Premier sang (2021),Amélie Nothomb

Même à son 32ème roman, Amélie Nothomb ne cesse de nous surprendre par sa plume. Primé par le prix Renaudot 2021, l’autrice nous parle ici de son intimité et plus particulièrement de la vie de son père, père à qui elle a dû dire adieu sans pourvoir aller à ses obsèques durant le confinement de 2020 suite à la pandémie de la Covid-19.
Le narrateur de l’histoire est son père. De son enfance stricte dans un milieu aristocratique à sa prise d’otage au Congo en tant que diplomate ; l’autrice nous révèle uniquement ce qui s’est passé avant sa naissance en s’effaçant du récit le plus naturellement possible.
Il s’agit ici donc pour elle de raconter à la première personne, la jeunesse de son père et le début de sa carrière de diplomate, marquée par une prise d’otages en 1964 à Stanleyville, dans l’ex-Congo belge.
L’écriture est familière : rythme rapide, dialogues percutants et fantaisie permanente mais tout est mis au service d’un hommage non dissimulé à un homme singulier, attachant et courageux, bien qu’il ne supportât point la vue du sang. En remontant le temps, à grandes enjambées comme à son habitude, Amélie Nothomb s’arrête cependant sur plusieurs périodes significatives de la première vie de Patrick Nothomb, dans des scènes qui rappellent tour à tour Les Misérables et Shéhérazade (avec ses palabres interminables lors de la prise d’otages). Le tout, évidemment, façon Amélie Nothomb, c’est à dire avec une plume légère et espiègle et une tonalité plus dramatique à la fin du livre.
Nous suivons dans la première partie de ces 180 pages un petit garçon repoussé par sa mère, qui vit dans un cocon avec ses grands-parents maternels. Son père pour l’endurcir l’envoie dans sa famille, qui vit dans un château « faible », dans les Ardennes belges. Il va y apprendre « la vraie vie » auprès de ses grands-parents paternels, où l’on retrouvera un groupe d’enfants turbulents et affamés qu’il apprendra à apprécier. Puis dans un second temps, nous retrouvons cet enfant devenu jeune homme dans sa première mission de diplomate, au Congo.
C’est un livre court, percutant,un portrait filial fragile et admiratif, très émouvant qui nous est donc dressé.

