Certaines n’avaient jamais vu la mer (2012),Julie Otsuka

D’origine japonaise mais de nationalité américaine, l’autrice a écrit à ce jour deux œuvres qui ont su se faire remarquer : Quand l’empereur était un dieu en 2004 et Certaines n’avaient jamais vu la mer en 2012. Ce dernier titre remportera d’ailleurs le prix Fémina étranger la même année.
L’œuvre relate l’exil de jeunes japonaises vers les Etats-Unis au début du XXème siècle qui croient inévitablement en une vie meilleure au-delà de l’océan Pacifique. Or, la réalité est tout autre à leurs arrivées dans ce pays inconnu. De la première nuit avec leurs futurs maris à leurs accouchements, ces femmes découvrent ce qu’est une vie rude, brutale et sans amour.
« Ils nous ont prises avec frénésie sur des draps aux tâches jaunies. Avec aisance et sans histoires, car certaines d’entre nous avaient vécu cela bien des fois. Sous l’emprise de l’alcool. Avec brutalité, sans la moindre considération, en se moquant bien de nous faire mal. J’ai cru que mon vagin aller exploser. »
Elles sont alors instrumentalisées, complétement soumises et dévoués à leurs maris et à leurs enfants. Rien ne leur est accordé. Rien ne leur est épargné.
Le livre évoque également la guerre du Pacifique durant la seconde guerre mondiale qui amènera ces japonais installés aux Etats-Unis à un second exil.
La spécificité narrative de ce roman est que seule la deuxième personne du pluriel « nous » est utilisée ce qui souligne l’anonymat de toutes ces femmes meurtries. Les lecteurs ne peuvent en effet s’attacher à un personnage en particulier.
Même si les phrases sont brèves parfois sèches, l’écriture de l’écrivaine reste poétique et soignée et nous emporte dans ces faits encore trop méconnus de l’Histoire du Japon.

