à ce qui me parle tant dans le dernier livre de Muriel Barbery, « Une Rose seule », et puis les poules , « tu as fermé les poules ? », et les clefs pour rentrer chez ma mère, où sont-elles ? Et la dame des impôts, elle m’a dit quoi ? Un truc compliqué à faire seul sur internet pour mettre à jour je sais plus quoi….

Le problème c’est que je n’ai toujours pas trouvé de méthode, il faudrait bâtir dans mon cerveau des murets pour canaliser les connexions, mais ça aurait un sacré effet secondaire : trop de rigidité ! Alors il me faut tenter autre chose, et me voilà à l’affût comme si je venais observer un vol de grues ou la danse des libellules, je vais observer mes pensées, les voir se détacher du bruit qui vient les perturber, et les dévier de leur chemin…Les poules, les clefs, la dame des impôts….CASSEROLES ! Il me faut prendre le temps, il me faut de l’air, une respiration souple et fluide pour ne plus permette d’intrusion dans mon pauvre cerveau passoire, garder une continuité vitale à mes pensées, comme quand on s’ennuie, là un vide les protège, elles se suivent enfin…Oui réinventer l’ennui et son silence, peut-être serait-ce plus utile que de lutter, toutes ces intrusions sont des fissures ou des bulles explosées là où ça bouillonne bien trop ! Baisser la température de mon cerveau, respirer !!! Continuer la lecture de « Ecrit en septembre 2020: si on me demandait 5 »

Ecrit en septembre 2020: si on me demandait…je répondrais 4

Si on me demandait… je répondrais

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres

4 Où la Seine se jetterait-elle si elle prenant sa source dans les Pyrénées ?


SR

Elle irait vite vite se jeter du côté espagnol, elle grossirait l’Ebre et finirait en Méditerranée.

FV

Si la Seine prenait sa source dans les Pyrénées ? Ben c’est pas compliqué : elle serait tellement désespérée qu’elle se saoulerait avec une bonbonne de liqueur jaune et ensuite elle se jetterait dans le premier fleuve venu : la Garonne ou bien le Rhône. Auquel cas elle prétendrait s’appeler la Saône et en profiterait pour vider au passage les caves de ce délicieux vin jaune du Jura avant de s’attaquer à la route des vins de Bourgogne et continuer par les côtes du Rhône pas seulement les côtes d’ailleurs ouais elle s’installerait carrément dans le lit du Rhône la coquine jusqu’à la côte où elle finirait vomissant tripes et boyaux dans la Méditerranée qu’est déjà bien trop dégueulasse… quand on sait tout ça on comprend mieux pourquoi les géographes disent qu’elle prend sa source au mont Gerber des Jaunes. Hic !.. Patron ! Y a Paulot qu’arrête pas de me poser des questions idiotes ce matin ça donne soif ! Remettez-nous ça ! Ben oui la même chose : deux beaujolpifs, Paulot prétend que le Beaujolais a un petit goût de piment d’Espelette cette année, il faut qu’on tire ça au clair…

Ecrit en septembre 2020: si on me demandait…je répondrais3

Jeu 1 Si on me demandait… je répondrais

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres posthumes du professeur Froeppel » (1978, Gallimard)

3 Prenez un mot usuel. Posez le sur une table, bien en évidence et décrivez- le : de face, de dos et de profil.

soit vous posez un autre problème existentiel sur ce modèle et lui apportez une réponse


FV

Sur la table, le mot chien ne mord pas, de même, posé sur la table, on me murmure que le mot mur mure rien et que de plus il rapporte quasiment rien au scrabble

SR

Soleil

– De face, il m’éblouit.
– De dos, il me crame la peau.
– De profil, il me fait de l’ombre Continuer la lecture de « Ecrit en septembre 2020: si on me demandait…je répondrais3 »

Ecrit en septembre 2020 Si on me demandait…je répondrais 2

Jeu 1 Si on me demandait… je répondrais

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres posthumes du professeur Froeppel » (1978, Gallimard)

2 Prolongez une ligne droite à l’infinie : qu’est-ce que vous trouverez au bout ?


LD

Que trouverais-je si je prolongeais une ligne droite à l’infini ?

Cette question m’a pris, un jour que je regardais attentivement mon globe terrestre, faisant office de lampe. Comme il n’était pas assez précis, j’ai décidé d’investir dans un planisphère. Mon point de départ serait Terrasson. Plus précisément la Départementale 6089, depuis le parking de la Place de la Libération. J’irai en direction de l’Ouest, toujours. J’ai ensuite pensé que j’aurai besoin des cartes IGN de tous les endroits où je passerai. Celles du Monde entier. Car il est absolument certain que je rencontrerai des obstacles : immeubles, étendues d’eau, terrains privés, autoroutes et j’en passe. À 13€ la carte IGN, j’ai pensé qu’il était préférable d’économiser, le plus tôt possible. Comment j’irai, me demanderez-vous ? À pied, à vélo ou en voiture, tous les moyens sont bons, du moment que je ne m’éloigne pas trop de cette ligne droite à l’infini. J’expliquerai mon projet aux personnes que je croiserai sur mon chemin, et elles auront la gentillesse de me prêter ces moyens de locomotion lorsque j’en aurai besoin. Jusque-là, aucune difficulté. Cela va se corser lorsque j’arriverai en Gironde, dans la ville de Blaye, d’après mon tracé. Il va me falloir d’abord franchir l’estuaire de la Gironde avant d’atteindre la ville de Saint-Laurent-Médoc, puis traverser encore de l’eau : le Lac d’Hourtin. Arrivé au bord de l’Atlantique, ma ligne imaginaire doit me mener en Nouvelle-Écosse. Moi qui étais persuadé d’atterrir aux États-Unis ! Je réalise que Terrasson est sur la même ligne que le Canada, quelle aventure ! Mais il y a un couac : les grands bateaux reliant l’Europe à l’Amérique n’ont pas des tracés qui me permettent de respecter les consignes de mon défi… J’ai pensé louer un canoë, ou un pédalo ? Mais je risque de me fatiguer, un bateau à moteur me semble plus judicieux ; je ferai des réserves de carburant. Je m’arrête là pour la réflexion sur mon parcours : je vous raconterai la suite lorsque je serai en Nouvelle-Écosse !

SR

Rien, juste ma tête qui tourne et mon poignet qui attrape une tendinite à tracer cette ligne. Continuer la lecture de « Ecrit en septembre 2020 Si on me demandait…je répondrais 2 »

Ecrit en septembre 2020 Si on me demandait..je répondrais 1

Jeu 1 Si on me demandait… je répondrais

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres posthumes du professeur Froeppel » (1978, Gallimard)

1 Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ?


JZ:

Voilà une question bien banale, sans grand intérêt car derrière un mur il ne se passe rien, ou pas grand-chose .Pourtant, à la réflexion au cours des millénaires les hommes ont élevé d’innombrables murs et les innombrables riens ont formé un tout, une sorte de puzzle dont les facettes permettent de suivre l’évolution de notre humanité.

Lorsque  » homo sapiens  » a remplacé la chasse et la cueillette par l’élevage et l’agriculture il s’est sédentarisé .Pour protéger les membres de son clan des bêtes sauvages extérieures il s’est enfermé avec son bétail dans des enclos, c’est-à-dire qu’il a élevé des palissades puis des murs.

Peu à peu ces murs ont séparé les clans, les villages et les villes, puis les régions, des territoires.et enfin des nations. De chaque côté de ces murs les hommes se sont posé la même question : que se passe-t-il de l’autre côté ?

C’est à coup de trompettes que selon Josué les prêtres avaient résolu ce problème à Jéricho. Mais en général les murs étaient défensifs et plus résistants. Celui d’Hadrien interdisait l’accès des Bri gantes (anglais actuels) sur le territoire romain de l’époque qui s’étendait jusqu’au nord de l’Angleterre. La grande muraille interdisait l’avancée des barbares (mongols) en Chine, partout dans le monde des châteaux forts s’élevaient sur des pics rocheux, et partout des hommes cherchaient des moyens pour savoir ce qui se passait à l’intérieur de l’autre côté des murs et vice versa ceux qui de l’intérieur cherchaient à s’échapper et voulaient savoir ce qui se passait à l’extérieur de leurs murs.

Ces recherches sont toujours d’actualité. Nous avons connu le mur de l’Atlantique, le mur de Berlin, le mur d’Israël et tout récemment le mur de Trump entre les Etats – Unis et le Mexique et de chaque côté de ces murs chacun surveillait l’autre en se posant toujours la même question.

Un jour ou l’autre tous ces murs sont tombés ou tomberont, seuls deux résistent encore aux recherches des hommes : le mur du le bing bang (ce qui s’est passé avant le point zéro de l’espace-temps) et le mur de Planck (ce qui se passe en deçà de l’infiniment petit dans l’espace-temps quantique) Deux murs qu’il est aujourd’hui impossible de traverser afin de connaitre ce qui se passe de l’autre côté.

FV

 Derrière le mur, on croit toujours que de l’autre coté ce sera mieux, que l’herbe y est plus verte : on sera libre, en démocratie, on boira du Coca Cola, ou bien on échappera à la vie misérable sans espoir dans laquelle ceux qui ont construit le mur veulent nous maintenir. Alors on tente de faire le mur ou on attend la chute du mur ou bien on affrète à prix d’or une coquille de noix sur laquelle on s’embarque pour traverser le mur méditerranée par exemple. Derrière le mur, cette balafre sur le visage autrefois avenant d’une planète de moins en moins bleue, beaucoup s’indignent,s’inquiètent, alertent, disant qu’on est au pied du mur cette fois, quand d’autres, toutes trompes hurlantes, accélèrent et foncent droit dans le mur !

SR

Rien, une immense plage de sable blanc s’étire jusqu’à l’horizon, battue par les roulis des vagues océanes

Feuilleton 2020-21: Un secret de famille : préambule

Un secret de famille

Préambule

Je suis allée chez mes parents un dimanche, il y a un peu plus d’un mois. En triant des papiers, avec maman, nous sommes tombés sur une vieille photo sur laquelle je ne dois pas avoir tout à fait un an.

Une photo de la famille rassemblée, c’est exceptionnel : c’était à l’occasion des 60 ans du Grand père Marcellin qui, pour l’occasion avait revêtu son vieil uniforme qu’il tient ordinairement dans la grande armoire sous une housse de nylon transparent pour le protéger de la poussière et des mites C’était il y a donc trente quatre ans. Continuer la lecture de « Feuilleton 2020-21: Un secret de famille : préambule »

Atelier d’écriture 16 octobre 2020 amorce du feuilleton

Secret de famille

Préambule

Je suis allée chez mes parents un dimanche, il y a un peu plus d’un mois. En triant des papiers, avec maman, nous sommes tombés sur une vieille photo sur laquelle je ne dois pas avoir tout à fait un an.

Une photo de la famille rassemblée, c’est exceptionnel : c’était à l’occasion des 60 ans du Grand père Marcellin qui, pour l’occasion avait revêtu son vieil uniforme qu’il tient ordinairement dans la grande armoire sous une housse de nylon transparent pour le protéger de la poussière et des mites C’était il y a donc trente quatre ans.

Mes parents, Joseph et Yvonne l’encadrent.Je suis dans les bras de maman, je n’ai pas tout à fait un an. Maman porte un tablier. L’évènement a dû être célébré à la maison et la photo a été prise devant le bois du Père Martin. Mon père dans son costume et sa cravate des grands jours a son air sévère. A gauche de maman, Tante Adèle qui vient d’épouser l’oncle Albert. C’est la fille unique du garagiste chez lequel il a fait son apprentissage. Maintenant, ils tiennent le garage du village et leur fils a juste deux ans de moins que moi. Quant au dernier de la ligne, l’oncle Paul, il a 17 ou 18 ans sur la photo. C’est lui qui a repris la ferme familiale et non mon père qui a passé le concours des Postes juste après le certificat et fait son chemin dans l’Administration comme il aime l’affirmer. Continuer la lecture de « Atelier d’écriture 16 octobre 2020 amorce du feuilleton »

Atelier d’écriture 16 Octobre 2020 exercices courants

ATELIER D’ECRITURE – ALT

Vendredi 16 Octobre2020 

Centre Culturel Terrasson 20 h. 15

Nouveau feuilleton : secret de famille

En séance on a pris connaissance des personnes présentes sur une photo de famille. On ne sait rien de l’une d’entre elles… Les autres si.

Chacun d’entre vous est un des personnages et donne ou pas sa version de l’histoire

en octobre : Hélène L. sera Tante Adèle

LES ABSENTS A LA SEANCE FERONT LEUR CHOIX POUR OCTOBRE

Jeu 1 Bouts rimés

En séance on a proposé des mots et on leur a trouvé une rime.

A chacun de construire son poème : Procrastination / inaction ; Balançoire / passoire;promenade /tambourinade ; maison/raison ; parade / charade ; edelweiss /gneiss; mal / animal

jeu 2 :Gonflage de texte

Il s’agit l’augmenter par 4 ou 5 un texte en introduisant progressivement de nouvelles parties au texte, en respectant l’ordre des mots. Le premier et le dernier mots sont ceux du texte de départ. Une nouvelle ponctuation peut être introduite. Le sens de l’histoire peut être entièrement modifié

3 phrases au choix tirées de « la condition pavillonnaire » de Sophie Divry

–  «  François fut si bouleversé par cette rencontre qu’il se coucha en laissant la vaisselle déborder de l’évier, contrairement à ses habitudes de garçon propre. »

–  «  Dans les rues les plus calmes, les vieux avaient sorti les chaises et discutaient tranquilles. »

– « Il y eut ce repas pour lequel tu t’étais donné tant de mal et avais refusé la charitable ingérence de ta mère »

exemple : Longtemps je me suis couché de bonne heure (Proust)

Longtemps je suis restée derrière la vitre. Je je me suis laissée envoûter par la tempête qui a tordu les arbres, cassé les branches, couché les blés, arraché les tuiles de la grange. Cela a duré une bonne heure.

Atelier d’écriture Juin 2020 jeu 2 : ainsi soit-il/elle

Jeu 2 : ainsi soit il(elle)

Il arrive qu’on traite une personne d’un nom d’animal : rat, loup, cafard, chien, vipère, mouton… (vous pouvez en trouver d’autres)

C’est en général pour souligner un défaut. Imaginez que cette personne se réveille un jour dans la peau de cet animal. Décrivez alors son comportement venant corroborer (ou pas) le qualificatif reçu.


Longtemps j’en ai voulu à mon père pour les prénoms qu’il m’avait donné. J’aurai aimé me prénommer Gotama (l’homme du choix), Vidya (celui qui possède la force), Bishen ‘(l’homme qui bondit) que sais-je encore mais mon père avait choisi je ne sais pas pourquoi un prénom français « Léon » et le prénom d’un animal sacré Tohr (le paon).

Survivre à l’école avec de tels prénoms était un supplice de chaque jour. Dans la cour les uns après les autres des élèves passaient à côté de moi en braillant Léon, Léon…ou encore ils faisaient la roue en virevoltant sur les mains.

Un soir de dépression profonde je me couchais en décidant de ne plus me réveiller.

Je ne saurais jamais quel Dieu comprit ma détresse mais si le corps finit dans les flammes d’un bucher, le karma est immortel et chacun renait dans l’humanité sous une forme ou une autre : homo sapiens, animal ou même insecte ou plante.

Je me réveillais debout sur le toit de l’école mais j’étais réincarné en un magnifique paon au plumage étincelant.

En Inde le paon est un animal sacré car il est le seul à oser attaquer le cobra et à le vaincre. Le profond respect, mêlé de crainte, qu’inspire le paon expliquait pourquoi les élèves présents dans la cour ce jour-là s’étaient agenouillés, les mains jointes sur la poitrine et la tête baissée.

Alors, de ma voix la plus forte, écartant mes plumes comme on écarte un éventail pour qu’elles fassent une roue multicolore ornée de cent yeux perçants comme des flèches, je paonnais un « Léon » à faire trembler les vitres de tout le quartier et clouer au sol ceux qui avaient, quand je n’étais qu’un enfant ,ridiculisés le magnifique animal sacré pour les indiens et pour les grecs.

JZ

En cette période de violences j’ai préféré parler d’un qualificatif plus gentil envers une personne…Toute petite un de mes oncles m’appelait toujours la grenouille d’une part parce que je ne m’arrêter pas de bouger et de sauter partout, de patauger dans la mer mais aussi de parler tout le temps et de saouler tout le monde: «- arrête de jacasser »me disait-il… lamentable erreur !!!! Le terme « coasser » aurait été plus approprié. Plus tard, c’est lui qu’on a surnommé tonton grenouille et quand il est mort j’ai eu beaucoup de peine et j’ai très mal dormi. Je me suis réveillée le matin dans la peau d’une grenouille fatiguée et toute ridée juste capable de sauter de son lit pour aller se plonger dans une baignoire pleine d’eau … pas de nénuphars , quel drame ! vite au frigo , flute des épinards !et vas y que je saute partout, je descends les marches pour aller à la mer , mais où est elle ? Déçue, je vais voir les copines dans l’étang voisin qui m’invitent à participer à un spécial show de l’été : enfin un vrai récital pour me sortir de ma torpeur et je me mis à parler, coasser, jacasser, chanter, parler, coasser , jacasser , chanter parler, coasser , jacasser , chanter….çà vous saoule non ?

SM Continuer la lecture de « Atelier d’écriture Juin 2020 jeu 2 : ainsi soit-il/elle »

Atelier d’écriture de Juin 2020: jeu 1 fulgurance du souvenir

jeux 1 : la fulgurance du souvenir :

Une odeur, un son, une sensation réveille un souvenir…

La truite fraîchement pêchée…

Lorsqu’un pêcheur me rapporte une truite, la sort de son panier et la passe sous l’eau en la vidant, je me retrouve instantanément aux Laupies, en pleine Cévennes, dans la maison de mes grands parents, où un petit évier de pierre accueillait la pêche d’Elisée, mon cher « bon papa », fervent pêcheur qui traquait les « grosses mémères », comme il les appelait, dans les eaux claires de la Dourbie. Comment exprimer ce parfum de fougères coupées au fond du sac, mêlé à celui de ces belles truites fario, lisses et ornées de petits pois noirs et rouges, enveloppées d’un gel fin ? Entre effluves de fougère, d’amande, d’herbe et de bois, ruissellement de l’eau claire, dans l’évier, je sens une indescriptible odeur qui fait surgir les plus anciens souvenirs de ma petite enfance, gravés dans un coin profond de ma mémoire… C’est comme une grotte dans l’espace-temps de ma petite existence où demeurent éternellement vivantes de pures sensations auréolées de confiance, en un temps où le monde rayonnait de tranquillité sage, tant était souveraine la garantie qu’y apportaient les gestes et le savoir-faire bien rodé de mes grands parents… Bientôt mamie prenait sa poêle, et bon papa savait qu’elle les ferait cuire parfaitement « au bleu » et  l’on mangerait les filets bien détachés et fondants de ses belles « mémères », sublimées par le goût du beurre encore finement crémeux…

SD

J’ai acheté une nouvelle lessive aux huiles essentielles de jasmin et lorsque j’ai étendu mon linge je me suis sentie emportée 60 ans en arrière quand je m’amusais à passer entre les draps humides que venait d’étendre ma mère, cela me permettait de me rafraichir et braver ainsi le sirocco qui me brulait la peau. .. Quel délicieux parfum de mon enfance !

J’ai gardé un instant les yeux fermés pour capter et ressentir intensément cette fragrance omniprésente en Algérie : « oui, je me souviens … dès le matin quand j’ouvrais ma fenêtre, j‘étais littéralement envahie par le parfum envoutant du jasmin ! Alors même que cette mémoire olfactive déclenche en moi une indicible émotion réveillant les souvenirs de cette enfance insouciante j’ai la tristesse de constater que je ne supporte plus cette odeur, elle me provoque une crise d’asthme sans précédent. Mais pourquoi ? pourquoi cette allergie soudaine ? Pourquoi après m’être plongée dans mon passé, je sens les souvenirs qui s’éloignent de plus en plus ? Je dois me rendre à l’évidence, mon corps refuse de se prêter à cette mascarade et je lui en veux terriblement car je voudrais me souvenir de ces si beaux moments que mes parents disparus ne sont plus là pour me les rappeler.

SM Continuer la lecture de « Atelier d’écriture de Juin 2020: jeu 1 fulgurance du souvenir »