La psychologie des objets
Développez une histoire à partir d’une des propositions suivantes :
- un piano qui n’aimait pas les chats
- un nuage qui n’aimait pas la pluie
- la statue qui avait mal aux pieds
- un grain de sable perdu dans le désert
- un caillou qui se prenait pour Dieu
(inspiré du nouveau magasin d’écriture d’Hubert Haddad)
un piano qui n’aimait pas les chats
Un piano qui n’aimait pas les chats.
Ah ! ce maudit chat. Il griffe ma belle laque noire. Regardez dans quel état je suis.
Il saute sur mes touches sur lesquelles il fait des glissades. Comment voulez-vous que nous soyons copains ? C’est pourtant ce que souhaiterait notre amie commune, Louise qui nous aime tous deux et passe beaucoup de temps avec chacun de nous. Elle aussi est fâchée des frasques de Minet mais elle lui pardonne toujours. Il sait lui faire ses yeux de merlan frits auxquels elle ne peut résister.
Alors elle le cajole et essaie de lui expliquer qu’il ne doit pas me martyriser car c’est grâce à moi qu’elle peut donner ses cours de chant et de piano qui permettent de nourrir le greffier gastronome.
Pour se faire pardonner, la musicienne demande régulièrement à un accordeur de pianos de me dorloter et un ébéniste essaie d’effacer les coups de griffe. S’il était un peu plus doux avec moi, et faisait patte de velours, je pourrais presque l’aimer ce minet turbulent.
D.Dou
Un grain de sable perdu dans le désert.
Sandy faisait partie d’une grande famille avec des millions d’autres sandy tous pareils à lui et perdus dans une mer de dunes dorées chauffées par le soleil. Mais un matin, Sandy se réveilla avec une drôle de sensation : il volait !
Une tempête de vent s’était levée pendant la nuit et l’avait soulevé dans les airs l’arrachant à ses semblables. Il continua ainsi sa course virevoltante jusqu’à ce que la tempête finisse par s’épuiser, le laissant planer doucement et enfin redescendre vers le sol.
Dans sa descente Sandy aperçut une caravane berbère qui cheminait sur la dune. Un dernier souffle de zéphyr acheva enfin sa course et le posa délicatement… dans l’œil d’un chameau qui n’avait rien demandé.
L’œil roula dans tous les sens essayant d’évacuer l’intrus mais ce fut peine perdue. S’ensuit alors un torrent de larmes chaudes et salées. Et oui, Camel, le chameau, pleurait !
Sandy se sentit une fois de plus bousculé, il essayait de résister mais il fut englouti par la baïne lacrymale qui finalement le rejeta violemment au sol où il atterrit au milieu d’une foule de grains de sable inconnus. Camel, enfin libéré de l’importun, se sentit tellement soulagé qu’il en urina de joie arrosant copieusement Sandy et ses nouveaux congénères.
Mais Sandy était philosophe, cet arrosage impromptu lui ouvrit de nouveaux horizons. Il se mit à espérer d’énormes tempêtes de sable, chaque jour, afin de se retrouver emprisonné dans un amas compact et solide que le vent continuera de façonner à sa guise jusqu’à atteindre la forme esthétique parfaite.
Oui, quel grain de sable n’a pas rêvé de devenir un spécimen de collection, recherché par les amateurs du monde entier. Être le symbole de la patience, la résilience et la beauté née de l’adversité*. Passer de simple grain de sable anonyme parmi des milliers à une admirable rose des sables.
NDLA :
*Etre le symbole de la patience, la résilience et la beauté née de l’adversité.
Merci Google. Symbolique de la rose des sables.
B.D.
Litanies d’un nuage (qui n’aimait pas la pluie)
Je voudrais pas crever
sans avoir vu mon ombre
imprimer sur la terre
des formes éphémères
sur des paysages immuables
je voudrais pas crever
sans avoir essayé
toutes les contorsions
toutes les boursouflures
tous les effilochages
je voudrais pas crever
sans m’être converti
en masque mystérieux
ou en coussin moelleux
opaque et si léger
Je voudrais pas crever
sans que sur les visages
des sourires fleurissent
aux ours, aux monstres, aux femmes
qu’ils devinent en mes formes
Je voudrais pas crever
alors que le soleil
n’a pas épuisé couleurs
ombres et chatoiements
dans mon blanc lumineux
plein de replis obscurs
je voudrais pas crever
car la pluie attendue
par la nature avide
absorbant ma substance
signifiera ma mort
D.Dor
La statue qui avait mal au pied
Je suis la Vénus callipyge du musée archéologique de Naples. Depuis plus de deux mille ans, je contemple le reflet dans l’eau de mes belles fesses découvertes par mon péplum relevé. Je n’ai pas honte. J’ai les plus belles fesses, non ? Pour les admirer, j’ai du imprimer à mon buste une torsion fort inconfortable au moment de la pose prolongée imposée par le sculpteur. Ce n’est qu’un souvenir, car la rigidité du marbre a endormi ma douleur . Par contre j’ai mal aux pieds, c’est devenu insupportable. Imaginez, deux mille ans sans bouger, appuyée sur le seul pied gauche et 200 kg de pierres qui lui pèsent dessus. Forcément, ma voûte plantaire s’est affaissée, mon tendon d’Achille est au bord de la rupture . Quant à l’autre pied , celui qui repose délicatement sur sa pointe, il n’est pas en reste… j’ai des crampes récurrentes et le minuscule caillou coincé sous mon gros orteil occasionne des souffrances intolérables (vous connaissez le conte de la princesse au petit pois et savez sans nul doute que la sensibilité du pied d’une déesse est beaucoup grande que celle d’une princesse). Nul ne connaît mon supplice, ni ne cherche à le connaître. Je rêve du visiteur maladroit qui bousculerait ma statue. Elle s’écraserait sur le sol en éclats élégants. Il ne resterait sur le socle que mes pieds légers où je pourrais délicatement me loger
D.Dor

