MYSTÈRE A LA RESIDENCE AU LONG COURS chapitre3 : Nouvelles conjectures

Chapitre trois

nouvelles conjectures

Lucia faisait le point sur la rencontre de la veille. Si elle en avait appris un peu sur les habitants de l’immeuble qui étaient apparus plus sympathiques et intéressants qu’elle le craignait, rien n’était ressorti qui pût faire avancer l’enquête à travers les plaisanteries de fin de soirée. Ça piétinait et cela l’agaçait profondément.

Tout en réfléchissant, elle préparait la mise en scène d’une consultation que Madame Médéric était venue discrètement lui demander. Si elle comptait sur elle pour la renseigner sur les vagabondages de son époux, elle tombait mal. L’histoire dont elle ne connaissait pas la réalité, l’amusait trop et elle n’avait aucune envie de troubler par un drame la vie de l’immeuble.

Elle sortait le grand jeu. Elle avait tiré les lourds rideaux de velours cramoisi pour masquer la lumière du jour. Dans un coin, près de l’entrée du salon, elle avait disposé un fauteuil voltaire tendu de rouge profond, une chaise pour la visiteuse, et entre eux, trois guéridons couverts de jupes damassées. Sur celui du centre elle avait posé sa boule de cristal couverte d’une résille noire. Des livres de divinations, un jeu de carte et un pendule étaient placés sur les autres. Il ne lui restait plus qu’à aller chercher son paravent dans la réserve. C’était la pièce du décor dont elle était la pus fière . En laque rouge , sa bordure supérieure était travaillée comme de la dentelle et il révélait, lorsqu’on l’ouvrait, un arbre de vie noir et or.

Avant de sortir, elle jeta un coup d’œil sur la disposition de la scène. Pas mal, pas mal…Elle s’attarda sur la boule de cristal. Puisque l’enquête rationnelle ne menait à rien, pourquoi ne pas utiliser ses pouvoirs divinatoires. Elle sourit de son cœur qui battait plus vite et de sa propre crédulité mais se cala dans son fauteuil et souleva le voile noir. Elle se concentra. Elle eut la vision nette mais trop fugace de deux statues, puis, plus rien.

Des statues !… Quelle histoire improbable. A y réfléchir pourtant, ces bruits de caisses qu’on traîne… Si l’immeuble cachait un artiste… elle le faisait bien : aucun habitant n’en avait la dégaine , on n’entendait jamais le bruit d’un ciseau sur la pierre ou le bois , on n’avait pas à se plaindre de poussières particulières ni de déchets occasionnés par ce genre d’ouvrage.

S’orienter plutôt vers un trafic d’œuvres d’art ? Les ouvriers polonais qui travaillaient sur les chantiers auraient pu participer à la mise à jour d’antiquités et jouer les intermédiaires ou les receleurs… ils avaient été bien évasifs la veille quand la question des bruits était venue sur le tapis. Ne pas négliger d’autres pistes : ses voisins immédiats, les Del Santo étaient des retraités bien tranquilles mais on ne connaissait à leur fils André de 46 ans qui squattait souvent chez eux aucun travail régulier ni source officielle de revenu. Quant à Jeff et Thomas, ils étaient certainement les seuls à avoir la culture nécessaire pour reconnaître de vraies œuvres d’art. L’esprit de Lucia s’emballait, son œil s’allumait… le problème, c’est qu’elle n’avait aucune trace de la réalité de ces statues. L’appartement qu’elle avait visité était bien vide. Il fallait sans doute en rabattre et elle se souvint qu’en matière de divination, il ne fallait pas se fier aux apparences. Les visions étaient souvent porteuses de messages fort différents. Rien n’était encore résolu.

C’est alors que le coucou sortit de la pendule pour sonner quatre heures. Vite, le paravent ; elle n’avait pas une minute à perdre, Madame Médéric allait rentrer de sa visite à Madame de La Tour. En ouvrant la porte de la réserve attenante à son appartement, elle eut la révélation : « Bon sang, mais c’est bien sûr » souffla-t-elle en se souvenant des enquêtes du professeur Maigret… c’est dans la réserve qu’il faut chercher et non dans l’appartement.

Sur ce, le paravent était à peine installé, Lucia remaquillée selon le besoin de la scène, que madame Médéric sonnait à sa porte. De leur rendez vous, vous ne saurez rien, ce n’est pas le moment de divulguer des secrets qui ne concernent pas l’enquête.

De nouveau, Lucia pouvait se concentrer entièrement à ses recherches, mais accéder aux cagibis gardés par des cadenas chiffrés relevait d’un défi majeur, même pour une voyante intra et exra-lucide.

Rien de mieux que d’explorer le terrain. Il valait mieux attendre le lendemain, la circulation dans les couloirs était incessante en fin d’après midi et début de soirée. Deux heures de l’après midi était un moment favorable : après le départ des travailleurs à leur besogne, à l’heure des siestes et de la visite de Jeff à Rosa Camilléri dont on n’entendait plus le chant tonitruant. Armée d’un sac poubelle pour se donner contenance, elle gagna le premier étage où elle surprit l’un des nombreux chats de l’immeuble occupé à flairer le bas de porte de la réserve de l’appartement vide… Prenant le prétexte de récupérer le sac poubelle négligemment déposé dans le couloir par les Polonais elle constata que la porte du cagibi n’avait pas son cadenas. Les chats étaient bien son alliée, il lui en faudrait un… elle pourrait demander à Monnette qui soignait tous ceux du parc, noir de préférence… ou roux, pour le décor.

En bas, elle s’attarda un instant pour échanger quelques mots sur l’agréable soirée de la veille avec Rosanna Homberg qui relevait son courrier, pas plus de deux minutes. En remontant dans ses appartements, elle découvrit que la porte de la réserve n’était pas tout à fait comme à sa descente d’escalier, elle semblait à peine repoussée. Malgré les sueurs froides, les yeux furetant partout, elle poussa le plus discrètement possible la porte qui ne grinça pas. Dans la pénombre, elle distingua deux matelas roulés, une caisse où étaient entassés en vrac quelques vêtements, et, posé sur une autre un objet qui captait le rai de lumière venu du couloir. Une bague ? Vite, elle tira la porte regagna son appartement. Elle se reprocha alors de ne pas avoir assez bien observé mais ne s’autorisa pas à recommencer.

Ce n’étaient pas des statues que lui avait désignées sa boule, mais des humains , contraints à l’immobilité dans ce réduit poussiéreux et sans ouverture sur l’extérieur. Quelle horreur ! Pour accepter une telle situation, il fallait quelque chose de grave : Une fugue pour échapper à une famille, à un mari violent ? La nécessité de se cacher des poursuites de la police ou de la justice ? l’exil ? Tout était possible.

Obligatoirement, ces gens disposaient d’aide et de protection à l’intérieur même de l’immeuble puisqu’on ne constatait pas l’aller et venues. L’heure calme était propice pour leur offrir un moment de respiration, l’occasion d’une douche et d’un repas… Qui, qui pouvait avoir le cran et le toupet d’agir ainsi à la barbe de tout l’immeuble ? Elle écarta les Médéric, sans autres forme de procès, les femmes du rez de chaussée trop sincères dans leur enquête, Rosanna dont la montée dans les étages ne serait pas passée inaperçue, les Polonais dont la situation personnelle était précaire à moins qu’il ne s’agisse de compatriotes plus mal lotis qu’eux. Les jeunes auraient pu être tentés d’héberger un copain fugueur mais , à cette heure, ils étaient tous à leurs études. Elle n’arrivait pas à imaginer les Martin si précis, ni les Coste à la vie bien compliquée embarqués dans une telle aventure. Les Delbos étaient tellement sérieux… mais ouverts, on ne sait jamais. Restait André, toujours, le fils des voisins. Pourquoi pas Rosa Camilleri et son ami Jeff : malgré son apparence fantaisiste, son répertoire révolutionnaire pouvait révéler un véritable engagement. On ne pouvait négliger Victor et son côté passe muraille même s’il était plus vraisemblable que les complices soient dans les étages, Lucien peut être moins misanthrope qu’il ne le laissait voir… Bref, pratiquement tous les habitants l’immeuble pouvaient entrer dans ses soupçons. Elle était encore dépassée mais ne s’avouait pas vaincue, il en allait de sa fierté et de sa réputation de voyante.

Trois propositions

1 Elle va trouver Maria pour lui faire état de ses recherches et envisager la suite avec elle.

2 Elle décide de ne rien dire à personne pour le moment et de glisser une enveloppe sous la porte de la réserve pour proposer son aide.

3 Elle décide de consulter les tarots

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