23 04 2020
Jeu par temps de confinement -32 –Elle c’est elle, lui c’est lui
Elle c’est elle, lui c’est lui
Racontez une scène vécue par deux personnes aux points de vue très différents
( sur le modèle, du slow entre Sophie Daumier et Gui Bedos par exemple)
- une rencontre
- une soirée ou l’un connaît tout le monde et l’autre ne connaît que son hôte
-
moment dans un lieu qui n’a pas les mêmes connotations pour l’un et l’autre
autour d’elle
une lumière jaune paille
soleil
qui irise jusqu’au bleu
de ses yeux
à lui
ciel sombre pour
celui à qui
l’azur
n’offre qu’une trêve
bouquet d’iris
et de genets
pour elle
qui vit luit
fuit
l’ombre
et leur
possible
vertige
MS
Mes paupières sont lourdes. On me demande d’ouvrir les yeux mais ce n’est pas possible . J’ai d’ailleurs du mal à les localiser , il faudrait qu’on me les touche , ça me ferait tellement de bien ! …….
J’entends des voix proches puis lointaines , j’aimerais que l’on me murmure des mots à l’oreille ………..
Tiens , de la musique ….. Cet air m’apaise …….. Il ne faut pas que ça s’arrête ……. ça me berce ……..
Il est allongé , inerte sur le lit . Il me semble avoir vu ses paupières bouger . Je n’ose pas le toucher ……. Cet immobilisme me fait penser à la mort . Je ne sais pas quoi lui dire.
Ces machines qui ronronnent , ces lumières blafardes neutralisent mes espoirs .
Sent-il ma présence ? Que faire ?
Je suis démuni ………….
H God .
Un patient qui se réveille ,
un proche qui le veille .
Un déménagement se trouve en général suivi d’un aménagement qui demande à rebours les mêmes tâches de charroi de meubles et d’objets en tous sens. « La maie ira dans le séjour, la table bleue dans la chambre en haut », etc…Encore faut-il si l’on est deux, s’accorder sur ces choix et surtout se plier à l’exercice avec une égale bonne volonté, une coopération également et librement consentie…Mais c’est sans compter la différence des sexes, des priorités de chacun et des tempéraments…Lui traînant la patte : « tu n’as pas besoin de faire tout ça aujourd’hui , il fera beau demain… arrête-toi un peu, c’est pas grave, les réglettes des étagères de ma bibliothèque, je sais plus où elles sont, viens on va écouter de la musique »…Elle, revenant sur ses pas, le trouva étendu et en profonde sieste sur un lit échoué au milieu de la cour, qui attendait encore d’être monté à sa place dans une chambre, au premier étage de la maison. Ne cessant de marcher un objet à la main, elle oscillait entre rire et exaspération de le voir systématiquement au ralenti ou ailleurs au moment de l’aider. Elle avait un tel niveau de stress et d’épuisement que l’orage ne pouvait manquer d’éclater, suivi de pleurs et de reproches qui le rendaient, lui, encore plus atone, rentré dans sa coquille de bernard l’ermite : « Trois jours que je te demande où tu as mis les réglettes de ton meuble, et tu veux que j’écoute de la musique, alors que je ne serai bien que quand ce foutoir pourra être rangé ! Là je respirerai et on écoutera de la musique, on prendra même un apéro si tu veux… » . Au bout de cinq jours d’attente désespérée, sans trouver les maudites réglettes sans lesquelles on ne pouvait mettre les étagères de sa bibliothèque, elle était allée acheter une scie sauteuse et des baguettes de bois, et les avait toutes refaites, il y en avait en tout 42 ! Elle avait eu grand peine à obtenir son aide pour soulever et monter les meubles, et avait seule installé et rempli sa bibliothèque de tous les livres et objets contenus dans les cartons posés devant, qui empêchaient de se mouvoir dans la pièce depuis bien trop longtemps à son goût… Chacun dans son for intérieur se demandait vraiment pourquoi il aménageait avec l’autre ? quel infernal avenir se dessinait ici, quelle gorgone cachée au milieu des paquets allait tout renverser.…
SD
-
L – Te souviens-tu de cette randonnée de fin d’été, près du Somport. Les montagnes formaient un cercle rouge autour de nous, on se serait cru sur Mars
E – Non.
L – Près du lac, on avait vu des immortelles
E – je m’en serais souvenue. Ce n’était pas avec moi.
L – Mais si, la descente était amusante : on empruntait une échelle de fer avant de plonger dans la forêt
E – Ah, l’échelle de fer… c’était ce jour là ?( dans sa tête : là, j’ai cru mourir ! On arrive au dessus d’un abrupt insondable, et on n’a pas d’autre solution que de basculer en s’accrochant à cette ferraille brinquebalante, avec le barda sur le dos qui de déstabilise, les jambes en coton… et toi tu commences à avancer, tranquille, sur le chemin. Qu’aurais-tu fait si j’étais tombé dans l’abîme! Un des pires souvenirs de randonnée de ma vie !)
L – Ce jour là, tu m’as épatée, tu es passée, à l’aise, sans protester. J’étais fier de toi
E- Si tu le dis… En tous cas le retour était long, surtout quand on s’est trompé et que mes doutes ont été confirmés quand on a retrouvé une place quittée une heure avant.
L- Je ne me suis jamais trompé de sentier, je sais lire les cartes. Qu’est -ce que tu vas encore inventer ?
E – je n’invente rien, on est arrivé, il faisait presque nuit. C’est là, sur le parking que j’ai retrouvé Marie Paule, ma copine de fac, que je n’avais pas vue depuis 20 ans. Elle avait failli faire la même erreur mais avait eu le nez fin…
L- Alors ça, je n’en ai aucun souvenir. Par contre je t’assure qu’on n’a fait aucun détour.
DDor
Lui:tu verras,que des gens sympas!
Elle:On met les masques?
Lui:Si tu veux te rendre ridicule…
Elle:le salon est tout petit,on va se postillonner à tout va!
Lui:……..
Elle:bon,je mets lequel?le FFP2 ou celui que ta mère m’a envoyé?
Lui:ça fera plaisir à ma mère si tu le mets,elle sera là…
Elle:quoi?Qu’est-ce qu’elle vient faire dans cette soirée?
Lui:tu oublies que c’est aussi son anniversaire!
…………………………………
Elle:on se croirait dans un zoo!
Lui:il ne faut pas oublier que cette saleté nous vient d’un animal!
Elle:ce n’est pas une raison pour se rabaisser au rang d’une bête!
Lui:qu’est-ce qu’on a fait de mieux,nous,les humains…
Elle:c’est qui cette panthère qui se dandine?
Lui:Euh…je ne sais pas…
Elle:si ,tu sais,je vois bien comment tu la regardes:puisque tu n’as pas le masque,d’abord ,tu ne la regardes pas,tu la dévores!
Lui:arrête un peu ,une ancienne connaissance…
Elle:Alors là!Tu m’amènes dans un endroit ou il y a tes anciennes conquêtes…c’est elle qui t’avait quitté?
Lui:euh…je ne sais plus…
Elle:Comment?Monsieur ne sait plus.Il ne sait plus avec qui il était.Tu as conscience au moins que tu es avec moi?
Lui:Ne me le fais pas dire…tiens voilà ma mère,elle a vraiment bien fignolé son masque!
Elle:je rêve!On dirait la morphologie du coronavirus!Elle veut que ça continue ou quoi?En plus,elle l’a fait avec un vieux torchon synthétique et les élastiques…mon Dieu!Je ne m’approche pas d’elle!
Lui:sois gentille,elle a pensé à toi,et puis tu as le masque le plus beau de la soirée!
Elle:le plus beau?Il me gratte,j’étouffe,les bouffées de chaleur me montent jusqu’au crâne!Et la forme ?Tu crois qu’elle a choisi la gueule d’une hyène par hasard?Parce que c’est bien joli de vanter la culture africaine,de taper dans les mains tous les soirs,elle croit que ça suffit?
Lui:et toi,tu crois que tu fais mieux avec BFM et les coups de fil aux copines?Mais,c’est qui celui-là?Attends,je devine,avec son masque de chacal,ça ne peut être que Bertrand!
Elle:tu as fait exprès,tu savais bien que je ne voulais pas le voir!J’ai quelque chose à lui dire:
depuis quand il ne verse plus la pension à ton moutard…
Elle:je me casse,tu es un mufle!
BH
Je m’appelle Alicia, je suis Alsacienne, et j’ai rencontré Pablo, un Landais d’origine Espagnole sur un site de rencontre. Dès nos premiers échanges, je suis tombée sous le charme et très vite, nous avons décidé de nous rencontrer. Tout d’abord, nous nous sommes rencontrés chez lui. Me voici partie pour le pays de la lande et des pins maritimes. Pablo, le premier soir de notre rencontre, a voulu me faire une surprise en m’emmenant voir un spectacle très en vogue dans la région : une corrida. Je connaissais vaguement la corrida, je savais seulement qu’il s’agissait d’un jeu avec une vache et que les gens étaient dans des gradins circulaires pour encourager les candidats qui prenaient des risques pour gagner des trucs.
Nous voici ce soir-là dans les fameux gradins circulaires. Je demande à Pablo :
- Elles sont grosses les vaches qu’ils affrontent ?
- Héhé, c’est bien normal, car il s’agit d’un taureau que tu vois là.
- Un taureau ? Les corridas ne se jouent pas avec des vaches, comme à la télé ?
- Tu parles sans doute des toro-piscine, qui se font dans nos fêtes de villages. Là oui, il y a des vachettes et même des petits veaux pour les enfants.
- Non je parle bien de ce que j’ai vu à la télé. Il y a plusieurs équipes qui doivent faire des parcours rigolos en évitant les vaches. Des bains de mousse, des parcours sur sol glissant, et tout ça.
- Ahah j’ai compris ! Héhé ma belle, on n’est pas à Intervilles ici ! C’est des jeux pour les débiles tout ça. Ici, tu vas assister à un art des plus nobles avec les meilleurs picadors de la région.
(Un moment se passe.)
- C’est normal qu’on lui plante des épées dans le dos ?
- Héhé oui, c’est tout l’art du spectacle !
(Je regarde Pablo avec des yeux éberlués, espérant qu’il me dise que c’est une plaisanterie. Mais non.)
(Je ne dis d’ailleurs plus rien jusqu’à ce que l’estocade soit portée ; je suis devenue mutique.)
- Alors ça t’a plu ? Je t’emmènerai en voir d’autres, j’adore ça, c’est ma passion !
- Justement, t’aurais pu m’en parler de ta passion, pendant qu’on s’écrivait ? (Cela m’aurait évité un déplacement inutile)
- La corrida, ça se raconte pas, ça se vit ! Je voulais te faire la surprise ! Dis-moi que tu reviendras ?
Je suis rentrée en Alsace complètement abasourdie. Comment peut-on aimer un « art » comme ça ? Pablo a beaucoup insisté pour qu’on se revoie, je crois qu’il a pas compris. J’ai tout bloqué : mon compte sur le site de rencontre, son numéro de mobile, son profil sur les réseaux sociaux. Adishatz, comme il dit par chez lui ! Mince, il m’a refilé ses expressions de là-bas ! Pour oublier, je m’en vais aller faire un câlin à ma cigogne en peluche.
LD

