Ecrit en Février 2020, réduction du poème « Les Yeux d’Elsa » (Aragon)

Réduction

Je vous propose de réduire le long poème d’Aragon, « les yeux d’Elsa »* en un texte court en coupant le plus d’éléments possible . Vous pouvez le faire à votre gré ou en vous fixant des contraintes (supprimer les adjectifs, ou les adjectifs et les adverbes… )

  • le texte intégral du poème figure à la suite de nos textes

Tes yeux profonds, désespérés

Soudain plus clairs après la pluie

Ouvrent le miracle le cœur battant.

M. Pou

« Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie »,

SD

Tes yeux, les soleils, l’océan troublé,

Le beau temps et les blés,

Tes yeux bleus endeuillés,

Tes yeux dans le malheur,

La pluie, les pleurs,

Une bouche et des mots,

Tes grands yeux et ceux d’un enfant,

Démesurément,

Des insectes dans la lavande,

Paradis retrouvé, reperdu,

Au-dessus de la mer,

Les yeux d’Elsa.

DDou

 

Tes yeux sont la mémoire

Des océans troublés

Des chagrins de l’azur

L’iris troublé de noir plus bleu d’être endeuillé

Tes yeux ouvrent la brèche

Pour toutes les chansons

Les belles images

On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages

Je suis pris au filet

A ce feu défendu

Au dessus de la mer

Les yeux d’Elsa, les yeux d’Elsa, Les yeux d’Elsa

DDor

avec quelques libertés avec la consigne…

Mieux vaut ne pas se pencher trop devant les yeux d’Elsa, c’est dangereux. Par ailleurs, sa météorologie érotique est assez déréglée : le beau temps n’est que chagrin, jalousie, noirceur, deuil et malheur.Quand on la regarde dans les yeux on y voit les étoiles et même le big bang. On voit aussi qu’elle est menteuse et qu’elle aura notre peau en plein mois d’août. l’amour est plus dangereux que le nucléaire et un beau soir l’univers disparaîtra dans les flammes d’un naufrage érotique apocalyptique et au dessus de la mer, il n’y aura plus que les yeux d’Elsa, Elsa, Elsa, trois fois Elsa

FV

Les yeux d’Elsa, Aragon

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L’iris troué de noir plus bleu d’être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d’un firmament pour des millions d’astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L’enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d’août

J’ai retiré ce radium de la pechblende
Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa

Louis Aragon

 

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