Feuilleton 2021 22 La croisière s’emmure 4

Costa Covidia. M’enfin comme dirait Gaston Lagaffe. Comment voulez-vous qu’avec un nom pareil, je n’attire pas toutes les catastrophes ?

Ils auraient dû faire attention avec les gènes maudits qui m’ont été transmis par des générations de paquebots. Récemment le Costa Concordia a beaucoup fait parler de lui et de son capitaine. Quant à mon arrière-grand-père le Titanic, qui ne connait pas son histoire ?

Me voici bloqué en face de Marseille comme un vulgaire porte-containers qui attend un pilote pour entrer dans le port. Quand vais-je pouvoir enfin m’amarrer et me débarrasser de toute cette populace qui grouille dans mes entrailles ?

Je ne parle pas uniquement du personnel de bord qui comporte un nombre incroyable de nationalités, à tel point que la cuisine est une véritable tour de Babel où l’anglais y est autant massacré que la gastronomie. Non, je vous décris ces croisiéristes au rabais qui pour échapper à leur trop bruyante cité et à leurs voisins trop présents se précipitent pour profiter de quelques jours de calme avec juste quelques 4 000 personnes à leurs côtés. Il est vrai que le tarif est si attractif !

Le calme intérieur, ils le cherchent souvent vainement mais espèrent le trouver, par exemple en suivant les conférences de la psychothérapeute Jeanne Veauleau. Ah ! Celle-ci, elle nous en a fait un numéro, à hurler comme une possédée pendant des heures. Elle ne s’en est pas vantée mais Lucie Azur a été contrainte de l’isoler dans une cabine près des chambres froides afin qu’elle n’ameute pas toutes les cabines jouxtant la sienne. Elle s’est enfin calmée et s’est mise d’abord à faire une grève de la faim, puis à s’empiffrer au point que le docteur Pisse-Froid a dû la mettre à la diète forcée en interdisant de lui déposer des plateaux repas, sauf du bouillon. C’est bien pour devenir zen le bouillon, non ? Elle en est ressortie, mince et le teint clair, mais pour la zénitude, il faudrait qu’elle se l’applique d’abord à elle-même. Ça lui fait une très mauvaise publicité. Vous n’êtes pas d’accord ?

Quelle époque, mais quelle époque. J’en suis tout retourné, au sens figuré, rassurez-vous, et aussi nostalgique du siècle dernier. Le Normandie, voilà un vrai paquebot qui a remporté le Ruban Bleu en 1935. Les bagages Vuitton, les bijoux (pas en toc) qui étincelaient sur les robes des grands couturiers. Ah ! Les robes de Jean Patou ou Paul Poiret. Quelles merveilles !

Maintenant, j’ai droit à des valises en plastique qui m’écorchent les oreilles avec leurs roulettes et qui rayent mes coursives. Il faut peindre et repeindre pour effacer ces atteintes. J’espère néanmoins pouvoir reprendre encore le large d’ici peu et ne pas finir comme ce pauvre France, qu’on a laissé tomber.

Ne m’appelez plus Costa Covidia, trouvez-moi un autre nom, s’il vous plait, pour la prochaine croisière.

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