0Jeu 3 dans la peau d’un autre
Décrire un humain à hauteur de fourmi, d’araignée , de fleur ou bien d’arbre
A hauteur de fourmi...
Le sol tremble, un truc monstrueux avance, ça fait un bruit d’enfer, un dôme de cuir brun, sa chaussure de marche pied gauche et l’autre au pied droit propulsent le géant tout habillé d’un jean et d’un blouson de cuir…Il sifflote, une herbe entre les dents , ce doit être sa tête là haut, coiffée d’un bonnet de laine sombre…Garez-vous c’est un écraseur! Danger il vient vers nous, toutes aux abris, pourvu qu’il n’explose pas notre fourmilière d’un coup de pied, tenez-vous au fond, soutenez les galeries pleines d’œufs!
S.D.
pour l’étourdie de service : à hauteur de chat
Une ombre vient occulter le soleil qui chauffe délicieusement ma croupe . Elle a été précédée d’un bruit sourd et répétitif qui m’a mise en alerte. Une masse noire couronnée de rouge, presque aussi grosse que moi me frôle dangereusement. Au dessus, des piquets géants et un ballon qui se promène autour en larges vagues qui assombrissent mon espace. L’ombre s’élargit et une main démesurée aux allures de pieuvre s’approche de moi. Je bande mes muscles et m’aplatis au sol pour échapper à son emprise. A l’odeur, j’ai bien reconnu ma maîtresse , la plupart du temps inoffensive, même s’il lui est arrivé de m’écraser sauvagement la queue. Quand elle est déployée, elle m’inquiète même si je l’accompagne maintenant pour qu’elle remplisse ma gamelle de croquettes fraîches. Ça me contrarie profondément d’avoir à mendier ma nourriture, mais elle ne laisse pas de paquets à ma libre-discrétion et chasser est beaucoup trop fatiguant. Je préfère ma maîtresse assise, ou même couchée. Alors ses proportions deviennent tolérables , son visage est à hauteur de ma truffe ; c’est moi qui décide, j’occupe ses genoux, son ventre, j’écarte son livre, je sollicite la caresse de la main géante mais douce… Malgré tout, je reste vigilant ; le moindre geste brusque me met en alerte, un changement de position peut menacer mon espace vital. Je suis prêt à bondir.
DDor
Dans l’écorce d’un autre : un chêne
La petite fille a trouvé mon fruit, qui avait commencé à germer et à faire fleurir de jolies petites feuilles vertes, dans la pente de la propriété de sa famille. C’était en Mai 2000, elle allait faire 7 ans le mois d’après. Sa grand-mère était avec elle, et l’a aidée, armée d’un pic, à faire un trou dans la terre un peu sablonneuse. La petite fille m’a déposé dans le trou, avec toutes les précautions dont elle était capable. Elle devait faire 1m20 de plus que moi et me contemplait de toute sa hauteur, mais je n’avais pas peur. Sa grand-mère est allée remplir l’arrosoir au jardin, puis l’a tendu à la petite. Elle m’a arrosé pour la première fois. Par la suite, je l’ai vue inquiète. Elle m’a parlé. Les chiens de sa famille l’inquiétaient : ils avaient la mauvaise habitude de faire des trous dans la terre pour débusquer des taupes… Ils risquaient de me déterrer, je risquais de mourir, sans racines ancrées dans la terre. Elle a eu une idée : installer un grillage tout autour de moi, bien enterré dans la terre lui aussi. Et j’ai grandi. La petite fille est devenue une adolescente, sa grand-mère vieillissait, mais elle était chargée de venir prendre soin de moi pendant l’école. Le 1er mai est devenu mon anniversaire : ainsi, la jeune fille serait toujours là pour venir me rendre visite et célébrer notre rencontre. Le mois d’après, elle venait et à mon tour je lui souhaitais, à ma manière, son anniversaire. Cela a duré des années. Je grandissais à vue d’œil. Le plus beau moment a été celui où j’ai atteint sa taille. J’ai vu la fierté dans ses yeux, et la joie de me voir m’épanouir à l’endroit où elle avait choisi de me planter : notre endroit, qui surplombait la campagne Landaise, les champs de maïs et les forêts en contrebas. Chaque année, mon tronc s’épaississait, je prenais encore plus racine. Elle a pris l’habitude de m’enserrer dans ses bras pour constater les centimètres gagnés dans le temps. Jusqu’au jour où ses doigts n’ont plus pu se rejoindre : j’étais devenu trop gros pour ses petits bras. Ca ne l’empêchait pas de venir se blottir contre mon écorce, j’étais devenu son refuge, elle était mon repère. Elle est devenue une jeune femme, elle venait toujours me confier ses secrets, moins souvent mais notre lien était toujours là. Mes branches lui ont ensuite apporté de l’ombre, je la dominais de toute ma hauteur mais toujours dans une extrême bienveillance. Sa grand-mère s’émouvait de ce tel lien, et elles ont souvent parlé de moi, de mon évolution et de ma vigueur. Un jour, j’ai produit mes premiers glands. Toutes les deux en ont ramassé et se sont regardées : j’étais devenu un adulte à mon tour, elles avaient accompli leur mission. Je les en remercie encore aujourd’hui.
L.D.
A hauteur d’arbre
Je suis ce qu’ils nomment un arbre vénérable. Je suis un if presque millénaire.
J’en ai vu passer des Rois et des Présidents. J’habite en Périgord, dans le parc d’une maison toute jeunette, puisqu’elle n’a que 300 ans. Hélas me voilà maintenant vieux et fragile, pas encore promis à la mort certes. Mais ayant déjà subi quelques imputations, je sais que mon temps est compté.
Ces petits humains que je côtoie me surprennent toujours. Ils vivent comme s’ils avaient la même durée de vie que moi.
Ils s’agitent jusqu’à s’épuiser, se querellent, maltraitent la nature. Tout se détraque autour de moi. Je vois moins d’oiseaux et d’insectes. Certaines plantes comme le lierre envahissent le jardin près de moi et d’autres disparaissent. Du reste, les hommes connaissent mal les plantes et leurs vertus. C’est un savoir qui se perd.
Ces hommes, je les aime pourtant, je les mets à l’abri du soleil et de la pluie. Ils sont si fragiles et si inconscients. J’essaie de leur envoyer des messages lorsque le vent agite mes branches. J’aime aussi voir des couples d’amoureux se blottir à mon pied.
DDou
A hauteur d’arbre
Il est bien agité ce jeune homme, voit-il seulement mon faîte? Il ne lève jamais le nez, je voudrais qu’il sente le parfum de mes fleurs, qu’il entende le frémissement de mes branches et de mes feuilles épaisses, moi le grand magnolia…Décidément il bouge beaucoup ce bipède, oh là là, je crois que c’est un chasseur il vient de sortir de son sac un fusil et voilà qu’il vise mes branches…Aïe il ne va pas tuer le merle au bec jaune qui chante si bien au moindre rayon de soleil? Il n’a pas l’air gentil et c’est fou ce qu’il bouge et marmonne…Drôle d’individu…
S.D.
Une rose
Dès le matin, j’ai mis mes habits du dimanche ,défroissé chaque étale ,je ressemble à une corolle amidonnée ,les perles de rosée me servent de collier ,la tige un peu penchée en guise de bienvenue ,les épines me protègent de la gent peu élégante ,me voilà parée pour la visite de la roseraie ,nul doute que j’en serai la princesse !
B.H.

