Mystère à la résidence Au Long Cours : chapitre 2

Lucia enquête

Lucia n’en revient pas. C’est bien à elle qu’est confiée la mission de résoudre l’énigme des bruits nocturnes.

Elle en est toute ragaillardie. Pourtant en ce moment, les clients n’affluent pas. Avec leurs histoires de carburant, de baisse de pouvoir d’achat, même ses habitués viennent moins souvent la consulter. Non qu’ils soient moins soucieux de connaître leur avenir mais tout simplement, ils ne peuvent plus la payer. Elle réfléchit un bon moment. Son premier réflexe est de prendre un plan de l’immeuble qu’elle avait trouvé dans son appartement et d’utiliser son pendule. Mais non, ça n’est pas la solution.

Que faire ? D’abord observer, écouter, guetter et interroger…

Elle décide de suivre les ouvriers un matin, à leur arrivée. Sous le prétexte de futurs travaux à réaliser chez elle, elle leur demande pour quelle entreprise ils travaillent et quels genres de travaux ils réalisent. Leur réponse est sans intérêt ; elle n’écoute même pas.

Elle parvient à se glisser dans l’appartement. Il est rigoureusement vide, à l’exception des outils et des pots de peinture utilisés par les peintres. La voilà bien avancée ; elle est bel et bien dans une impasse. Qu’est-ce qui peut bien provoquer ce bruit comme des caisses ou des outils traînés au sol ?

Elle-même ne peut pas directement questionner les habitants de l’immeuble, car elle ne les connaît pas suffisamment ; elle propose donc à Maria d’organiser un apéritif, comme elle le fait plusieurs fois par an. Ce sera l’occasion de discuter, d’observer leur comportement et d’en tirer d’éventuelles conclusions, selon leur comportement. Ses deux années d’étude de psychologie vont bien l’aider. Enfin, elle l’espère.

Le vendredi soir, les invités se retrouvent devant la loge, par affinités. L’ambiance est décontractée et bon enfant. Monette s’est installée sur une chaise, avec un chat couché à ses pieds. Victor a même daigné faire un brin de toilette et sortir de son atelier pour rejoindre Rosanna, tout sourire et déjà en grande discussion avec Pierre Médéric. Virginie a décidé de sortir (tant mieux pour lui). Il pense que Rosanna n’est pas indifférente à son charme.

Lucie s’appuie contre le chambranle de la loge, excellent poste d’observation. Elle décide de se concentrer sur les voisins immédiats de l’appartement en cause. Les Martin, les voilà qui arrivent, juste à l’heure, comme toujours. Ludovic, puis Ludivine dans son sillage acceptent un verre de rosé. Ce couple un peu fade, elle ne sait comment les aborder.

Les Delbos l’intimident, avec leur cursus parfait, leurs études réussies, leurs enfants radieux. Cette Cathy, elle est bien délurée, tout de même, avec ses gambettes parfaites, d’une longueur affolante, et des mini-jupes plus que provoquantes. Les jeunes hommes (et même les moins jeunes) en sont tout cramoisis lorsqu’ils la croisent et les filles en sont jalouses. La famille idéale, tout le contraire de Lucia. Elle s’empare du plat de petits fours que Maria vient de faire cuire et se glisse auprès de Simone Delbos.

La voyante a particulièrement soigné son maquillage, privilégiant un aspect naturel tout à fait inhabituel. Elle a délaissé ses oripeaux folkloriques habituels pour un chemiser à lavallière et un pantalon noir du meilleur effet, ce dont la complimente Madame Delbos. Elles enchaînent sur des considérations vestimentaires, les tendances de la mode. On dirait deux copines. Jeff et Thomas en sont tout surpris. La nouvelle apparence de Lucia les déroute. Au bout d’un moment, Simone les interpelle. Elle sollicite l’avis de Thomas sur le dernier Goncourt qu’elle souhaite offrir à son père pour Noël. Lucia en profite pour se glisser dans la conversation. La voyante lit beaucoup les soirs où elle ne travaille pas. Thomas est surpris par ses commentaires pertinents et la découvre sous un nouveau jour. Elle s’enquiert aussi du travail de Jeff qui lui explique en détail comment il travaille sur des cartes Ign, en particulier.

Soudain, un chant s’élève c’est la Rosa Camilleri qui fait son entrée, comme une star. Le brouhaha cesse un instant puis reprend. Comme c’est distrayant, ce microcosme se dit Lucia. Maria papillonne des uns aux autres, glisse un sourire, un petit mot. Elle est toute à son affaire. Elle parvient même à proposer à certains de se retrouver pour un futur projet musical ce qui parait beaucoup plaire. Elle s’en délecte d’avance.

Ah ! Lech Majevski flanqué de Karl Kolweski qui parle mieux français que son ami, arrivent dans le hall. Ils apprécient beaucoup ces réunions qui leur permettent de sauter leur repas du soir et les changent un peu de leur éternel boulot-dodo. A Paris, ils prenaient le métro ; à Terrasson, une camionnette vient les chercher devant l’immeuble pour les conduire au chantier. De Terrasson, ils ne connaissent presque rien. Ils ne sortent pas car ils n’ont ni le temps, ni l’argent pour cela. Il leur semble que les gens du coin les regardent d’un sale œil, lorsqu’ils les croisent sur les trottoirs en faisant leurs courses.

Lucie engage la conversation. Où travaillent-ils en ce moment ? Deux d’entre eux sont postés à l’usine voisine et les autres (ouvriers dans le bâtiment) rénovent des HLM dans la ville. Ils sont un peu moins fatigués parce qu’il n’y a pas de trajet, comme il y a quelques mois quand ils travaillaient à Nontron. Et ils rentrent plus tôt. Mais la vie est dure. Ils ne gagnent pas autant d’argent qu’ils le souhaiteraient pour louer un grand appartement et envoyer de l’argent en Pologne. Enfin, c’est ce qu’elle comprend dans leur mélange de français, d’anglais scolaire et de polonais. Elle leur demande s’ils n’ont rien entendu la nuit, à leur étage. Elle doit répéter sa question ; ils ne comprennent pas. Ils baissent les yeux, puis regardent de l’autre côté, comme pour chercher de l’aide.

Ils ne comprennent pas ou bien, ils ne veulent pas comprendre ?

Elle reformule pour obtenir une réponse sans appel. La nuit, ceux qui ont travaillé dorment, et les autres travaillent. Ils sont trop fatigués pour écouter les voisins ou les bruits. Ils s’éloignent d’elle pour parler avec Maria qui leur glisse parfois une assiette fumante à leur retour. Elle les aime bien ces petits…même si elle doit souvent leur rappeler que le palier n’est pas un local à poubelles. Tout de même, elle ne parvient jamais à franchir la porte de leur studio et elle les a déjà surpris lourdement chargés à des heures indues, dans les escaliers de service.

3 possibilités :.

  • Lucia fait une découverte en observant les habitants de l’immeuble ce soir-là :Un nouveau couple s’est formé.
  • Lucia semble voir dans sa boule de cristal des statues stockées dans l’appartement vide.
  • Deuxième partie de soirée : les langues se délient et chacun y va de son hypothèse ou de ses observations

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