Avec Manon Fargetton :tout roman est un roman d’héroic fantasy
Rapidement, codes généraux se l’héroic fantasy : Histoire où un héros/une héroïne, d’apparence humaine et physiquement très fort/e utilise ses compétence pour des combats ou une quête. L’action se situe le plus souvent dans une époque reculée ou même mythique. Dans son cheminement initiatique, le héros / l’héroïne se confronte à des épreuves où interviennent des éléments surnaturels (objets magiques, créatures légendaires, forces maléfiques… aides bénéfiques) . Le lecteur ne doit pas avoir de doute et doit se laisser emporter avec le héros/ l’héroïne.
Voici plusieurs débuts de romans connus
1 la première fois qu’ Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. (Aragon, Aurélien)
2 Édouard c’est ainsi que nous appellerons un riche baron dans la pleine force de l’âge – Édouard avait passé l’heure la plus belle d’un après-midi d’avril dans sa pépinière à enter de jeunes plants de greffes qu’il avait conservées dans leur fraîcheur. (Goethe, les affinités électives)
3 L’aube surprit Angelo béat et muet, mais réveillé. ( J. Giono, le hussard sur le toit)
4 Caché derrière l’écran des broussailles qui entouraient la source, Popeye regardait l’homme boire. ( Faulkner, Sanctuaire)
5 « Verse-moi encore un verre de slivovice » me dit Klara et je ne fus pas contre.(M.Kundera, risibles amours)
L’une de ces amorces vous sert pour bâtir la trame d’une histoire d’héroic fantasy en utilisant les codes respectueusement ou en les cassant.
L’aube surprit Angelo béat et muet, mais réveillé. ( J. Giono, le hussard sur le toit)
L’aube surprit Angelo béat et muet, mais réveillé. ( J. Giono, le hussard sur le toit) . Le rêve qu’il avait fait pendant cette courte nuit de pleine lune, adossé à une meule de foin qui l’avait un peu réchauffé ne s’était pas encore évanoui…Et dans ce moment étrange du réveil, Annabella le caressait plus doucement qu’une plume, un duvet d’oisillon…Ouvrant les yeux, il s’attendait à voir son visage et sa nuque de lait, cherchait sa bouche pour l’embrasser quand il tressaillit d’effroi : là, au-dessus de lui, sur la meule de foin, le couvrant d’un regard fielleux, un énorme rapace le dominait et semblait jouer de ses ailes en une danse de murmures et de signes qui le frôlaient comme pour l’investir de pouvoirs occultes… « Où suis-je ? » Se dit-il, en s’écartant d’un bond. Le rapace, comme s’il l’avait compris, tout en ne permettant pas qu’il s’enfuie, vint planter ses serres dans ses cheveux en bataille, le blessant au point de faire couler de minces rigoles pourpres sur son front : « Ne t’en va pas Angelo, tu as été choisi, je suis venu te chercher, tu es déjà dans une autre dimension…Le soleil qui se lève ce matin et ce champ, ce foin, ne sont déjà plus ceux que tu as connus hier…Regarde, ouvre vraiment les yeux…. » Alourdi comme si l’oiseau avait pesé plusieurs tonnes sur sa tête, et écrasé de stupeur le pauvre Angelo se sentit descendre, s’enfoncer dans l’herbe, la terre du champ et soudain, aspiré dans un tourbillon lumineux, il se sentit renversé et projeté à toute allure dans un paysage à la fois proche et totalement différent du champ où il s’était endormi. Tout y était sec et doré et l’oiseau avait disparu. Se pinçant pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, Angelo tenta de marcher, de chercher âme qui vive, animale ou humaine, dans ce curieux endroit. Peut-être avait-il été choisi par des extra-terrestres et projeté sur leur planète ??? Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’à chaque pas qu’il avançait, une marche venait sous son pied, puis une autre, et que l’escalier qui se dessinait au-devant de lui dans cet espace à l’air si sec et léger qu’il ne se sentait pas respirer, semblait résolument le conduire vers la Porte où lui serait révélée sa mission…De fait elle se présenta, une lourde porte en pierre ouvragée, ornée de turquoises et d’aventurines qui sculptaient sur son flanc un chemin…Conscient qu’il lui était impossible de reculer, chaque marche montée s’évanouissant après lui, Angelo se présenta ruisselant de sueur et d’angoisse devant la grande Porte. Et là l’oiseau réapparut et lui dit : « Entre donc, je te l’ai dit, tu as été choisi, tu vas rencontrer le grand maître qui va te confier la tâche la plus rare et précieuse dont aucun humain n’a jamais su se rendre capable, puisses-tu réussir » La porte s’ouvrit et Angelo perdit connaissance…
5 « Verse-moi encore un verre de slivovice » me dit Klara et je ne fus pas contre.(M.Kundera, risibles amours)
Nous sommes en Gaule vers 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée sauf un village gaulois. Klara a entendu parler d’Astérix, Obélix et les autres,mais sourtout elle veut rencontrer Panoramix. Elle veut être invitée à la réunion annuelle des druides dans la forêt des Carnutes.
Son oncle le banquier suisse Zurix lui a longuement expliqué que le druide est un personnage très important à la fois ministre du culte, théologien, philosophe, gardien du Savoir et de la Sagesse, historien, juriste et aussi conseiller militaire du roi et de la classe guerrière. Il est en premier lieu l’intermédiaire entre les dieux et les hommes. Grâce à lui, peut-être, le ciel ne leur tombera pas sur la tête. Elle doit donc absolument le trouver et lui parler.
Quant à espérer qu’il lui confie la composition de la potion magique, ce n’est qu’un rêve. Peut-être pas car il y a des années de cela, Astérix et Obélix avaient rapporté de son pays un edelweiss qui leur avait permis de fabriquer une potion qui avait rendu le contrôleur d’impôts Malosinus beaucoup plus accommodant.
Ils n’auront sans doute pas oublié ces péripéties.
Arrivant de l’Est, elle passe par Lutèce, Rotomagus (Rouen) puis enfin destination le village gaulois en Armorique. En s’approchant peu à peu, elle se méfie car les Gaulois sont réputés pour aimer la baston. Astérix, meilleur chasseur et guerrier du village est aussi le confident de Panoramix.
Elle parvient enfin à proximité du village, tout entouré de palissades infranchissables.
Sa petite troupe avance. Un guetteur les interpelle et ils demandent à voir Abraracourcix qui est le chef du village. Il faut respecter la hiérarchie.
Dès qu’ils prononcent le nom de Zurix, c’est magix et tous les gaulois arrivent pour les rencontrer.
Voici l’histoire de Klara et je suis l’un des guerriers de sa troupe qui participa au banquet qui nous fut offert.
Ce soir – là, « Verse moi encore un verre de slivovice me dit Klara et je ne fus pas contre ».
D .dou
Citation de Monique LAFON conteuse en Périgord
« C’est par un soir d’orage que le petit homme vert est arrivé sur la Terre »
Ce soir- là le temps devint lourd, les nuages assombrirent le ciel. Les paons du voisin arrêtèrent leur
chant, les oiseaux s’empressèrent de rejoindre leur nid, les chiens inquiets rentrèrent dans leur
niche. Soudain des éclairs zébrèrent le ciel, la foudre claqua à plusieurs reprises, les arbres
penchèrent leurs branches sous l’effet du vent et enfin la pluie se mit à tomber violemment sur le
sol.
C’est là qu’arriva le petit homme vert qui posa sa soucoupe dans le pré du Père Martin. Il trouva
l’endroit formidable et se mit à explorer sa nouvelle destination. Il eut peur lorsqu’il aperçut des
masses énormes se déplaçant sur quatre pattes mais le fermier qui les accompagnait le rassura. Le
Père Martin avait tellement entendu parler des soucoupes volantes que nullement étonné par la
présence du petit homme vert l’accueillit dans sa ferme. Il découvrit les légumes dont il était fort
gourmand notamment les légumes verts et ne voulut plus repartir. Il préfèra aider le vieux fermier
dans ses travaux des champs pour manger une bonne soupe de légumes et surtout profiter de la
merveilleuse compagnie du vieil homme.
H.L.
la première fois qu’ Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. (Aragon, Aurélien)
La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Mais il n’en laissa rien paraître , ce n’était pas le moment de créer un incident diplomatique même s’il lui semblait étrange de parler de diplomatie à propos des relations que son peuple entretenait avec ceux d’En-Bas, les tribus du Grand Marécage. En effet ça faisait dix lunes au moins qu’ils se livraient une guerre sans merci mais finalement ceux d’En Bas avaient demandé une trêve et envoyé une délégation conduite par cette Bérénice. Et c’est lui qui avait été désigné pour conduire les pourparlers avec ces gens. Lui Aurélien , le jeune et valeureux chef du clan des Malpas celui qui avait mené cette bataille victorieuse contre ceux de la Vergne dont il avait stoppé l’assaut furieux contre ses positions en les ensevelissant sous un effondrement de la falaise qu’il avait sciemment provoqué. Des centaines de guerriers étaient restés pris dans la coulée de pierres et de boue. Aurélien en avait fait déterrer quelques uns qu’on avait mis à la broche à l’occasion du banquet célébrant ce fait d’armes et auquel furent conviés tous les chefs de clans du Pays d’En Haut.
Ceux d’En Bas se réunirent également pour le partage rituel des veuves, des filles et des sœurs des soldats décédés puis pour le banquet funéraire pour lequel ils sacrifièrent quelques prisonniers puis ils avaient engagé les Grandes Palabres à l’issue desquelles on convint qu’il fallait que cesse la guerre et pour cela on ne savait qu’un seul moyen : un mariage une alliance matrimoniale .On fit venir Bérénice cheffe de la tribu des Rouffiats qui avait fourni les prisonniers pour le banquet. C’était une combattante valeureuse qui se distinguait par sa bravoure dans la bataille. On célébrait partout sa beauté dans les terres d’EnBas jusque chez les Koujous du pays de Brive où elle avait eu moult prétendants parmi les plus grands seigneurs … Grande et large d’épaules elle n’avait pas ou presque pas de cou mais un énorme goitre que toutes les femmes du Bas Pays lui enviaient, elle l’ornait d’un beau collier d’acier trempé et clouté. Ses articulations gonflées par l’arthrose des marais renforçaient cette impression de force invincible qui émanait de sa personne. Point n’était besoin de maquillage pour elle : les parasitoses si fréquentes et si diverses dans les zones humides avaient dessiné sur son épiderme une carte de géographie polychrome du plus bel effet . Bien sûr toutes ces dermatoses enflammées la démangeaient parfois furieusement et elle devait alors se gratter mais elle le faisait avec une telle délicatesse dans le geste une telle grâce que cela ajoutait encore à son élégance naturelle.
Aurélien connaissait le goût des gens d’En Bas pour ce genre de beauté mais il était rompu à l’art subtil de la diplomatie et donc ne laissa rien paraître de ses véritables sentiments à la vue de cette potentielle fiancée …
F.V
« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide » C’était dans un rêve qui l’a réveillé et laissé perplexe. Il ne peut se détacher du souvenir de cette femme inconnue dont il sait pourtant le prénom. Il a le sentiment qu’il doit la retrouver pour accomplir son destin.
Il la cherche partout, au lycée, dans la rue, s’arrête dans les squares pour observer ; il cherche dans les albums de famille, sur internet en vain. Ses nouvelles manies étonnent son entourage mais il esquive toute explication. Néanmoins , il se lasse et se laisse à nouveau emporter par la vie …
Un jour, une robe verte, très banale attire son regard dans une vitrine et arrête son pas. C’est la robe que portait Bérénice dans son rêve. Un peu plus loin il croise un chien aux grands yeux mordorés et au regard triste. Celui de Bérénice se superpose immédiatement. Il suit le chien. Il a un peu peur mais il l’accompagne jusqu’à la gare. Il voit Bérénice dans sa robe verte monter dans un train en le regardant fixement.Il est fasciné, la trouve presque belle, mais si lasse. Il a juste le temps de relever sa destination , Prague.
Bien entendu, il prend le train suivant. Il arrive en pleine nuit, pratiquement sans argent (le billet de train a englouti ce qu’il possédait) dans une ville dont il n’a aucune idée de la géographie et dont il ne connaît pas la langue. Il y cherche une femme inconnue dont il ne sait même pas si elle est descendue là car le train avait de nombreuses stations intermédiaires.
Cette ville pullule de touristes, mais il a l’impression que les autorités verront tout de suite qu’il n’est pas un des leurs et l’arrêteront à coup sûr. Il se réfugie sous un pont mais il est pris à partie par un groupe de jeunes qui ne veulent visiblement pas partager leur territoire. Il reprend son errance et s’effondre au pied de la statue de Kafka. Celle-ci se penche légèrement pour compatir à l’absurdité de sa situation. Il est rassuré.
Personne ne le voit. Il observe avec amusement les passants qui caressent au passage le pied de la statue et comprend pourquoi cette partie n’est pas oxydée.Vient le tour d’ une jeune fille à l’allure étrangement familière ; contrairement aux autres, elle le regarde, s’approche et s’adresse fermement à lui en français :
« Je m’appelle Bérénice. J’ai besoin que tu m’aides. »
L’allure, le regard sont les mêmes, mais ses traits juvéniles sont harmonieux ; elle est toute de noir vêtue. Il est abrupt :
« Tu n’es pas Bérénice. Bérénice est âgée, fatiguée, laide et elle porte une robe verte. Va-t-en ! »
Elle ne part pas :
« Ma mère aussi s’appelait Bérénice. Elle portait toujours une robe verte, mais elle est morte. Tu ne peux pas la connaître »
Aurélien éprouve un étrange malaise et reste silencieux.Il ne dit rien de son rêve. Il ne lui demande pas pourquoi elle s’est adressée à lui,.Au bout d’un moment poussé par une volonté impérieuse, il se lève et il s’enfonce avec la jeune femme dans les rues de Prague.
DDor

