Lu en février 2023, écrits de chanteurs et de comédiens, Y revenir (2012), Dominique Ané

Y revenir (2012), Dominique Ané

Y revenir est un livre autobiographique du musicien et chanteur Dominique Ané qui conte sa relation avec la ville de Provins. Un excellent chanteur mais aussi une excellente plume. Il raconte sa ville natale qu’il décrit alors qu’il n’y est pas retourné et a fait sa carrière à Nantes. C’est une sorte d’appel, une nostalgie, il la raconte avec tous ses souvenirs pas toujours chaleureux mais le récit est très poétique et très intimiste.

Il explique sans trop comprendre pourquoi ce lieu ne cesse de le hanter alors qu’il a une répulsion pour cette ville « imbue de son passé » « entourée de champs de betteraves » « la plaine désole et isole » qui lui provoquait l’ennui. La ville reste hors de la modernité : elle « refuse de lâcher la bride au présent » et se caractérise par « à peine un peu de vie » et de l’humidité (« une allée conduit à une pente terreuse où je m’embourbe quand il pleut et il pleut souvent »). C’est une ville de province étouffante où ni l’auteur ni ses parents ne se sentent à leur place.

Le premier lieu est « la Bretonnière », le bout du monde : « Trois kilomètres qui nous séparent de la ville. Cette courte distance suffit à nous couper de ce que j’imagine être la vie normale ».

Provins, la ville où la famille s’installe peu après n’a pas plus d’attrait. Ce livre est un voyage à rebours il ausculte les lieux, les êtres rencontrés, il évoque les sentiments qu’il a éprouvés d’ailleurs il a consacré deux de ses chansons à Provins (Seine-et-Marne) : « Rue des marais » et « les terres brunes. » où règne une certaine mélancolie.

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Lu en février 2023, écrits par des chanteurs et des comédiens, Petit pays (2016), Gaël Faye

Petit pays (2016), Gaël Faye

  Gaël Faye est né en 1982, d’abord connu comme chanteur, auteur-compositeur interprète, est reconnu aujourd’hui comme écrivain. Petit Pays est son premier roman, largement autobiographique, d’une très belle écriture.

Son protagoniste est un enfant de dix ans Gabriel qui vit au Burundi dans une famille mixte, aisée. Il a une vie agréable, protégée, jusqu’au moment où il est pris dans la tourmente de l’Histoire qui envahit sa vie, par vagues de violence successives, de plus en plus rapprochées et qui va le pousser comme des milliers d’autre à l’exil.

C’est un livre qui parle donc de l’exil : celui du narrateur, Gabriel du Burundi en France et celui de sa mère et de sa famille du Rwanda au Burundi :

« Je n’habite nulle part. Habiter signifie se fondre charnellement à la topographie d’un lieu, l’anfractuosité de l’environnement. Ici, rien de tout ça. Je ne fais que passer. Je loge ? Je crèche. Je squatte. »

Dans la famille de sa mère, il y a la grand-mère qui a la nostalgie du pays perdu qu’elle raconte sans cesse et il y a le petit fils Pacifique qui rêve du pays à venir, réuni et qui sera pris par la tourmente.

C’est un livre de l’horreur des massacres Hutus et Tutsis dans les deux pays. Le narrateur cherche subtilement des failles dans la vie d’avant, au Burundi, où régnait l’illusion d’une vie commune possible dans ce pays cosmopolite.

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Lu en janvier 2023, coups de coeur: la peur: La chatte (1933), Colette

La chatte (1933), Colette

  Ce court texte est d’abord paru, d’avril à juin 1933, sous la forme d’un feuilleton dans le journal Marianne. Le livre est sorti en septembre de la même année. Les critiques furent divisées. 

Deux amis d’enfance, Camille et Alain se marient (mariage arrangé par leurs familles). Un petit appartement triangulaire, leur « nid » comme l’appelle Camille, est le décor de ce huis clos étouffant. Alain n’est pas vraiment adulte ; il se plait à prolonger son adolescence insouciante, ses jeux, dans la demeure familiale, et à continuer à rêver, accompagné de sa chatte Saha, « sa chimère » comme le dit sa mère. Camille au contraire, va de l’avant, très énergique et en attente du bonheur avec Alain, rien qu’avec lui. Lui ne parait pas vraiment amoureux. Sa chatte, c’est son enfance, sa vie avant son mariage, une adoration : « cette petite créature sans reproche, bleue comme les meilleurs rêves ». Camille en est jalouse et se sent « sacrifiée à une bête ». Elle tente de la tuer. Quand Alain découvre cet « attentat, cet assassinat », il voit Camille comme un monstre et la quitte.

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Lu en janvier 2023, coups de coeur, la peur: Poil de carotte (1894), Jules Renard

Poil de carotte (1894), Jules Renard

Dominique C. nous a lu un extrait d’un des plus grands classiques de la littérature : Poil de Carotte.

Jules Renard est né en 1864 et mort en 1910. Une vie brève, où il a eu le temps d’écrire des livres laissés à la postérité : son Journal, Poil de carotte, Histoires Naturelles entre autres.

Ce célèbre roman de l’enfance de Jules Renard est largement autobiographique. Poil de Carotte est le petit dernier de la famille Lepic. C’est un jeune garçon de 10 ans, roux, plein de fantaisie, attachant mais mal aimé. Il est le souffre-douleur de sa mère qui le déteste et lui a donné son surnom, de son frère qui se dérobe toujours et de sa sœur aussi méchante que la mère (le père est peu présent).

Le passage choisi retrace un moment de terreur où le jeune garçon est contraint par le bloc familial à aller fermer les poules dans le noir complet. Il fait face. Jules Renard nous fait en quelques lignes sublimées par l’humour partager sa peur, sa solitude d’autant plus fortement qu’elles se raccrochent à des sensations vécues par chacun.

Dominique Dor.

lu en janvier 2023, coups de coeur, la peur : Seule en sa demeure (2021), Cécile Coulon

Seule en sa demeure (2021), Cécile Coulon

Au XIXme siècle, Aimée subit un mariage arrangé, chose fréquente à l’époque. Elle est mariée avec un riche propriétaire du Jura, veuf. Elle vit dans un domaine austère, le domaine Marchère, avec Henria la servante et son fils muet.

Le domaine Marchère lui apparaîtrait nettement, comme un paysage après la brume. Une fois le brouillard des sapins levé sur la colline, Aimée retiendrait dans sa gorge un hoquet de surprise : jamais elle n’aurait vu un lieu pareil, jamais elle n’aurait pensé y vivre.Une bâtisse de pierre et de bois, aussi large qu’un couvent, aussi haute qu’une église, trônait au cœur du paysage.(Page 35)

Son mari, doux et prévenant avec elle, mais taiseux dénote avec l’époque et l’environnement. Cependant, la jeune femme se renferme et se ternit. Ses parents lui manquent. L’atmosphère se détend avec l’arrivée d’une professeure de musique qui éveille Aimée à de nouvelles sensations. Mais elle sera vite évincée. Les non-dits et les secrets qui l’entourent font planer sur elle une menace insidieuse. Tout cela conduit à une atmosphère suffocante qui provoque le malaise. L’inquiétude et le suspens sont omniprésents et font écho à plusieurs auteurs du 19me siècle comme les sœurs Brontë.

Dominique Dou.

Aimée, une jeune fille de 18 ans est mariée par arrangement à Candre, par ailleurs veuf.

Il vit dans un domaine austère au milieu de la forêt jurassienne avec sa fidèle servant Henria qui s’est occupée de lui depuis son plus jeune âge suite au décès de sa mère.

Angelin, fils d’Henria, personnage à la marge, intrigant, vit également sur le domaine.

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Lu en janvier 2023, coups de cœur, la peur:Rebecca (1938), Daphné du Maurier

Rebecca (1938), Daphné du Maurier

Adapté en 1940 au cinéma par Alfred Hitchcock, il a été lu par plus de 30 millions de personnes.

Comme dans le roman de Cécile Coulon, le domaine de Manderley est un personnage à part entière et les démons du passé hantent les personnages. Autre point commun un veuf, Maxim de Winter dont la première épouse est morte noyée, quelques mois auparavant. Tout cela contribue à créer une ambiance de thriller où la nature, comme chez Cécile Coulon occupe une place de premier plan.

A noter selon une lectrice, la peur varie avec l’âge et l’état d’esprit.

Dominique Dou.

Lu en janvier 2023, coups de cœur, la peur: Les combattantes (2022), Adeline Fleury

Les combattantes (2022), Adeline Fleury

Ce livre est une novélisation (un roman adapté d’un film ou d’une série) tirée de la série Les combattantes de TF1, diffusée en septembre 2022.

Résumé extrait du site Babelio : « Le livre adapté de la série évènement ! Septembre 1914, depuis six semaines la guerre fait rage. Dans les Vosges, les forêts sont le terrain de sanglantes batailles. Face à l’afflux incessant de blessés, quatre femmes que tout oppose sont réunies au sein d’un couvent transformé en hôpital de campagne pour leur porter secours. Agnès, la mère supérieure, Marguerite, une prostituée sur les traces de son passé, Caroline, l’épouse d’un riche industriel, propulsée à la tête de ‘entreprise familiale, et Suzanne, jeune infirmière recherchée pour meurtre… Toutes quatre ont chacune à leur façon, avec leurs armes et leurs histoires, un rôle à jouer dans cette folie menée par des hommes. Elles sont la deuxième ligne, de redoutables combattantes contre l’ennemi allemand et la société patriarcale qui les oppresse. »

Malgré que la première guerre mondiale ait ici une place importante (description de scènes de combats entre autres), l’intrigue se centre davantage sur nos quatre héroïnes. L’autrice met l’accent sur la vie des femmes la vie des femmes dans la société du XXème siècle et comment elles ont dû et su remplacer les hommes partis au front. Ce livre ferait presque office de documentaire tant le réalisme de l’histoire y est pertinent.

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Lu en janvier 2023, coups de cœur: la peur: L’intempérie, Pedro Mairal

L’intempérie (2005), Pedro Mairal

Pedro Mairal est un auteur contemporain argentin. J’aime son humour noir acide pour dépeindre la société argentine (Une nuit avec Sabrina Love, Salvatierra, Uruguayenne). L’intempérie est une œuvre à part où il prend le lecteur à bras le corps, le malmène et ne le laisse pas respirer ; la peur s’installe, le malaise ; le livre obsède.

C’est une dystopie qui présente l’Argentine dans une situation apocalyptique.

Le pays est victime d’une intempérie qui n’est jamais décrite (ce qui accroît le sentiment d’insécurité) ; mais on en vit les conséquences : elle laisse derrière elle le désert, désorganise la société et fait régresser les humains.

La narratrice, Maria Valdes Reynal témoigne de ce tourbillon dans lequel elle est engloutie et où elle nous entraîne.

La population du pays, chassée par l’Intempérie se concentre à Buenos Aires :

« Les avis étaient partagés. On discutait de savoir si ce que nous vivions était le siège de la capitale ou s’il s’agissait seulement de gens qui avaient migré vers les rues du centre pour fuir l’intempérie et mendier la nourriture. Les uns disaient qu’il fallait sortir, les autres qu’il fallait rester à l’intérieur »

La ville est donc victime du cataclysme : immeubles qui effondrent, d’autres qui se barricadent, nouveaux réseaux de circulation par des tunnels qui relient quelques bâtiments ou permettent l’accès aux supermarchés, la rue étant devenue un territoire sans droit. La ville devient un labyrinthe inextricable. Tous les repères s’effacent Les hommes et les femmes pris dans cette tourmente se replient dans un état individualiste, régressif et violent.

L’écart entre les riches et les pauvres devient abyssal et les premiers attachés à sauver leur peau abandonnent les autres ; des mouvements révolutionnaires très violents subissent une répression encore plus féroce, la plupart des humains se replient dans leur communauté originelle dont ils retrouvent la langue, les habitudes, niant les droits des autres et par-dessus tout ceux des femmes.

Ce cataclysme est une allégorie de la grande crise économique qui a secoué l’Argentine dans les années 2000, mais elle peut, plus largement englober toutes les crises climatiques, économiques et sociales à venir.

C’est un livre étouffant, sans échappatoire, difficile à supporter car la réalité n’est pas loin.

Dominique Dor.

lu en Décembre 2023, coups de cœur : la peur: la servante écarlate, Margaret Atwood

La servante écarlate (1985), Margaret Atwood

Margaret Atwood est née en 1939 et est canadienne. Elle est autrice, poétesse, critique littéraire et enseignante. Elle a commencé à écrire dès l’âge de 6 ans. Elle écrit à la fois des poèmes, des nouvelles, de la littérature jeunesse et des romans.

Son premier livre de poésie, Double Persephone ; a été publié en 1961 pour lequel elle reçoit la médaille E. J. Pratt. En 1996, son roman Captive raconte l’histoire vraie d’Alias ​​Grace condamnée à mort pour le meurtre de ses employeurs. L’autrice se fait également remarquée par sa trilogie débutée en 2003 avec Le dernier homme, L’année du déluge (2009) et MaddAddam (2013).

La servante écarlate constitue l’une de ses œuvres majeures. C’est un roman dystopique écrit en 1985 qui remporte différents prix : prix du Gouverneur général pour les romans et nouvelles en 1985, prix du livre du Los Angeles Times en 1986 ou encore Arthur C. Clarke en 1987.

L’intrigue se déroule dans la République de Gilead, anciennement les États-Unis. Cette République particulière, installée après un coup d’État militaire, est un régime sectaire totalitaire sous un groupe d’élite d’hommes appelés Commandants. La société est strictement hiérarchisée : les femmes sont soumises et peu d’entre elles ont un rôle en dehors du foyer. Elles n’ont aucun droit, pas de compte en banque, pas de travail. Une grande partie de la population de Gilead est infertile et les femmes qui ont eu des enfants hors d’un premier mariage sont après une période d’endoctrinement vouées à donner naissance à des enfants pour les couples de statut élevé sans enfant. Ces femmes sont appelées les Servantes. La narratrice Defred est une servante. On va suivre ses péripéties dans ce huis-clos. Elle décrit sa vie quotidienne, son ancienne vie où elle s’appelait encore June avec son mari Luke et sa fille. Elle nous raconte la fameuse « Cérémonie » où elle est régulièrement violée par son commandant avec l’aide de Serena la femme de celui-ci. Afin d’échapper à ce destin funeste, elle va s’engager dans une organisation secrète appelé Mayday afin d’immigrer au Canada, pays frontière où les femmes sont libres. Defred parviendra-t-elle à s’enfuir ?

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Lu en décembre 2022: cuisine et gourmandise Mangées : une histoire des mères lyonnaises (2018), Catherine Simon

Mangées : une histoire des mères lyonnaises (2018), Catherine Simon

Comme fil conducteur, Catherine Simon a choisi le biais d’une enquête menée par un journaliste Etienne Augoyard et une photographe Monica Jaget chargés d’une suite d’articles sur les « mères Lyonnaises » qui ont acquis leurs lettres de noblesse dans l’histoire de la gastronomie, qu’elles soient restées à la tête de maisons populaires ou qu’elles aient conquis les étoiles du Michelin : à commencer par Eugénie Brazier, (c’est chez elle qu’un certain Paul Bocuse fit ses classes), mais aussi La Génie, Marie-Thé Mora, Léa Bidaut ou Paule Castaing.

Le livre est une approche du travail journalistique qui passe par des rencontres, des interviews des lectures, des recherches dans diverses sources d’archives. S’en suivent des échanges parfois acharnés sur ce qui a sa place ou non dans un article de presse en fonction des attentes de la direction du journal et du lectorat. Le livre apparaît alors comme le lieu où on peut dire plus.

On suit l’enquête des journalistes dans la géographie Lyonnaise des quais de Saône à la place Bellecourt et à la Croix Rousse, des quartiers de la Mairie et des autorités à ceux des ouvriers de la soie, par les ruelles et les traboules. Dans ces quartiers, les restaurants tenus par les mères avaient été un trait d’union, un lieu essentiel à la vie du quartier.

Les restaurants évoqués sont souvent « étriqués » et de peu de mine, au départ, mais ils offraient aux palais des délices : quenelles, tablier de sapeur, tarte légère à la praline, un Saint-Marcellin crémeux ou d’une salade de cochonnailles. Ces mets fins étaient toujours à base de produits frais.

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