Leïla SLIMANI, Le Parfum des fleurs la nuit (2021)

Comme plusieurs écrivains Leila Slimani s’est pliée aux contraintes de la collection : « Une nuit au musée »
Alors qu’elle dit toujours non, alors qu’elle n’aime pas spécialement les musées ni l’art contemporain, alors qu’elle est plongée dans l’écriture d’un roman, elle accepte d’être enfermée une nuit dans le musée de la Pointe de la Douane à Venise où sont exposées des œuvres contemporaines collectionnées par Pinault. Ce qui la tente c’est d’être enfermée. Elle aime la solitude et le silence nécessaires à la création.
D’abord sur la défensive (elle considère les musées comme des lieux de la culture dominante gérés par des codes), elle accepte la rencontre avec le lieu et les œuvres par l’émotion.
Un dialogue se noue. Les œuvres lui parlent de son passé, et tout particulièrement le parfum du galant de nuit présent dans une installation qui la ramène à la maison de ses grands-parents et à son père. Pour elle, les œuvres, une fois réalisées, sont les traces d’un monde révolu que l’ont fait ressurgir.
Ainsi avec un regard très subjectif nous entraîne-t-elle dans ses tiraillements entre les deux côtés de la Méditerranée, entre le corps « limité » et l’univers de l’imagination « illimité », entre son amour de la fête et de l’enfermement dans lequel s’épanouit la liberté de l’imagination.
Elle nous parle de sa passion pour la littérature (nombreuses références), la place obsédante de l’écriture et de la fiction dans sa vie. Tout ce qu’elle glane, voit, entend, est matière à fiction :
« La littérature ne sert pas restituer le réel mais à combler les vides, les lacunes. On exhume et en même temps on crée une réalité autre. »
Elle se positionne en tant qu’écrivain et en tant que femme maîtresse de ses choix.
Certes, c’est une œuvre « autocentrée » comme l’a affirmée une lectrice, mais c’est aussi une porte ouverte sur une lecture personnelle de l’art contemporain et sur la complexité de la création.

