Ecrit pour l’atelier de janvier: Histoires de « chafre » (surnom) 3

Jeu n°2 : histoire de « chafre »

Parfois les gens ont un surnom, qui leur convient ou non, qui leur colle tellement à la peau qu’on a oublié leur nom. Parlez nous de l’un d’entre eux

La Marie Vison

Je ne l’ai jamais connue sous un autre nom. Elle était ouvrière à l’usine où travaillait mon père et où nous habitions. j’ai le souvenir vague d’une femme sans âge marquée par le dur travail dans les ateliers de parqueterie ouverts à tous les vents.

Un jour elle était arrivée à l’usine affublée d’un manteau de fourrure, sans doute fausse, hérité de la patronne chez laquelle elle faisait des ménages pour arrondir ses fins de mois. Elle en était très fière et ne l’a pratiquement jamais quitté, quelle que soit la saison jusqu’à ce qu’il soit complètement usé. Elle n’avait jamais roulé carrosse, ni vraiment roulé sa bosse mais elle est devenue la Marie Vison de la chanson d’Yves Montand, en vogue à cette époque là.

Elle était sans malice pour conter tous ses avatars . Un matin, elle est venue au bureau pour demander une demie-journée de congé exceptionnel parce qu’elle devait assister à une messe de désenvoûtement. Et de s’expliquer. Quelques mois auparavant, alors qu’elle faisait le ménage chez une patronne qui s’intéressait aux sciences occultes, elle avait ouvert, par curiosité, un livre posé sur la table de chevet et avait lu « va-t-en Satan, va-t-en Satan ». Tout son corps avait été parcouru d’un courant électrique et, dès lors, elle n’avait plus pu poser sa tête sur l’oreiller, ni dormir tellement ses boyaux se tordaient.

En désespoir de cause, elle était allé avouer son forfait à sa patronne qui l’avait copieusement sermonnée avant de lui conseiller d’aller faire brûler édredon, oreillers et traversin au croisement de quatre chemins. La première personne qui passerait serait celle qui lui voulait du mal. Mais là, impossible d’y croire, le premier à passer avait été le Docteur L. de Mont de Marsan qui ne la connaissait pas.

Alors elle est allée voir le médecin du village qui n’a rien trouvé de mieux que de l’envoyer au curé (il était plutôt anticlérical) ; d’où le rendez vous qu’elle avait ce jour-là.

Le lendemain elle est venu expliquer qu’elle allait beaucoup mieux mais qu’elle était encore très fatiguée et avait de grosses douleurs aux poignets, car c’était par là que le diable était sorti. Et la vie a repris son cours.

Quelques temps plus tard, lors de la visite médicale, elle a raconté son affaire au médecin du travail qui n’en n’ est pas encore revenu.

DDor

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *