Atelier virtuel de novembre 2020, jeu 3, un voyage encombré

Un voyage encombré :

En séance nous avons proposé chacune deux objets à emporter (une brosse à cheveux, une brosse à dents, un béret, une cravate, deux livres, un appareil photo , un carnet, un stylo, du chocolat, une boussole, des tongs)

Nous avons alors proposé des destinations et nous en avons tiré une au sort chacun.

Chacun raconte un bout de voyage

Voyage encombré à Saint-Vincent Le Paluel

Saint-Vincent le Paluel. Comme si j’avais envie d’aller à St V le P.

Quel idiot d’avoir participé à ce pari stupide. Il fallait tirer au sort une destination parmi celles proposées par les copains.

Tu parles d’une destination de rêve. J’ai évidemment tiré la plus pourrie.

Aussi je vais prendre le strict nécessaire pour partir dans ce trou.

Un havre de paix me prédit Internet, comme si je voulais avoir la paix.

Il m’est aussi proposer de pêcher dans l’Enéa. Le nom est joli.

Voyons :

Ma Brosse à cheveux, ma brosse à dents.

Quand même essayons de rester propre.

Ensuite, l’appareil photo ? Il parait qu’il y a 2 châteaux. Donc je le prends, au bénéfice du doute. Un des châteaux aurait servi de décor pour le film « Le tatoué » avec Jean Gabin et Louis de Funès en 1968.

Un cahier et un stylo : je ne pars jamais sans les mettre dans mon sac.

Au fond de la besace, une cravate oubliée à mon retour du week-end à Neuilly va aussi m’accompagner. Elle ne prend pas de place et sait-on jamais si je rencontre une dulcinée sensible à mon charme de dandy. Rêver ne coûte rien.

Mon stylo fait aussi boussole si je vais chercher les champignons dans la forêt, il ne faudrait pas que je m’égare. Le béret de Tonton Lucien va compléter l’équipement du parfait campagnard. A côté de mon lit, mes tongs me lancent un appel désespéré pour faire partie du voyage. Au point où j’en suis, autant boire le vin jusqu’à la lie.

Après tout, elles sont assorties à ma cravate. Ça en jette, vous ne croyez pas ?

Encore un peu de place, quelques plaques de chocolat pour m’aider à supporter les soirées. Elles viennent de chez Bovetti, notre célèbre chocolatier ; je ne fais jamais dans l’ordinaire ou le médiocre.

Ah ! J’allais oublier. Un livre : il me faut du consistant presque comme si je partais sur une île déserte. Proust dans l’Edition de la Pléiade peut-être.

Je vais aussi emporter un livre de voyage qui me donnera l’impression de partir beaucoup plus loin. J’aime bien relire « Pieds nus à travers la Mauritanie » d’Odette de Puigaudeau. Comme moi, elle était partie presque sans bagages.

Maintenant, il faut que je trouve un covoiturage pour partir là-bas et ce n’est pas gagné. Je ne conduis pas. Pas de bus, pas de train pour aller là-bas.

Donc si ça ne marche pas, vous ne m’en voudrez pas de rester chez moi avec ma besace à mes pieds, prêt pour un voyage autour de ma chambre.

C’est aussi ce que vous faites en ce moment, n’est-ce pas ?

Ddou

Une amie m’a offert un voyage en Mongolie, mais sous conditions. Emmener avec moi 12 objets que notre cercle d’amis a suggéré lors de précédentes retrouvailles. Ce que j’ai fait. J’ai raconté mon voyage dans ce livre dont voici le début :

« La Mongolie, c’est le pays situé juste au Nord de la Chine. Déjà, ça ne m’emballait pas trop. Avec tout ce que l’on vit depuis janvier 2020… Mais bon, je ne voulais pas vexer Dominique, alors j’ai réservé un billet d’avion en plein mois d’octobre 2020 (d’ailleurs, ils parlent plus du Coronavirus en Asie de l’Est, c’est que je ne dois pas risquer grand-chose… À peine sortie de l’avion, à Oulan-Bator, capitale du pays, j’ai beaucoup moins rigolé. J’étais chaussée de mes tongs et vêtue de mon chemisier avec cravate ; ici il faut savoir qu’il règne un climat continental où il fait 8 degrés en moyenne au mois d’octobre… De plus, les habitants m’ont tous regardée de travers à la vue de mon béret. Il y a des limites à être fier des couvre-chefs de sa région… J’ai sorti ma boussole pour trouver mon hôtel, où j’avais noté mon itinéraire sur un cahier. Je ne risque pas de demander de l’aide, car la seule langue parlée ici est le Mongol. Je suis nulle en Anglais, je ne sais même pas si les gens me comprendraient. Arrivée dans ma chambre d’hôtel, j’ai vite sorti ma brosse à dents, car je n’ai pas arrêté de me goinfrer de chocolat dans l’avion. En effet, les spécialités mongoles tournant autour de la viande, du riz, de la farine et des pommes de terre, j’ai préféré faire le plein de cacao en cas de manque. J’ai également sorti ma brosse à cheveux, car je n’ai pas pu me coiffer durant les 12 heures de vol, un temps interminable pour moi ! Puis les jours suivants, je suis allée visiter le pays, munie de mon appareil photo et de mon stylo, pour noter les destinations, car avec tous ces noms de ville rocambolesques, y’a de quoi oublier : Arvayheer, Ondorhaan, Tsetrleg,… Le reste du temps, comme j’étais seule et que j’étais incapable de faire la conversation, je me suis plongée dans les livres que j’avais amenés avec moi. »

LD

Voyage encombré en Ecosse

Tôt le matin je me préparai soigneusement, comme il se doit lorsqu’on se lance dans une grande aventure : Je domptai énergiquement mes épis rebelles à la brosse à cheveux métallique, coiffai un béret basque comme un chapeau de cèpe, nouai une cravate de soie rouge sur ma chemise de randonnée (un peu de dignité ne nuit pas, même quand on est une fille, lorsqu’on a rendez-vous avec un monstre) . Je regrettai l’oubli de mes lunettes de soleil qui auraient avantageusement complété ma panoplie même s’il pleuvinait un méchant crachin glacé. Je n’avais pas non plus de parapluie, tant pis.

Pleine d’allant, je quittai Inverness avant le passage du laitier. J’avais décidé d’aborder le lac par la rive opposée à celle où le monstre est généralement attendu, par des sentiers improbables, au milieu d’étendues infinies de roches moutonnées. Grâce à ma boussole, je rectifiai mes errements et abrégeai enfin mes souffrances sur les berges caillouteuses du loch.

De mon sac volumineux, j’extirpai mon attirail, à commencer par deux livres : une encyclopédie complète des fossiles préhistoriques pour identifier à coup sûr la bête et un vieux roman, qui, dans ma jeunesse avait focalisé mon addiction à Nessy : « Le monstre du Loch Ness » de Nicholas Witchell, un carnet et un stylo pour prendre des notes , faire quelques croquis, histoire de passer le temps qui risquait d’être long. Je préparai les réglages de mon appareil photo que je gardai accroché à mon cou pour ne pas manquer l’occasion.Du fond du sac, je sortis enfin une plaque de chocolat que j’entamai goulûment. Il fallait cependant en garder car je n’avais rien prévu d’autre pour la journée.

Le commençai mon observation…L’ennui me gagna bientôt si bien que j’imaginai quelques stratagèmes pour précipiter la venue de Nessy.

– Comme j’avais lu quelque part qu’il était très sensible à l’odeur humaine, j’enfilai donc mes tongs pour entrer dans le lac, mais l’eau était si froide que j’en sortis aussitôt.

– Je sacrifiai alors mon dernier carré de chocolat. Je l’écrasai sur un caillou à l’aide de ma brosse à dents . Je le lançai dans le lac afin d’exciter la curiosité et la gourmandise de l’animal fabuleux.

Rien ne se produisit pendant un long moment, mais soudain un souffle glacé me saisit, fit gonfler des vagues qui emportèrent à jamais mon roman fétiche. Impossible d’identifier l’origine du phénomène car le brouillard était si dense que je voyais à peine mes pieds. Je tremblais de froid, mais aussi de peur.

Dans un ultime éclair de lucidité, je remballai mes affaires et pris le chemin du retour, en longeant la berge et sans lâcher ma précieuse boussole . Les formes mouvantes dans le brouillard me faisaient accélérer le pas.

Quelques heures plus tard, exténuée mais bien au sec dans ma chambre, je regrettai ma précipitation et ma poltronnerie. Plus de doute, c’était bien Lui que j’avais manqué !

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