Regarde Thérèse, cette photo, tu te souviens ? Comment ne pas s’en souvenir ? Nos premières vacances, nos premiers congés payés, notre premier camping !
Août 1936, c’est Bébert qui prenait la photo !
– Oui, quelle année ! On les avait bien gagnés ces jours de liberté, on s’était bien battus.
Tu te souviens, la grève générale, l’occupation de l’usine, le bloquage des machines, quelle fête !
Ah, on ne s’était pas ennuyés avec Julot qui jouait de l’accordéon dans la cour et tout le monde qui dansait
les parties de cartes interminables, la soupe collective et tous ces slogans et ces chansons qu’on créait pour enquiquiner les patrons…
Et on avait obtenu satisfaction, comme quoi on avait bien fait de ne pas flancher !
– Tu te souviens quand on avait planté les tentes le premier soir, un peu au hasard dans un pré parce qu’il faisait déjà nuit quand on s’était arrêtés.
Ah, on s’était vite endormis, on avait tellement pédalé !
Et le matin, quand on s’est réveillés, on sentait comme une présence près de nous.
– Ça, pour sentir, on sentait, puissante qu’elle était, l’odeur !
– On n’osait pas sortir de la tente
– Oui et quand enfin on a osé remonter la fermeture éclair, on a tous éclaté de rire
en voyant les moutons agglutinés sur nos toiles de tentes,
ha ha, on leur avait sans doute fauché leur emplacement !
– Que de bons souvenirs, ces premières vacances tous ensemble…
– Oui, c’était la première fois qu’on voyait la mer !
J.B

