Ecrit en septembre 26 , jeu 3 : Des lieux qui  « parlent »

Des lieux qui  « parlent »

C’est un lieu très particulier (imaginaire) qui serait le théâtre d’aventures héroïques ou légendaires (imaginaires aussi) et le lieu s’y prête.Décrivez-le sous tous ses aspects, nommez le (en expliquant les toponymes) avant d’évoquer le héros qui s’y attache intimement et d’esquisser ses aventures

(inspiré du Nouveau Magasin d’écriture de Hubert Haddad)

C’était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
Qui sentait bon le bassin parisien
C’était un petit jardin
Avec une table et une chaise de jardin
Avec deux arbres, un pommier et un sapin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin

Mais un jour près du jardin
Passa un homme qui au revers de son veston
Portait une fleur de béton
Dans le jardin une voix chanta

De grâce, de grâce, monsieur le promoteur,
De grâce, de grâce, préservez cette grâce
De grâce, de grâce, monsieur le promoteur

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C’était un petit jardin à la Chaussée d’Antin. D’abord marécage, la rue fut rehaussée au début du XVIII et devint la Chaussée d’Antin. Il en vit passer de beaux damoiseaux et de gentes dames car il se situait à proximité de l’hôtel d’Antin où menait grand train le petit – fils de Madame de Montespan, Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin. La Chaussée d’Antin avait des prétentions à l’aristocratie et citait les deux ambassadeurs de Naples et de Belgique qui avaient élu domicile dans ses hôtels.

C’est ainsi qu’en 1825 le musicien Jakob Liebmann Meyer Beer s’installa dans la maison jouxtant le petit jardin qui était proche de l’Opéra ce qui était pratique pour les répétitions et pour rencontrer ses amis musiciens comme Scribe, Berlioz ou Rossini. Sa première œuvre commune avec Scribe, Robert le Diable, fut créée à l’Opéra le 21 novembre 1831 où il est l’« un des plus grands triomphes de tous les temps ». Meyerbeer devint membre étranger de l’Académie des beaux-arts de Paris et est élevé à la dignité de Chevalier de la Légion d’honneur le 19 janvier 1832. Le 17 avril 1836, la recette atteignit, pour la première fois de l’histoire de l’Opéra de Paris, le montant record de 11 300 francs.

Il fonda une famille. Il alla de succès en succès jusqu’en 1841 et voyagea beaucoup jusqu’à Londres et en Italie. Pendant de nombreuses années, le jardinier veilla sur les fleurs puis le compositeur se désintéressa peu à peu de son petit jardin. Il ne fut plus aussi bien entretenu. La table et les chaises rouillèrent. Un promoteur qui passait par là en profita. Le jardinier eut beau le supplier :

De grâce, de grâce, monsieur le promoteur,
De grâce, de grâce, préservez cette grâce

Il ne fut pas entendu. L’appât du gain était trop fort. Une nouvelle construction détruisit le petit jardin.

Aujourd’hui, le nom de Mayerbeer n’est plus associé qu’à un immense parking nommé Q park Mayerbeer Opéra. Il est bien loin le petit jardin. En souvenir du musicien qui vécut à proximité ?


D.Dou

La Nine

J’avais posé ma mélancolie blasée dans un des rares petits hôtels qui subsistent dans la haute Lande.Je passais mes journées à la terrasse du café à observer le manège des habitués. A peine si j’échangeais quelques mots. Je ne sentais aucune hostilité. On ne posait pas de question et ça m’allait… jusqu’à ce samedi où la patronne vint se planter devant moi, péremptoire :

« Toi, mon pitchoun, ça va pas. Demain je t’amène à la fontaine des esbarrits. Lever à six heures. Mon mari nous laissera à la palombière qu’il prépare pour la saison »

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Ecrit en septembre 26 jeu 2 :La psychologie des objets

La psychologie des objets

Développez une histoire à partir d’une des propositions suivantes :

  • un piano qui n’aimait pas les chats
  • un nuage qui n’aimait pas la pluie
  • la statue qui avait mal aux pieds
  • un grain de sable perdu dans le désert
  • un caillou qui se prenait pour Dieu

(inspiré du nouveau magasin d’écriture d’Hubert Haddad)

un piano qui n’aimait pas les chats

Un piano qui n’aimait pas les chats.

Ah ! ce maudit chat. Il griffe ma belle laque noire. Regardez dans quel état je suis.

Il saute sur mes touches sur lesquelles il fait des glissades. Comment voulez-vous que nous soyons copains ? C’est pourtant ce que souhaiterait notre amie commune, Louise qui nous aime tous deux et passe beaucoup de temps avec chacun de nous. Elle aussi est fâchée des frasques de Minet mais elle lui pardonne toujours. Il sait lui faire ses yeux de merlan frits auxquels elle ne peut résister.

Alors elle le cajole et essaie de lui expliquer qu’il ne doit pas me martyriser car c’est grâce à moi qu’elle peut donner ses cours de chant et de piano qui permettent de nourrir le greffier gastronome.

Pour se faire pardonner, la musicienne demande régulièrement à un accordeur de pianos de me dorloter et un ébéniste essaie d’effacer les coups de griffe. S’il était un peu plus doux avec moi, et faisait patte de velours, je pourrais presque l’aimer ce minet turbulent.

D.Dou

Un grain de sable perdu dans le désert.

Sandy faisait partie d’une grande famille avec des millions d’autres sandy tous pareils à lui et perdus dans une mer de dunes dorées chauffées par le soleil. Mais un matin, Sandy se réveilla avec une drôle de sensation : il volait !

Une tempête de vent s’était levée pendant la nuit et l’avait soulevé dans les airs l’arrachant à ses semblables. Il continua ainsi sa course virevoltante jusqu’à ce que la tempête finisse par s’épuiser, le laissant planer doucement et enfin redescendre vers le sol.

Dans sa descente Sandy aperçut une caravane berbère qui cheminait sur la dune. Un dernier souffle de zéphyr acheva enfin sa course et le posa délicatement… dans l’œil d’un chameau qui n’avait rien demandé.

L’œil roula dans tous les sens essayant d’évacuer l’intrus mais ce fut peine perdue. S’ensuit alors un torrent de larmes chaudes et salées. Et oui, Camel, le chameau, pleurait !

Sandy se sentit une fois de plus bousculé, il essayait de résister mais il fut englouti par la baïne lacrymale qui finalement le rejeta violemment au sol où il atterrit au milieu d’une foule de grains de sable inconnus. Camel, enfin libéré de l’importun, se sentit tellement soulagé qu’il en urina de joie arrosant copieusement Sandy et ses nouveaux congénères.

Mais Sandy était philosophe, cet arrosage impromptu lui ouvrit de nouveaux horizons. Il se mit à espérer d’énormes tempêtes de sable, chaque jour, afin de se retrouver emprisonné dans un amas compact et solide que le vent continuera de façonner à sa guise jusqu’à atteindre la forme esthétique parfaite.

Oui, quel grain de sable n’a pas rêvé de devenir un spécimen de collection, recherché par les amateurs du monde entier. Être le symbole de la patience, la résilience et la beauté née de l’adversité*. Passer de simple grain de sable anonyme parmi des milliers à une admirable rose des sables.

NDLA :

*Etre le symbole de la patience, la résilience et la beauté née de l’adversité.

Merci Google. Symbolique de la rose des sables.

B.D.

Litanies d’un nuage (qui n’aimait pas la pluie)

Je voudrais pas crever

sans avoir vu mon ombre

imprimer sur la terre

des formes éphémères

sur des paysages immuables

je voudrais pas crever

sans avoir essayé

toutes les contorsions

toutes les boursouflures

tous les effilochages

je voudrais pas crever

sans m’être converti

en masque mystérieux

ou en coussin moelleux

opaque et si léger

Je voudrais pas crever

sans que sur les visages

des sourires fleurissent

aux ours, aux monstres, aux femmes

qu’ils devinent en mes formes

Je voudrais pas crever

alors que le soleil

n’a pas épuisé couleurs

ombres et chatoiements

dans mon blanc lumineux

plein de replis obscurs

je voudrais pas crever

car la pluie attendue

par la nature avide

absorbant ma substance

signifiera ma mort

D.Dor

La statue qui avait mal au pied

Je suis la Vénus callipyge du musée archéologique de Naples. Depuis plus de deux mille ans, je contemple le reflet dans l’eau de mes belles fesses découvertes par mon péplum relevé. Je n’ai pas honte. J’ai les plus belles fesses, non ? Pour les admirer, j’ai du imprimer à mon buste une torsion fort inconfortable au moment de la pose prolongée imposée par le sculpteur. Ce n’est qu’un souvenir, car la rigidité du marbre a endormi ma douleur . Par contre j’ai mal aux pieds, c’est devenu insupportable. Imaginez, deux mille ans sans bouger, appuyée sur le seul pied gauche et 200 kg de pierres qui lui pèsent dessus. Forcément, ma voûte plantaire s’est affaissée, mon tendon d’Achille est au bord de la rupture . Quant à l’autre pied , celui qui repose délicatement sur sa pointe, il n’est pas en reste… j’ai des crampes récurrentes et le minuscule caillou coincé sous mon gros orteil occasionne des souffrances intolérables (vous connaissez le conte de la princesse au petit pois et savez sans nul doute que la sensibilité du pied d’une déesse est beaucoup grande que celle d’une princesse). Nul ne connaît mon supplice, ni ne cherche à le connaître. Je rêve du visiteur maladroit qui bousculerait ma statue. Elle s’écraserait sur le sol en éclats élégants. Il ne resterait sur le socle que mes pieds légers où je pourrais délicatement me loger

D.Dor